Paolo D’Iorio, La philologie peut-elle changer la culture d’une époque ?
Nietzsche. Philosophie et philologie

06/04/2018, École normale supérieure, salles des Actes, 11-13h

Dans le deuxième paragraphe de sa deuxième Considération inactuelle, De l’utilité et des inconvénients de l’histoire pour la vie(1874), Nietzsche écrit : « Admettons que quelqu’un soit persuadé qu’une centaine d’hommes productifs, élevés et agissant dans un esprit nouveau, suffiraient à donner le coup de grâce à la pseudo-culture [Gebildetheit] aujourd’hui à la mode en Allemagne, combien sa conviction serait fortifiée s’il s’apercevait que la civilisation de la Renaissance s’élevait sur les épaules d’une pareille légion composée seulement d’une centaine d’hommes [Hundert-Männer-Schaar] ».

Qui sont ces hommes qui ont donné forme à la civilisation de la Renaissance et qui seraient susceptibles de donner le coup de grâce à la pseudo-culture actuelle ? Des guerriers, des héros, des condottieres, des tyrans ? Si nous suivons le cours sur l’Encyclopédie de la philologie classiquedu professeur Nietzsche, nous allons comprendre que dans ce passage, en réalité, il fait allusion aux philologues et aux hommes de culture de la Renaissance qu’il caractérise par une expression empruntée au grand historien qui fut son collègue à Bâle, Jacob Burckhardt : « Qui a fondu l’esprit antique et l’esprit moderne, et fait de l’Antiquité la base de la culture actuelle ? C’est une légion à cent têtes [ein hundert gestaltige Schaar] qui ne se montre jamais sous le même aspect […]. Ceux qui travaillent à la propager deviennent des personnages importants, parce qu’ils savent ce qu’avaient su les Anciens, parce qu’ils commencent à penser et bientôt à sentir comme pensaient et sentaient les Anciens ».

À travers l’analyse du cours sur l’Encyclopédie de la philologie classiquetenu par Nietzsche à l’université de Bâle en 1871 et en 1873, ce séminaire vise, plus en général, à caractériser le rapport entre philologie, philosophie et culture dans la pensée de Nietzsche.

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Musicien et philosophe de formation, ancien élève de l’École normale supérieure de Pise, directeur de recherche au CNRS, Paolo D’Iorio est actuellement directeur de l’Institut des textes et manuscrits modernes (CNRS / ENS, Paris). Spécialiste de Nietzsche, il travaille à l’interprétation de sa philosophie et à l’édition de son œuvre. Son dernier livre, traduit en plusieurs langues, est intitulé Le Voyage de Nietzsche à Sorrente. Genèse de la philosophie de l’esprit libre, Paris, CNRS Éditions.