Christophe Corbier, Son, rythme et langues : les recherches de Nietzsche sur la rythmique grecque
Nietzsche. Philosophie et philologie

01/06/2018, École normale supérieure, salles des Actes, 11-13h

Persuadé d’avoir découvert la clé de la rythmique grecque, Nietzsche se lance à l’automne 1870 dans des recherches ardentes sur le rythme. Les quatre cahiers témoignant de ses réflexions, de ses analyses et de ses lectures multiples entre 1870 et 1872-1873 (des grammairiens gréco-latins aux historiens de la musique modernes, d’Aristoxène de Tarente à Hanslick, d’Homère et d’Horace à Wagner et à Brahms) constituent un ensemble complexe et original tant sur le plan génétique et éditorial que sur le plan épistémologique et philosophique. Les leçons de Nietzsche se présentent d’abord sous la forme d’un commentaire des théoriciens grecs : la métrique fait partie de la formation habituelle du philologue et les savants allemands se sont illustrés en ce domaine depuis Gottfried Hermann et August Böckh. Mais les notes de Nietzsche évoluent rapidement vers des recherches personnelles sur le rythme, le temps, le langage et la musique. Se situant à la croisée de la philologie et de la philosophie, Nietzsche aura été près d’atteindre ici son objectif: promouvoir une nouvelle évaluation de la Grèce antique par l’entremise d’une philologie philosophique qui se fonde sur la dualité de l’apollinien et du dionysiaque. En travaillant sur ce matériau formel et sonore grâce à une analyse métrique, rythmique et «musicale», Nietzsche a tenté d’asseoir son interprétation du lyrisme et de la tragédie grecque sur des faits linguistiques. Pour cela, il a mobilisé le savoir de son époque, un savoir totalisant destiné à mettre en lumière la différence irréductible entre les Grecs et les Modernes. Malgré leur difficulté d’interprétation, ces fragments, qui déplacent la question souvent débattue du « formalisme », révèlent la profondeur des vues de Nietzsche sur la rythmique, le rythme et le temps.

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Christophe Corbier (CNRS – IReMus UMR 8223) travaille principalement sur la réception et l’histoire de la musique grecque à l’époque moderne, en relation avec le concept d’hellénisme, et sur les rapports entre philosophie et musicologie. Il est l’auteur de Poésie, Musique et Danse. Maurice Emmanuel et l’hellénisme (Classiques Garnier, 2010) et d’une édition critique, Lettres choisies de Maurice Emmanuel (Vrin, 2017). Il prépare une édition du mémoire de Roland Barthes sur la tragédie grecque et du Voyage musical au pays du passé de Romain Rolland.
Il est membre de l’équipe éditoriale des Écrits philologiques de Nietzsche.