Multilinguisme, Traduction, Création / 2019-2020

07/02/2020, ENS, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris. Petite salle ECLA. 15h – 17h

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Le traducteur allemand Elmar Tophoven (1923-1989) a développé à partir de la fin des années 1960 une méthode de traduction qui consiste à prendre en note les étapes intermédiaires et les réflexions conduisant au texte cible. Pour ce faire, il consignait sur des fiches cartonnées, à côté de son manuscrit de travail, un passage du texte source qui lui posait problème, les différentes solutions envisagées, la nature de la difficulté ainsi que le procédé de traduction employé. La traduction du roman de Nathalie Sarraute « disent les imbéciles », en 1978, a généré de la sorte environ 1400 fiches.

Cette méthode, baptisée plus tard traduction transparente (« transparentes Übersetzen »), fixe une énorme quantité d’informations permettant de reconstituer les processus décisionnels à l’œuvre, tels qu’ils ont été pensés par le traducteur. Alors que l’analyse génétique des brouillons de traduction doit souvent se contenter d’émettre des hypothèses sur les raisons qui ont poussé à privilégier tel terme ou telle tournure, les fiches d’Elmar Tophoven nous font en quelque sorte entrer dans la tête du traducteur, comme si ce dernier s’était fait le généticien de sa propre écriture. L’étude du dossier génétique du roman de Nathalie Sarraute, intitulé »Sagen die Dummköpfe« en allemand, nous amène ainsi à nous interroger sur cette écriture en fiches, afin non seulement de reconstituer la façon de travailler d’Elmar Tophoven, mais aussi de saisir certaines spécificités de l’écriture d’une traduction.

Solange Arber,  agrégée d’allemand, est doctorante en études germaniques à Sorbonne Université en cotutelle avec l’Université de Lausanne. Son sujet de thèse porte sur le traducteur Elmar Tophoven et sa méthode de « traduction transparente ». Elle a publié des articles sur la génétique des traductions, la métaphore de la transparence et la réception du Nouveau Roman en Allemagne.