Séminaire général de critique génétique 2020/2021

06/04/2021, Ecole normale supérieure, 29, rue d'Ulm, 75005 Paris. Salle Théodule Ribot. De 17h à 19h.

La mission de recherche menée au MIT en 2019 par l’équipe « Linguistique » de l’ITEM a produit un document vidéo présentant le chercheur « à l’œuvre » : un généticien a été filmé dans ses gestes d’ouverture, exploration et interprétation du fonds que Roman Jakobson (1896-1982) a légué au MIT. Ce document vidéo vise ainsi à montrer le chercheur faisant état de ses découvertes, en explicitant la façon dont il y est parvenu.

Cette mission financée par le Labex TransferS s’inscrit, pour ce qui est du thème, dans le programme « Genèse et transferts de savoirs linguistique » et plus largement dans le projet visant à étudier génétiquement l’élaboration de théories linguistiques et de sciences humaines qui a été inauguré par l’équipe « Linguistique » sur le fonds d’Émile Benveniste (BnF). Pour ce qui est de la méthodologie, elle s’inscrit dans une démarche de recherche, entamée en 2002 par Aurèle Crasson et Claude Nourry visant à donner à voir le chercheur généticien au travail par le biais d’un dispositif vidéo (Pour en savoir plus, découvrez l’ensemble du projet « Le généticien du texte face au manuscrit d’auteur. Filmer la recherche en acte ».« )

Le fonds Jakobson (MC 72, Distinctive Collections, MIT, Cambridge, Etats Unis) nous apparaît comme l’un des plus riches du panorama des archives savantes du XXe siècle. L’arc temporel qu’il couvre est très vaste, plus étendu même que la vie de son éponyme : les documents les plus anciens datent de la fin des années 1880, les plus récents dépassent de peu 1986. Entre ces deux extrêmes, se déploie un ensemble dont l’importance matérielle (4 mètres cubes environ) et la variété (manuscrits autographes et imprimées, documents officiels, tapuscrits, ronéotypes, photographies, documents multimédia… en langue Russe, Tchèque, Polonaise, Allemande, Française, Anglaise…) témoignent, en première instance, d’une conscience d’archives très marquée. Ainsi, non seulement ce fonds est en mesure d’offrir un point d’observation privilégié sur l’œuvre et la carrière de Roman Jakobson (œuvre et carrière qui se confondent avec l’histoire – et la géographie – de la linguistique), mais il est à même de représenter aussi un excellent modèle d’archive de chercheur au XXe siècle, source et chantier de cas d’étude.

L’extraordinaire richesse du fonds Jakobson, son étendue ainsi que la variété de typologie documentaire qu’il comporte, a permis d’illustrer les différentes déclinaisons de l’approche génétique des écrits de création scientifique et d’en réaliser les potentialités : de l’analyse matérielle des documents à la contextualisation historiographique des inédits, de la constitution – en échelle macro et micro – de dossiers de genèse à l’étude de la dimension pratique de l’écriture savante.

Le donné à voir des résultats de l’exploration de ce fonds si particulier, au travers du document video, permet de montrer, d’une part, comment processus de textualisation et genèse de notions ou concepts sont intrinsèquement liés et, par ailleurs, combien le chercheur doit jouer entre expériences linguistique, génétique, historique et historiographique pour interpréter la naissance des théories et comprendre la circulation des savoirs.

Ce fonds, véritable trésor, n’a pas encore fait l’objet d’une analyse étendue, et pourtant sa valeur est difficilement sous-estimable, non seulement en tant que témoignage de l’œuvre de l’un des plus renommés linguistes du XXe siècle, mais aussi, à travers lui, comme véritable source première de l’histoire des sciences humaines tout court.