zola

Créé par Henri Mitterand en 1975, le Centre d’étude sur Zola et le naturalisme mène ses recherches dans le champ littéraire réaliste et naturaliste, entre 1850 et 1914, ouvert sur la vie littéraire fin-de-siècle et le monde des arts. Depuis sa fondation, il conduit une réflexion théorique et critique qui est mise au service des œuvres littéraires et se fonde sur une expérience acquise dans une longue pratique de l’édition scientifique. Il se montre soucieux d’une transmission culturelle tournée vers le grand public, et prenant appui, aujourd’hui, sur les nouveaux médias.

Ses éditions scientifiques sont consacrées à la transcription, l’annotation et la diffusion des textes, avant-textes et paratextes zoliens : Correspondance de l’écrivain en onze volumes, éditée par une équipe franco-canadienne sous la direction de B. Bakker et H. Mitterand (1978-2010); iconothèque zolienne conçue par Jean-Pierre Leduc-Adine à la fin des années 90 ; « Dictionnaire des autoconsignes de Zola dans ses dossiers préparatoires » dirigé par Philippe Hamon (2005-2009) ; projet ANR ArchiZ, coordonné par Alain Pagès (2012-2015), complétant l’édition hypertextuelle du Rêve  sur Gallica (2003). À ces projets conduits par les responsables successifs du Centre Zola, il faut ajouter La Fabrique des Rougon-Macquart de Colette Becker, transcriptions des dossiers préparatoires des romans de Zola, débutées en 2003, que complétera prochainement l’édition électronique des vingt Ébauches du cycle romanesque.

Sur le plan de la réflexion théorique et critique, l’équipe Zola développe des perspectives prenant en charge un changement d’échelle significatif dans différents domaines. D’abord, il prolonge la génétique du roman, développée par Henri Mitterand (2001) par une génétique culturelle des grands corpus, consacrée à l’écriture des cycles (Genesis, n°42, 2016). Ensuite, grâce au soutien du « Labex TransferS », le projet coordonné par Olivier Lumbroso entend élargir le concept de naturalisme à la diversité des naturalismes du monde, en étudiant les circulations culturelles des œuvres naturalistes entre grandes aires géolinguistiques, dans les sillages du Dictionnaire des naturalismes (60 collaborateurs du monde entier) coordonné par Colette Becker et Pierre-Jean Dufief et des recherches comparatistes d’Yves Chevrel sur le naturalisme européen. Ces changements d’échelles assurent une vision internationale de la vie littéraire naturaliste au 19e siècle, voire de ses métamorphoses au 20e et 21e siècle, dans une approche des processus de patrimonialisation dépassant les frontières hexagonales.

L’ambition éducative est incarnée par Zola lui-même, à travers son naturalisme encyclopédique et son engagement dans l’affaire Dreyfus au nom de la conscience humaine, de la justice et de la vérité. De nombreux chercheurs zoliens en sont les héritiers, et sont impliqués dans des projets pédagogiques en contextes académiques, au lycée et à l’université, parmi lesquels on trouve la fondation du groupe OZER (Observatoire Zolien des Écritures Réflexives), qui associe le Rectorat de Paris, la revue L’École des Lettres et l’équipe Zola. Le tournant des humanités numériques représente de ce point de vue une chance de démocratisation des savoirs. Dans le prolongement du projet ArchiZ, l’équipe Zola a intégré le réseau « Usages des Patrimoines Numérisés » (UDPN), qui étudie les pratiques relatives aux corpus dématérialisés et envisage les évolutions engendrées par la numérisation dans les usages et les représentations. Enfin, l’équipe Zola participe aux travaux du consortium CAHIER et, plus précisément, à la rédaction d’un guide des « bonnes pratiques » d’édition numérique des correspondances. Dans ce cadre, le projet de numérisation de la correspondance générale et intime de Zola, intégrant les Lettres à Jeanne Rozerot et les Lettres à Alexandrine éditées par Alain Pagès et Brigitte Émile-Zola, viendra enrichir les archives en ligne sur le site ArchiZ.

Pour mener à bien ses projets, l’Équipe Zola s’appuie sur la coordination scientifique assurée par Jean-Sébastien Macke, ingénieur d’étude affecté au Centre Zola. Elle peut compter aussi sur sa quarantaine de membres associés, enseignants-chercheurs, professeurs émérites, doctorants, tout en développant des relations de partage avec les autres équipes de l’ITEM.

L’équipe « Goncourt », rattachée au Centre Zola et dirigée par Éléonore Reverzy, les équipes « Humanités numériques », « Génétique des arts visuels. Photographie et cinéma », « Manuscrits francophones », ou encore « Flaubert » participent en effet des synergies qui ont ouvert le Centre Zola sur la diversité du naturalisme, le traitement du document iconique, la richesse du contact des langues et des cultures. Depuis sa fondation, le Centre Zola entretient de plus des relations privilégiées avec la Bibliothèque nationale de France (numérisation et publication sur Gallica des manuscrits de Zola) et l’Université Sorbonne Nouvelle : le Centre de Recherches sur les Poétiques du 19e siècle (CRP19) participe non seulement aux projets scientifiques de l’équipe Zola mais encore aux dossiers littéraires que proposent Les Cahiers naturalistes  , la revue dirigée par Alain Pagès, consultable sur Gallica et contribuant à la diffusion internationale des recherches. Plus récemment, l’équipe Zola s’est associée à l’université de Cambridge pour développer un séminaire doctoral international commun, soutenu par la COMUE PSL (Paris Sciences et Lettres).

Intellectuel engagé dans l’affaire Dreyfus, romancier expérimentateur audacieux des formes littéraires autant tournées vers le réel que le mythe, théoricien et critique sans concession, photographe vers la fin de sa vie, Émile Zola, cet artiste polygraphe, homme du peuple et du Panthéon, réclame des approches plurielles, monographiques et transversales, attentives à expliquer la survie de son œuvre et le rayonnement du naturalisme qu’il a nourri tout au long de sa carrière, en lui insufflant les valeurs humanistes qui aujourd’hui rendent son œuvre et son engagement incontournables.