Zola. Séminaire "Anniversaires" / 2017-2018

19/01/2018, Censier - Paris 3 Sorbonne nouvelle - salle 410

Le 2 avril 1899—jour de son anniversaire—Zola écrivait d’Upper Norwood une lettre à sa femme, où il se lamente de leur séparation et de sa persécution politique. « Je n’ai voulu que la justice, soupirait-il, et il n’est pas d’outrage dont on ne m’abreuve. » L’expression anticipe sur les pages de Travail (1901) où Luc Froment subit les injures des habitants de Beauclair, descendant la rue de Brias « sous le flot ignoble d’outrages », en proie à un « infini chagrin » face au « fiel dont on l’abreuvait. » A cette épreuve humiliante, si visiblement inspirée de celle de l’auteur, le narrateur de Travail n’hésite pas à appliquer les mots de « martyre » et de « calvaire », révélant ainsi l’origine du roman fouriériste dans le creuset de l’Affaire Dreyfus—où la métaphore christique s’imposait un peu partout, chez les dreyfusards aussi bien que chez leurs adversaires. Cette préoccupation christique au moment de l’Affaire a déjà fait l’objet de quelques études. Mais en revenant aux interventions de Zola dans l’Affaire, et à l’empreinte de celle-ci sur ses œuvres postérieures, nous nous intéresserons plus largement à la présence de la passion du Christ dans la littérature de la fin de siècle, tant d’inspiration décadente que naturaliste, en commençant par celui dont on peut dire qu’il est en quelque sorte l’image invertie, la contrepartie exacte d’Émile Zola : Oscar Wilde. Nous tenterons de jeter les bases d’une christologie littéraire fin-de-siècle, et nous interrogerons sur la fonction esthétique et politique de la passion à la veille de l’important et auspicieux anniversaire qu’est l’avènement du XXe siècle.

Maison de la Recherche de Paris 3 (4, rue des Irlandais), salle Claude Simon