*Scènes et rêves de Hsieh Chun-Te

Hsieh Chun-Te, auteur-photographe taïwanais, réalise des photographies comme aboutissements de mises en scène extraordinairement précises qu’il prend soin de dessiner au préalable.

Réaliser un film sur ses démarches de création vise non seulement à faire connaître un grand artiste mais surtout à évaluer la démarche filmique comme technique et méthode de recherche. Filmer l’artiste, le faire revenir à cette fin sur les lieux mêmes de ses mises en scène, de la construction de ses décors, conduit à une connaissance qui dépasse amplement ce que nous savions déjà grâce aux expositions, aux catalogues, aux entretiens enregistrés au cours des séminaires. Les résultats obtenus ont dépassé les espérances.

Au-delà des images, ici reçues comme des objets façonnés, ont percé la pleine humanité de l’homme mais aussi l’histoire mouvementée de Taïwan depuis la fin de la seconde guerre mondiale. C’est dans ces tensions paradoxales entre les permanences humaines et les incertitudes de l’histoire que l’œuvre de Hsieh Chun-Te s’offre à être comprise. En ouvrant l’accès à une modernité qui fut aussi une sauvegarde, la photographie a tenu là un rôle majeur.

Réalisation : Monique Sicard, ITEM (ENS/ CNRS)
Montage : Arghyro Paouri

 

*Les argentypes de Jean-Marie Fadier

En s’éloignant délibérément de l’objet, les œuvres de Jean-Marie Fadier brisent les codes convenus de la photographie. Au sens strict, étymologiquement “écritures de lumière”, elles ne “représentent pas” mais sont le fruit d’une capitation de la lumière par divers papiers sensibles, souvent anciens, de petit ou de très grand format. En exposant ces supports aux météorologies et aux intempéries de ces monts d’Aubrac chantés par Julien Gracq, Fadier déconstruit l’objet photographique. Pratiquant sans appareil, sans prise de vue, il privilégie le savoir-faire du geste en projetant à l’envi révélateur et fixateur sur la toile sensible. L’image latente qui maintient suspendus les jeux du geste et du hasard, est révélée dans l’atelier. Ainsi, à l’opposé d’une photographie classique, les œuvres réalisées sont uniques, non reproductibles. Les tableaux obtenus sont riches d’une palette colorée singulière, voire “extra-ordinaire”. L’ensemble ne saurait se construire sans une parfait maîtrise des paramètres de l’image et l’immense compétence de Fadier, ancient “chef-op”, sans même sa connaissance du son et de ses vibrations.

Que les résultats de ces expériences soit des abstractions nous renvoie aux tout débuts de l’histoire de la photographie. Nicéphore Niépce, l’inventeur cherchant la précision des formes en noir et blanc, était alors l’exact contemporain d’un William Turner. La modernité conduisait ainsi à des résultats qui sembleraient radicalement opposés s’il n’y avait , de part et d’autre, cette attention extrême portée à la lumière : le noir et blanc réaliste n’est pas l’ennemi d’une dissolution des formes et de la célébration corollaire de la couleur.

Réalisation : Monique Sicard, Pauline Sicard
Montage : Arghyro Paouri

 

 

*Le Châle Espagnol ou comment la montagne a engendré un chien.

Genèse d’une œuvre de Jean-Michel Fauquet

A partir d’une photo de Jean-Michel Fauquet appelée le « Châle espagnol » photo légèrement jaune qui représente un chien surmonté d’un cavalier, il s’agit d’évoquer la question du paysage, de sa transformation, de sa création, de sa relation à la beauté et à la contemplation, etc., en s’intéressant à la façon dont Jean-Michel Fauquet le met en œuvre et en en montrant le processus de construction.

Chez Jean-Michel Fauquet, les traces matérielles permettant de remonter aux origines de la création s’étendent au-delà des objets directement liés à la production d’une image photographique. Le studio, plus exactement l’atelier, constitue le corpus, là où les négatifs dialoguent avec des dessins préparatoires, où le tirage photographique entre dans un vaste flux de production qui rassemble des esquisses, des sculptures, du travail pictural, des tirages d’étude, des fresques, etc.

Film réalisé avec la participation de l’agence nationale pour la recherche (ANR)

Conception et réalisation : Aurèle Crasson

Co-réalisation et images : Claude Nourry
Montage : Aurèle Crasson, Fabien Bouillaud, Claude Nourry

Voir en haute définition : https://www.youtube.com/watch?v=NVy0l1Mcn7k