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Valérie Pozner (Thalim, CEFR de Moscou ) invite Nadia Podzemskaia (ITEM), « L’édition critique complète de « Du spirituel dans l’art » et la genèse de la création chez Kandinsky »

Séminaire génétique et histoire des arts / 2022 Séminaire général de critique génétique / 2021-2022

10/05/2022, ENS, 29 rue d'Ulm, 75005. Salle Theodule Ribot. 17h-19h

© Маша Касьян

L’écriture de l’ouvrage théorique principal de Kandinsky, Du spirituel dans l’art, s’étale sur une longue période qui coïncide avec les grandes transformations dans sa peinture. Le corpus complet des versions et variantes en russe et en allemand se situe dans la période 1909-1922, mais les premiers avant-textes datent de 1903-1904.

L’écriture théorique commence dès le début du siècle, avec des réflexions sur le Langage des couleurs nées en marge des expérimentations techniques faites avec les dessins coloriés. En 1909, lors de la rédaction de la première version allemande de Du spirituel dans l’art, Kandinsky s’appuie sur sa collaboration avec le compositeur Thomas von Hartmann et avec le danseur Alexandre Sakharoff, pour proposer une véritable théorie de la peinture qui ait sa place aux côtés des théories propres aux autres arts. Plus tard, à la veille de la Grande guerre, les modifications et ajouts intégrés dans l’ouvrage sont liés à son travail sur les grandes compositions abstraites. Ses esquisses, ses études préparatoires et ses dessins annotés résonnent en écho avec les textes incorporés à ce stade dans le traité théorique. La dernière version russe de Du spirituel dans l’art de 1920-1921 témoigne enfin des importantes expériences personnelles, artistiques et politiques, vécues après la révolution, et qui, jusqu’à ce jour, sont restées méconnues. Cette version constitue de ce fait un document de premier ordre qui éclaire tout autrement ce qu’a été l’action de Kandinsky au Bauhaus.

Dans son écriture même, Du spirituel dans l’art est à la fois un témoignage et un élément déterminant dans la genèse de la création de Kandinsky. L’édition critique complète établie par Nadia Podzemskaia et publiée à Moscou en 2020 a pour ambition d’introduire le lecteur à l’intérieur même du processus créatif de l’artiste.

Dans l’ouvrage est publié pour la première fois le corpus complet en russe et en allemand de Du spirituel dans l’art, incluant l’ensemble visuel exhaustif auquel il est fait référence dans le livre (xylographies, reproductions d’œuvres, tableaux schématiques). Cette reconstitution donne donc à voir la dynamique des relations entre l’activité théorique de l’artiste et son œuvre picturale. Dans un commentaire détaillé, les textes édités sont confrontés à d’autres écrits de Kandinsky et aux textes des artistes avec lesquels il était en dialogue permanent : Böcklin, Signac, Delacroix, Léonard de Vinci. Ce travail n’a pu aboutir qu’avec une exploration minutieuse de la bibliothèque personnelle de Kandinsky à Paris et de la bibliothèque de Gabriele Münter à Munich.

http://www.item.ens.fr/n-podzemskaia-v-kandinsky/

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Nadia Podzemskaia (Chargée de recherche ITEM)

Responsable de l’équipe « Génétique et histoire des arts » de l’ITEM, les recherches de Nadia Podzemskaia croisent la philologie, l’histoire de l’art et l’esthétique. Elles portent sur la période comprise entre la fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle. Elles concernent la théorie artistique et les écrits d’artistes, ainsi que la réception de l’œuvre de Léonard de Vinci et de la Renaissance italienne en Russie, ou encore l’histoire des études byzantines.

Nadia Podzemskaia a consacré de nombreuses études aux écrits théoriques de Vassily Kandinsky. Parmi ses publications, l’ouvrage Colore, Simbolo, Immagine. Origine della teoria di Kandinsky (Firenze, Alinea, 2000). Fruit de plusieurs années de recherches, elle a publié la première édition critique complète en deux volumes de Du spirituel dans l’art en russe et en allemand, suivie de ses commentaires et essais, comprenant en Annexe les matériaux théoriques inédits des années 1914—1921 (Moscou, BuksMArt, 2020).

Depuis 2001, elle mène une réflexion sur la constitution de la science de l’art à l’Académie d’État des sciences de l’art à Moscou (RAXN/GAXN, 1921-1929). En 2008-2012, elle a participé au projet sur le « Langage des choses » soutenu par la Fondation Volkswagen, en partenariat avec le Centre for Russian Philosophy and Intellectual History à la Ruhr-Université Bochum. Elle a co-organisé nombreuses manifestations scientifiques à Moscou et a publié, en collaboration avec Nikolaj Plotnikov et Julija Jakimenko, deux volumes des matériaux et recherches sur la GAXN (Moscou, Novoe literaturnoe obozrenie, 2017).

Valérie Pozner, directrice de recherches CNRS (Thalim), Directrice du CEFR de Moscou (CNRS-MEAE)

Spécialiste d’histoire du cinéma russe et soviétique, Valérie Pozner est agrégée de russe, et est entrée au CNRS après une thèse consacrée à l’apport théorique et scénaristique de Viktor Chklovski à la pensée et à la pratique du cinéma des années 1920. Ses recherches portent essentiellement sur la période allant des débuts du cinéma en Russie jusqu’aux années 1950. Son approche, résolument interdisciplinaire, fait dialoguer les dimensions esthétiques, sociales, économiques et techniques du fait cinématographique dans l’espace politique de l’empire et de l’Union soviétique.

Par ailleurs son intérêt pour les avant-gardes russes l’ont conduite à éditer en français des textes de Chklovski (Viktor Chklovski, Textes sur le cinéma, L’Âge d’homme, Lausanne, 2011), Eisenstein (S.M. Eisenstein, Glass House, notes pour un film, Bruxelles, Kargo/les Presses du réel, 2009), Koulechov (L’art du cinéma et autres écrits, Lausanne, L’Age d’homme, 1994), et d’autres cinéastes et théoriciens des années 1920 (Les Formalistes russes et le cinéma, Paris, Nathan Université, 1996). Valérie Pozner a publié dans le numéro de Genesis consacré au cinéma (2007) et a participé au colloque consacré aux origines de l’abstraction, organisé en 2006 par Nadia Podzemskaïa (voir numéro de la revue Ligeia, 2009). Plus récemment, elle a participé à l’exposition Rouge (Grand Palais, 2019) pour les choix d’extraits de films, et achève actuellement une Anthologie de textes des constructivistes et productivistes russes, à paraître aux presses du Réel-Centre Pompidou début 2022.

Elle a dirigé une première fois le Centre d’études franco-russe de Moscou de 2006 à 2008, et a participé au projet porté par Nadia Podzemskaja et Nikolaj Plotnikov sur l’Académie des Sciences de l’art (GAHN) pour son versant cinématographique.