Photographie

La génétique photographique est un domaine scientifique innovant créé en 2010 à l’ITEM. L’équipe « Génétique des arts visuels » dirigée alors par Monique Sicard jusqu’en 2019 visait, en retraçant les processus de la création photographique, à réintroduire pleinement l’auteur et le temps long des pratiques photographiques artistiques, conférant un statut d’objet à l’image photographique. En conséquence, ses travaux conduisent à faire émerger de nouvelles réceptions des images. Il convenait d’une part d’abolir les frontières entre image et texte, entre génétique littéraire et génétique photographique ; d’autre part, d’introduire le concept d’avant-image au sein des études photographiques. En quelques années, la génétique photographique a su s’imposer. La recherche concerne toute œuvre photographique artistique des XIXe, XXe et XXIe siècle. Le travail a consisté à redonner leur importance aux matrices (positifs directs, négatifs, fichiers numériques d’origine), porter une attention soutenue aux archives (négatifs, planches-contacts, albums, positifs et tirages intermédiaires, carnets et notes de terrain, textes d’accompagnement, correspondances etc.), être attentif à la parole des auteurs contemporains. La publication du numéro 40, « Photo-graphies », de la revue Genesis (2015) a jeté les fondements de ces recherches théoriques.

L’obtention du projet ANR « Photopaysage » (ITEM et LAREP/UMR AUSser) en 2014 par l’équipe « Génétique des arts visuels » a conduit à recentrer ces travaux de génétique photographique sur les relations entre photographie et paysage.
Le paysage est inscrit à l’origine même de la photographie. Ils se façonnent l’un et l’autre. Mais si le paysage photographié est bien représentation, il devient  par la photographie, terrain à observer, espace à gérer, objet à partager, expression d’un rapport singulier au monde. La recherche prend appui sur  l’hypothèse qu’une analyse critique du concept de paysage pourra être obtenue par l’analyse comparée des pratiques photographiques de différents auteurs photographes. A cette fin, des entretiens approfondis ont été conduits avec une vingtaine d’auteurs photographes. Enrichis de textes théoriques ils ont donnés lieu, en décembre 2017,  à la publication de : Monique Sicard, Aurèle Crasson, Gabrielle Andries-Roussel, La Fabrique photographique des paysages, éd. Hermann. Ainsi, la génétique des arts visuels a mis au point, en quelques années, ses propres méthodes de travail. Aux méthodes classiques de la génétique l’équipe a joint, de manière originale,  la réalisation de prises de vue filmiques destinées à appréhender les gestes des auteurs, leur environnement. Trois films ont été ainsi réalisés sur les travaux préparatoires et les processus de création de trois auteurs photographes (Les argentypes de Jean-Marie Fadier / Scènes et rêves de Hsieh Chun-Te/ (Sicard)  Le Châle espagnol de Jean-Michel Fauquet/(Crasson)).
Sur le plan théorique, l’équipe a participé au colloque international  PhotoPaysage d’Albuquerque (USA/ octobre 2015). Elle a, en outre, organisé et co-dirigé avec les collègues de l’Institut Universitaire d’Architecture de Venise (IUAV) le colloque international  PhotoPaysage de Venise (juin 2016). De nombreux séminaires et plusieurs journées d’étude ont accompagné les travaux du programme « PhotoPaysage ».
Par ailleurs, le séminaire « Photo-graphies/ Genèses, théories, pratiques, images » qui s’est clos en 2017 à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm sous la direction de Monique Sicard (ITEM) et Aurèle Crasson (ITEM), a eu pour objectif 1) une meilleure connaissance des pratiques de la photographie artistique, 2) l’établissement d’un dialogue avec les artistes invités, 3) l’enrichissement des corpus de recherche, 4) les échanges théoriques avec les chercheurs invités et les participants.

Après une pause de 3 ans, 2022 marque la reprise des activités des recherche en génétique photographique. Ce nouveau groupe, placé sous la responsabilité d’Aurèle Crasson (ITEM) et de Delphine Desveaux (Directrice des Collections Roger-Viollet) s’est constitué au sein de l’équipe Génétique et histoire des arts. Il entend lancer une réflexion autour de la matérialité du photographique, le « du » permettant d’éviter la confusion entre photographie et image, medium et sujet, support et procédé et de problématiser la notion d’œuvre.

Pour comprendre les enjeux d’une génétique photographique, le travail de ce groupe photographie s’attachera en priorité à décrire et répertorier les éléments qui font « traces » dans la photographie argentique, numérique voire dans ce terrain d’exploration chimique et technologique que constitue la photographie sans appareil photo.
A l’ère du tout numérique et de l’image toute puissante et envahissante, produite autant par des professionnels que des amateurs, par des artistes que par des reporters, revenir sur la matérialité photographique permet de poser la question des traces laissées dans les supports et les travaux des photographes.

