Archives : laboratoire de méthodes / 2021-2022

11/01/2022, ENS, 45 rue d’Ulm, 75005, de 14h30 à 16h30, Salle des Résistants

Du point de vue de leur fruition, les archives se reconfigurent constamment, aussi bien en raison de l’intentionnalité qui s’adresse à elles, que des dispositifs et technologies qui configurent l’accès aux documents. De ce point de vue, nous pourrions concevoir l’archive en tant que marquée par une ontologie mouvante (car les périmètres de collections évoluent), relationnelle (car la manière dont le public peut l’interroger la foisonne) et performative (car les modes mêmes de cette fruition donnent corps à l’archive). Nous sommes rentrés dans une phase historique où les frontières, limites et enveloppes des archives peuvent être observées dans leur métamorphose permanente et dans leur capacité à être constamment redessinées par les changements ayant lieu au niveau des pratiques d’archivage et d’interrogation des fonds.

Cette présentation propose d’observer les manuscrits liés à la production du discours théorique comme des objets particulièrement aptes à nous livrer une image dynamique et plurielle de l’archive. Si ce n’est qu’à une époque relativement récente que ces documents ont commencé à susciter l’attention du public, la production théorique révèle les traces d’un processus complexe d’élaboration consistant à traduire une expérience intérieure, souvent envisagée comme préverbale, et à la communiquer dans un langage susceptible d’être compris par un sujet rationnel quel qu’il soit. Alors qu’ils s’efforcent de formuler leur pensée et de la mettre en mots, les penseurs/écrivains font naturellement appel à divers idiomes, et s’approprient des notions appartenant à des sources et à des traditions variées, rentrent implicitement ou explicitement en dialogue avec leurs sources, leurs pairs et leurs élèves.

De ce faits, ces objets nous invitent naturellement à prendre en compte les dynamiques de relation et d’échange qui les caractérisent, permettent de retracer les histoires derrière ces objets (trajectoires individuelles, échanges et partages, dialogues et enseignement), ainsi que les relations intrinsèques à une histoire transnationale de la culture. Par là, ce genre de documents nous permettent de penser la notion même d’archive selon un paradigme susceptible de mieux répondre aux usages variés et mutants que notre époque en fait.


Benedetta Zaccarello travaille sur la philosophie contemporaine à partir de l’étude de ses documents manuscrits et de ses archives. Son travail vise à comprendre la part jouée par l’écriture dans les processus de création conceptuelle. Sa mission au CNRS porte sur l’écriture et les archives de la philosophie et elle coordonne le réseau de recherche international (IRN) « AITIA – Archives of International Theory : an Intercultural Approach » financé par le CNRS (2020-2024) et fédérant des centres de recherche et archives européens et indiens.