25/10/2016, Montevideo, Uruguay

Quatre-vingt années se sont écoulées depuis le soulèvement militaire de juillet 1936. Les trois années de guerre civile qui ont suivi, ont marqué une rupture dans l’histoire espagnole et mondiale en freinant le processus de construction de la démocratie espagnole et en déclenchant, en Europe, une série de violences et de crises qui sévirent jusque 1945 et impliquèrent le reste du monde. Telle une onde de choc, la guerre d’Espagne a propagé ses victimes (des civils, des soldats, des politiques) et provoqué un exode sans précédent dans l’histoire du pays (près de quatre-cents cinquante mille personnes, surtout à partir de 1939, suite à la chute de le Catalogne –Javier Tusell, 1999; Aróstegui Sánchez, 2012).

 

Le conflit qui dévia l’histoire de l’Espagne vers une autre voie affecta la société espagnole comme jamais et plus particulièrement sa vie intellectuelle, culturelle et artistique, tant par la disparition tragique de ses figures emblématiques (Federico García Lorca, Manuel Fernández Montesinos, Constantino Ruiz Carnero, Miguel Hernández, etc.) que par l’exil massif qu’il engendra. Certains allers furent « sans retour » (Concha Zardoya, 1982) comme ceux de Max Aub, de Luis Buñuel, Pau Casals, Luis Cernuda, Manuel de Falla, León Felipe, José Gaos, Pedro Garfias, Antonio Machado, Pedro Salinas, Juan Ramón Jiménez, etc., des noms auxquels viennent s’ajouter ceux des artistes et intellectuels surpris par le conflit alors qu’ils résidaient, depuis quelques années, hors du pays comme Pablo Picasso, en France.

La critique a largement étudié la vaste production artistique et intellectuelle de l’époque ainsi que les processus de transculturation, d’acculturation et de transferts qui y sont liés ; mais il est vrai que l’accent a été mis, surtout, sur les figures qui ont occupé les devants de la scène, celles qui ont donné lieu à la construction d’imaginaires collectifs fondés sur les idées de liberté, de justice, de déracinement, et qui ont réactivé des symboles (comme dans le cas de la colombe de la Paix de Picasso) ou des mythes et des lieux de mémoire (liés aux drames de Guernica ou à Grenade). La manière dont ont été sauvés des idées et des projets qui purent fructifier dans les nouveaux contextes de l’exil, nouveaux lieux d’action et de travail, a été plus particulièrement analysée. Ainsi, dans le cadre de programme, nous souhaitons compléter ce corpus littéraire et critique en étudiant des productions moins connues, celles des figures de « second rang ».

En effet, l’œuvre et l’action de ces acteurs de l’ombre nous paraissent essentiels pour comprendre les réseaux et relations qui se sont formés entre les deux continents. L’action de ces discrètes personnalités n’est que trop rarement évoquée alors qu’elle a souvent été capitale dans la mutation du paysage culturel des deux continents. Par cette perspective critique originale, nous voulons relire l’histoire des productions culturelles européennes et américaines entre les années 1936 et 1959 depuis un nouveau regard, celui de ces « satellites » (Fatiha Idmhand, 2015) qui furent des chaînons essentiels entre deux cultures ou plus et qui ont agi dans la clandestinité ou dans l’anonymat.

Pour analyser cette question, le colloque entend, grâce à l’interdisciplinarité, étudier les différents aspects qu’ont revêtu ces relations culturelles tant sur le plan humain que du point de vue de la production intellectuelle et artistique. Il s’agira d’apporter une contribution nouvelle capable de développer d’autres études, d’autres cartes et dictionnaires (Manuel Aznar Soler, 2014).