01/09/2017,

Le projet « Naturalisme monde » se développe selon trois axes :

1) une réflexion sur la notion de « naturalisme » en tant que notion traditionnelle de l’histoire littéraire, utilisée ici dans un sens extensif et inclusif à l’échelle mondiale (aires culturelles naturalistes). Qu’implique le passage d’une perspective unitaire sur le naturalisme à une perspective plurielle sur les naturalismes ? Sur le plan épistémologique, est-ce toutefois identique de parler de « naturalisme monde » et des « naturalismes du monde » ?
Concrètement, il s’agit de compléter l’approche d’un modèle radioconcentrique de diffusion du naturalisme français à l’étranger par une approche des « foyers » d’émergences locales, en contextes francophones ou non-francophones, avec une lecture plus fine des points de contact et
d’interaction entre, d’un côté, des logiques globales de circulation des idées (manifestes, doctrines, essais…), des correspondances (éditeurs, écrivains étrangers, lettres d’éloge et de critique venant de l’étranger,…) et des oeuvres (traductions, publications dans la presse étrangère, etc.) et, de l’autre, des phénomènes locaux d’ordre historique, esthétique et politique. Les travaux d’Yves Chevrel ont été décisifs dans une perspective comparatiste à l’échelle européenne, puis, dans son sillage, des incursions dans certains naturalismes étrangers (Grèce, Belgique, Amérique du Sud, Europe centrale, …), dont certains ont fournis des dossiers publiés dans Les Cahiers naturalistes. Enfin, le Dictionnaire des naturalismes coordonné par Colette Becker et Pierre-Jean Dufief est une forme de synthèse, et aussi le lieu de questionnements neufs pour l’avenir, en raison des « décentrements » opérés vis-à-vis de la place du naturalisme zolien dans ce paysage élargi. Dans cette perspective, notre projet fera l’objet d’une communication au colloque de l’association Nineteenth-Century French Studies (Charlottesville, 10-12 novembre 2017). Au sein d’une session intitulée « Le naturalisme et ses styles », Jean-Sébastien Macke évoquera les articulations possibles entre un « naturalisme-monde » et ses modélisations numériques telles qu’elles se dessinent dans notre projet.

2) A la cartographie des naturalismes intercontinentaux, s’adjoint une dimension temporelle, puisque le projet entend faire le choix d’une approche transhistorique des éléments constitutifs du « noyau dur » du naturalisme, en tant qu’esthétiques (la place du « document », les rôles de la description, la question du « montage » et de « l’assemblage » de l’oeuvre, etc.), idéologiques (les valeurs de vérité, de justice, de liberté, le déterminisme social, l’hérédité, etc.), les relations à la société (l’enquête, le témoignage, la voix auctoriale « porte-parole »), les thématiques et imaginaires dominants, etc. Raison pour laquelle, l’étude de la rémanence naturaliste en diachronie, des métamorphoses naturalistes entre le 19 et le 21e siècle a occupé une bonne partie de l’ouvrage Naturalisme.- Vous avez dit naturalismes ? (PSN, 2016), notamment avec l’article sur Mo Yan : un écrivain naturaliste ?

3) Le projet est enfin un chantier numérique et une réflexion sur les modalités de la recherche collective à l’ère des plateformes collaboratives. Numérique, car le projet a vocation à découvrir de nouveaux « trésors » dans les archives zoliennes, à les annoter et les éditer en ligne. Ces corpus originaux, encore inconnus des chercheurs, ou peu étudiés jusqu’à présent, déplacent notre regard sur des éléments documentaires minorés mais susceptibles d’enrichir, sinon de faire évoluer, notre connaissance du naturalisme zolien, dans une perspective internationale. Il s’agit des « pétitions » écrites en Amérique du Sud, lors de l’affaire Dreyfus, il s’agit des correspondances mondiales des citoyens étrangers qui ont écrit par centaines des lettres d’admiration, de soutien, parfois de haine, à l’intellectuel engagé dans la défense de Dreyfus. Il s’agit aussi de la place de l’image dans les traductions de romans zoliens (couvertures et illustrations), enfin des questions de transmission et de pédagogie qui font écho au projet didactique du naturalisme zolien, à partir des manuels de Français Langue Etrangère.