01/06/2007,

L’Université de Grenoble3 organise la dernière séance de son séminaire consacré aux  manuscrits de Stendhal : « Manuscrits de Stendhal – édition des Journaux et papiers » à Paris à l’ENS.

L’acquisition de six cahiers manuscrits appartenant au corpus du « Journal » de Stendhal par la Ville de Grenoble lors de la récente vente Bérès (mardi 20 juin 2006) est venue compléter l’exceptionnel fonds de manuscrits déjà présent à la Bibliothèque Municipale de Grenoble. A l’exception de quelques documents détenus par des collectionneurs privés, on peut donc estimer qu’aujourd’hui on dispose de l’ensemble des papiers de Stendhal constituant ce que l’on a appelé le « Journal ».
Jusqu’à présent, ces six cahiers avaient été publiés par Henry Debraye et Louis Royer chez Champion en 1923-1924, et depuis n’ont plus jamais été mis à disposition des chercheurs : ainsi toutes les éditions suivantes se sont appuyées sur cette édition, sans possibilité de consultation des manuscrits. On imagine aisément l’intérêt d’une nouvelle édition qui tiendrait compte d’une relecture précise et rigoureuse de ces précieux documents.

Par ailleurs il est indispensable aujourd’hui d’intégrer cette édition dans un programme de réédition de l’ensemble du Journal – ou plutôt des journaux ? – de Stendhal. Et pour ce faire, une redéfinition du corpus est nécessaire. En effet ce fonds pour le moins hétérogène pose de nombreux problèmes, dont voici quelques exemples parmi les plus frappants :

– Il est nécessaire de remettre en question les choix effectués jusqu’à ce jour par les différents éditeurs, et en particulier la décision de Victor Del Litto pour les collections du Bibliophile et de la Pléiade de séparer « Journal littéraire » et « Journal » dans la mesure où Stendhal ne distingue pas toujours de façon précise les deux niveaux d’écriture : s’il est évident qu’on a du mal à considérer de simples notes de lecture comme faisant partie d’un journal à proprement parler, la question devient plus épineuse dès que Stendhal leur ajoute des considérations personnelles, même minimes. Inversement on trouve dans le « journal » tel qu’il est défini en Pléiade des considérations artistiques et comptes rendus de pièces de théâtre, etc. qui pourraient presque aussi bien figurer dans le « Journal littéraire ».

– L’édition actuelle introduit ainsi une fausse cohérence et une fausse continuité par un tri sélectif arbitraire dans cette masse de matériaux hétéroclites. On peut ainsi parfois constater la division d’un même ensemble textuel, qui est du seul fait de l’éditeur, à l’instar de certaines marginales de la Vie de Henry Brulard : la même note peut être coupée en deux, une partie jugée « intime » allant rejoindre le corpus du « Journal », l’autre partie figurant dans un objet construit par Victor Del Litto : le « Journal littéraire », qualification de commodité éditoriale qui n’est en réalité identifiée ni par les manuscrits ni par l’auteur… Le Journal étant conçu comme journal d’observation avant tout (le moi n’est alors au fond qu’un objet d’analyse parmi d’autres), il est difficile de séparer objectivement les réflexions théoriques et esthétiques des considérations sur la vie personnelle de Stendhal.

Cette nouvelle édition doit impérativement commencer par une redéfinition honnête, rigoureuse et sans parti pris du corpus. Ce projet de longue haleine ne pourra se réaliser qu’après identification et résolution de tous ces problèmes (ou du moins choix éditoriaux conscients de leur arbitraire mais argumentés) par l’Equipe « Manuscrits », en utilisant les moyens modernes et les possibilités offertes par les nouvelles technologies. Il s’agit de fournir une édition savante de référence – et qui de ce fait soit largement diffusée – de cette partie problématique de l’œuvre de Stendhal. Une édition électronique de ces Journaux est enfin envisagée, pour permettre un reclassement virtuel des registres de manuscrits, l’accès aux pages numérisées et à leur transcription ainsi qu’à diverses informations sur les pages, les scripteurs, la taille des feuillets… L’intérêt serait aussi de pouvoir confronter les pages, et a fortiori les marginales de Stendhal, à leur intertexte (presse, ouvrages scientifiques, essais, romans de l’époque, parfois aujourd’hui peu connus ou difficilement accessibles…) Le prototype de la base documentaire sera présenté le 1er juin.

Un séminaire, de travail collectif en vue de la réédition des Journaux et papiers de Stendhal et de l’alimentation de la base de données « Manuscrits », organisé avec le soutien du Cluster 13 (Région rhône-Alpes) a été mis en place à Grenoble pour organiser cette édition. Il est ouvert à toute personne intéressée par une réflexion sur l’édition de manuscrits.
   


pan style= »font-style:italic; »>De 13h30 à 16h30

Ordre du jour:
– présentation de l’avancement du projet : bilans et perspectives
– présentation du chantier du site « Manuscrits de Stendhal » et de l’outil développé pour la base documentaire en cours d’élaboration
– questions et discussion

Pour toute information, contacter :
Cécile Meynard

Maître de conférences
Responsable de l’équipe « Manuscrits de Stendhal »
Université Grenoble III-Stendhal
cecil.meynard@laposte.net