Car la photographie argentique n’est pas une image, elle est une œuvre en trois dimensions. Une œuvre pleine et entière ou un objet plein et entier, avec son processus de réflexion, de création, de production voire de reproduction.
Dérouler le processus photographique permet de poser les conditions de son analyse génétique, de reconstituer les traces matérielles laissées sur, dans et autour des supports.
L’intention de faire (ici une photographie) n’est en soi pas une trace. Pour autant, en plus des documents, correspondances, archives, notes et autres déclaration d’intention, la pensée peut se lire dans l’élaboration du processus autant que dans l’utilisation du procédé.

Au-delà de la restitution de la chronologie de l’élaboration de ce qui deviendra un tirage photographique, l’étude du procédé et de sa pratique enseigne sa génétique, du choix du film au choix de la typologie de l’épreuve produite ou du choix de l’utilisation de « l’image » diffusée.
Tout élément tangible (négatifs, planches contact, tirages, retouches, recadrages, papier…) permet de reconstituer cette chronologie.
Le vocabulaire photographique, celui des métiers nombreux qui la compose, l’œuvre d’un photographe, les œuvres des photographes avec leurs points communs, les invariants mais aussi leurs oppositions (de principes ou de techniques) permettent de mettre en avant la création.
La question de l’œuvre, sa notion si prégnante et si souvent contestée du fait même du principe de reproductibilité de la photographie, entre dans l’analyse génétique du médium.

Un retour sur le pourquoi de l’invention du procédé et ses multiples déclinaisons depuis 1827 démontrera la variété du photographique et ses possibles si étendus et toujours comme en expansion, ayant mené à l’invention d’un langage photographique pratiqué aujourd’hui par tout à chacun ou presque.

Cinéma

Le séminaire « Genèses cinématographiques », créé en 2004, poursuit ses travaux sous la direction de Daniel Ferrer (ITEM) et de François Thomas (Paris III). Ce séminaire explore les processus de genèse cinématographique tels qu’on peut les reconstituer à partir des traces écrites (scénarios, contrats, plans de travail, rapports de scripte…), filmées (rushes, copies de travail…), peintes, dessinées, photographiques, sonores ou autres. Il s’agit d’appliquer au film les principes de la critique génétique et d’examiner dans quelle mesure ses méthodes peuvent être transposées ou doivent être renouvelées pour s’appliquer aux matériaux complexes et divers de la création cinématographique. Les interventions d’enseignants confirmés alternent là avec celles de jeunes chercheurs.

Théâtre

Responsables : Cécile Chantraine Braillon et Caroline Mounier-Vehier

Le groupe de recherche « Théâtre » a pour objectif de poursuivre les travaux sur la genèse des œuvres performatives (des créations théâtrales et des opéras principalement) entrepris par Almuth Grésillon, Marie-Madeleine Mervant-Roux, Dominique Budor et Nathalie Léger (Genèses théâtrales, CNRS éditions, 2010 ; revue Genesis, n°26, 2006). En effet, pour le chercheur désireux de réaliser des analyses d’œuvres performatives, il est difficile d’en composer le dossier génétique : les traces de celles-ci sont abondantes, dispersées entre les archives des artistes, des assistants, des membres de l’équipe technique, entre différents lieux, salles de spectacles, institutions ou pays et, enfin, hétérogènes en raison de la variété des traces, types de fichiers et formats (captations audiovisuelles ou sonores, photos, dessins de mise en scène, esquisses de décors ou de costumes, objets, coupures de presse etc.). Par ailleurs, la nature de ces œuvres éphémères par essence et surtout, non reproductibles à l’identique, ne permet pas aux chercheurs de disposer d’une version finie de celles-ci, comme c’est le cas pour les œuvres mimétiques (Ubersfeld, Lire le théâtre I, 1996), ni de revivre le spectacle : chaque nouvelle représentation constitue ainsi une œuvre inédite en soi bien qu’elle se construise généralement selon le modèle qui a été préétabli au cours des répétitions. Le chercheur qui se donne ainsi la tâche de retracer la genèse d’une œuvre performative est régulièrement confronté à l’absence, à la perte et au vide et doit composer son travail scientifique en fonction de ces contraintes. Toutefois, en analysant la documentation existante et disponible des œuvres performatives et/ou en suivant des genèses théâtrales en cours dans une perspective théorico-pratique, il est possible de réfléchir à la constitution de modèles de genèse comme il a déjà été fait pour le roman : c’est ce à quoi prétend se consacrer le groupe de recherche « Théâtre » réuni autour de l’analyse de la documentation des créations théâtrales et des opéras.