Genèses cinématographiques / 2018

07/02/2017, 29 rue d'Ulm, salle Paul-Langevin (1er étage) de 15 heures à 19 heures

Anna Khachaturova (université Sorbonne Nouvelle) : « Quand passent les cigognes de Mikhaïl Kalatozov : entre l’audace et le compromis, repenser l’expérience de la guerre aux marges d’une doxa artistique »

Après une longue traversée du désert artistique sous le règne stalinien, Quand passent les cigognes, récompensé d’une Palme d’or en 1958, contribue à rendre au cinéma soviétique la réputation d’innovation et d’avant-garde qui fut autrefois la sienne. Mikhaïl Kalatozov propose une vision nouvelle du thème de la Seconde Guerre mondiale et met l’accent non pas sur l’exaltation du sentiment patriotique abstrait, mais sur la souffrance subjective et intime que l’expérience de la guerre apporte au héros et à sa fiancée. Or, malgré l’audace de son propos et de son esthétique, le film ne parvient pas à s’affranchir tout à fait de la doxa du réalisme socialiste. L’étude des archives liées au film (plusieurs versions du scénario, comptes rendus des discussions privées au sein du studio, résolutions des diverses commissions de contrôle…) peut nous aider à prendre la mesure du climat idéologique hostile et des mécanismes de pression que doivent affronter, même pendant le Dégel, les cinéastes soviétiques.