(english version below)

Bien que les écrivains d’origine étrangère aient gagné un grand nombre de prix littéraires prestigieux en France, en Allemagne et dans d’autres pays européens et sont de plus en plus nombreux chaque jour, on continue encore à penser qu’il s’agit de cas certes exceptionnels mais marginaux dans l’histoire littéraire. Le grand public et la critique ignorent souvent le fait que l’apport d’autres langues et d’autres cultures est essentiel à l’écriture et à la création de manière générale et que le plurilinguisme est intrinsèque à la créativité de nombreux auteurs, y compris les représentants plus renommés des littératures nationales : Pouchkine, Tolstoï, Valéry, Rilke, Dante, Heine, Alessandro Manzoni, João Guimarães Rosa, Fernando Pessoa, Adam Mickiewicz, Dionisios Salomos…

L’une des raisons qui conditionne le fait que la réalité créative plurielle de nombreux écrivains reste dans l’ombre réside, en grande partie, dans les politiques éditoriales qui ne sont pas favorables aux publications plurilingues. De ce fait, la majorité voire la totalité des traces des processus plurilingues sous-jacents à l’élaboration d’une œuvre se trouvent effacées dans les œuvres publiées. Dans cette perspective, l’étude des documents de travail (les brouillons, la correspondance, la bibliothèque de l’auteur) offre au chercheur la possibilité de reconstituer une véritable genèse et de comprendre l’impact du plurilinguisme sur l’acte créatif littéraire.

Dans la mesure où l’écriture plurilingue est très étroitement liée à la traduction, à l’autotraduction et à la traduction collaborative, nous avons été amenés très rapidement à nous intéresser au processus créatif d’un acte traductif et à ses modalités. Depuis 2018, l’équipe a consacré une part importante de ses travaux à la génétique des traductions qui porte sur l’ensemble des documents et pratiques qui précèdent ou accompagnent de près ou de loin la traduction : écrits de traducteurs, traces d’une collaboration avec l’auteur, éditions révisées, brouillons, correspondances.

Après avoir développé durant 3 ans (2019-2022) les recherches sur la génétique des traductions, notamment grâce à la contribution de Patrick Hersant qui a assumé la direction de l’équipe durant cette période, à partir du mois d’octobre 2022 l’équipe a ouvert un nouveau chapitre dans son champ de recherche en prenant pour l’objet l’ÉCRITURE PLURILINGUE ET LA TRADUCTION AU FÉMININ.

Dans le cadre de cet axe de recherche, qui vient enrichir les travaux menés par l’équipe précédemment et qui questionne à la fois l’histoire et la critique littéraires, l’histoire de la traduction, les études du plurilinguisme littéraire, la critique génétique, la génétique des traductions et les études du genre, nous chercherons à savoir si la démarche créative et traductive des écrivaines plurilingues et traductrices-femmes a ses propres spécificités et ses propres caractéristiques intrinsèques. Au-delà des conflits linguistiques sous-jacents à l’écriture en langue non maternelle, on essayera de déceler également les conflits identitaires et de légitimé car, pour les écrivaines plurilingues, le fait de s’affirmer en tant que femme-écrivaine s’imbrique avec le défi d’écrire en langue non native. Nous tâcherons également de donner de la visibilité et de la légitimité aux traductrices qui, au cours de l’histoire de la traduction, ont souvent été rendues invisibles, alors même que les femmes constituent la majorité des traducteurs. Les corpus étudiés (les documents d’archives en France et à l’étranger) embrassent les différentes aires géographiques et linguistiques et couvrent plusieurs périodes (XIX, XX et XXI siècles), ce qui permettra d’observer l’évolution quant au statut et aux activités d’écriture et de traduction exercées par les femmes.

Domaines étudiés par l’équipe :

– écriture plurilingue ;

– génétique des traductions;

– autotraduction;

– traduction collaborative;

– écriture plurilingue et traduction au féminin…

Afficher le programme du séminaire de l’équipe en 2022-2023.

 

Team Multilingualism, Translation, Creation

Team leader:  Olga Anokhina

Writers of foreign origin have won a large number of prestigious literary prizes in France, Germany and other European countries, and are becoming more numerous every day. Although highly admired, they are still considered marginal in literary history. The general public and critics often ignore the fact that the contribution of other languages and cultures is essential to writing and creation in general, and that multilingualism is intrinsic to the creativity of many authors, including the most renowned representatives of national literatures: Pushkin, Tolstoy, Valery, Rilke, Dante, Heine, Alessandro Manzoni, João Guimarães Rosa, Fernando Pessoa, Adam Mickiewicz, Dionisios Salomos…

One of the reasons why the plural creative reality of many writers remains in the shadows largely has to do with publishing policies that are not conducive to multilingual publications. As a result, most, if not all, traces of the multilingual processes underlying the development of a work are erased in published works. Thus the study of working documents (drafts, correspondence, the author’s library) offers the researcher the possibility of reconstructing the true genesis of a creative literary act and understanding the impact of plurilingualism on it.

Insofar as plurilingual writing is very closely linked to translation, self-translation, and collaborative translation, it was natural for us to become interested in the creative process of a translational act and its modalities. Since 2018, the team has devoted a significant part of its work to the genetics of translations, which focuses on all the documents and practices that precede or accompany the translation: translators’ writings, traces of a collaboration with the author, revised editions, drafts, correspondence.

After three years (2019-2022) of research on the genetics of translation, and thanks in particular to the contribution of Patrick Hersant, who was the team’s director during this period, the team opened a new chapter in its field of research in October 2022, focusing on PLURILINGUAL WRITING AND WOMEN’S TRANSLATION.

In this line of research, which enriches the work carried out by the team previously and which interrogates literary history and criticism, the history of translation, studies of literary plurilingualism, genetic criticism, the genetics of translations and gender studies, we will try to find out if the creative and translational process of plurilingual women writers and translators has its own specificities and its own intrinsic characteristics. Beyond the linguistic conflicts underlying writing in a non-native language, we will also try to reveal conflicts of identity and legitimacy, since, for plurilingual women writers, asserting themselves as a woman writer is intertwined with the challenge of writing in a non-native language. We will also try to give visibility and legitimacy to women translators who, throughout the history of translation, have often been made invisible, even though women constitute the majority of translators. The corpus studied (archival documents in France and abroad) encompasses different geographical and linguistic areas and covers several periods (the 19th, 20th and 21st centuries), which will allow us to observe the evolution of the status and activities of writing and translation exercised by women.

Areas studied by the team:

– multilingual writing

– genetics of translations

– self-translation

– collaborative translation

– plurilingual writing and women in translation…

View the program of the team’s seminar in 2022-2023.