« Le génie n'est complet que quand il joint à la faculté de créer la puissance de coordonner ses créations »

Félix Davin, « Introduction » aux Études de mœurs au XIXe siècle1

Thierry Bodin nous fit le plaisir, dans le n° 47 du Courrier balzacien (1992-2, p. 26-31), de reproduire le catalogue des « Œuvres de M. de Balzac », que l'on trouve relié, sous la forme d'un cahier de six pages, à la fin du tome II de quelques exemplaires de l'édition originale de César Birotteau. L'exemplaire B907 de la collection Lovenjoul (à l'Institut de France) et celui de la Maison de Balzac (R 8° Cc26 ou R 8° Cc26 bis) en sont garnis; l'exemplaire de la Réserve de la Bibliothèque Nationale (Rés. p Y2 1953) en est dépourvu. Nous voudrions tenter de situer cet important catalogue parmi ceux — sur des supports, de formes et de formats variés, ils fu­rent nombreux — que Balzac rédigea au cours de sa carrière de bâtisseur. Il est en effet une grande étape sur la voie de La Comédie humaine.

L'Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau, parfumeur, chevalier de la Légion d'honneur, adjoint au maire du 2e arrondissement de la ville de Paris, etc. Nouvelle scène de la vie parisienne fut publié, en décembre 1837, par Jean-Théodore Boulé, qui avait obtenu son brevet d'imprimeur quelques mois plus tôt, le 13 mars, en succession de Mme Veuve Bellemain2. Le roman était offert en prime pour un abonnement de six mois à L'Estafette ou de trois mois à Figaro, deux journaux appartenant à l'éditeur et à son « Association de la librairie et de la presse quotidienne »3. Grâce à Roger Pierrot, on connaît mieux, depuis peu, les condi­tions exactes de la cession du roman à cet éditeur-imprimeur-directeur de journaux4. En date du 14 novembre 1837, un contrat « sur papier timbré » signé par Boulé, par Balzac et par Victor Lecou, ce dernier agissant au nom d'un consortium de libraires que nous retrouverons bientôt, précise que César Birotteau sera payé 20 000 francs, pour un tirage (élevé) de 5 000 exemplaires, s'il est livré avant le 10 décembre. Les délais sont très courts; Boulé s'engage à mettre « à la disposition de M. de Balzac des commis­sionnaires pour porter ses épreuves et ne pourra se refuser à aucun travail de nuit5 ». On sait que Balzac, retranché du monde, réussit ce magnifique tour de force, contre la montre et le sens. Le 20 décembre, il écrit à madame Hanska : « Je viens de terminer en 22 jours comme je l'avais promis [...] César Birotteau. [...] C'est assez vous dire que je suis abattu, dans un état d'anéantissement inexprimable6 ».

Comparant la justification établie sur les presses de Boulé, et celle issue de la maison Béthune et Plon qui avait commencé l'impression du roman, Roger Pierrot montre que la première « a fait “rentrer le texte” et explique en partie la difficulté éprouvée par Balzac à donner le nombre de feuilles prévues » (p. 23). Elle explique aussi bien la présence, à la fin du second tome qui ne doit pas être trop mince par rapport au premier, du catalogue des « Œuvres de M. de Balzac » que nous nous proposons d'étudier, et la reproduction d'un article d'Édouard Ourliac, « Les malheurs et aventures de César Birotteau avant sa naissance », qui avait paru dans Figaro du 15 décembre7. Le premier volume compte en effet 360 pages; le second, avec ces deux suppléments, en compte 348.

Boulé était indirectement entré en affaires avec le romancier quelques mois plus tôt en achetant les tirages en quatre volumes in-12 du Médecin de campagne (4e édition, prévue au contrat du 10 janvier 1836; Corr., t. III, p. 13-148) et du Père Goriot (3e édition, prévue au contrat du 9 mars 1835; Corr., t. II, p. 653-654). Ces tirages avaient été fabriqués pour Werdet, et soldés par lui après le dépôt de son bilan le 17 mai 1837. Sous le titre conjoint de « Romans philosophiques », Jean-Théodore Boulé offre ces deux œuvres en prime aux nouveaux abonnés de Figaro pour le trimestre débutant le 15 octobre 1837. En novembre, le journal reçut plusieurs réclamations : les nouveaux abonnés protestèrent contre le format in-129. On comprend donc que Boulé souhaite renouveler la publicité sans délais, avec du « Balzac in-8 », avec un roman inédit de Balzac dans le format noble. Dès le 17 décembre, Figaro offre César Birotteau.

La somme versée (20 000 francs, nous l'avons dit) est importante; c'est que le romancier n'est plus en affaire avec Werdet dont il avait rêvé, un temps, de faire son « éditeur unique » (Corr., t. III, p. 136). Balzac a signé, le 15 novembre 1836, un important traité avec une société créée par Henri-Louis Delloye, Victor Lecou et Victor Bohain, « pour réunir et concentrer sous une seule direction l'exploitation de ses œuvres, tant celles publiées jusqu'à ce jour que celles qu'il pourra composer et faire publier » (ibid., p. 174-178). Lieutenant-colonel démissionnaire après Juillet 1830, industriel de l'édition « à la tête de fonds d'édition musicale, dramatique, d'un commerce de gravures et de litho­graphies, enfin d'une librairie classique et élémentaire10 », Henri-Louis Delloye « visait l'édition des grands auteurs romantiques », et y réussit, relativement. Il avait créé, par acte du 21 avril 1836, une société en participation pour la publication des œuvres de Chateaubriand. En 1838, avec Charles Cornuau, négociant en papier, et un groupe de banquiers, il signera un contrat semblable avec Victor Hugo11. Si Delloye consent 156 000 francs à l'auteur des Mémoires d'Outre-tombe et s'il lui sert une rente viagère de 12 000 francs, s'il verse à Hugo 300 000 francs12, il n'accorde à Balzac que 50 000 francs, en avance sur la moitié des bénéfices de la société auxquels le romancier a droit. Celui-ci, qui se targuait, en juin 1836, de ne faire « de conventions que pour une seule édition13 » confie toute sa production à un consortium. Pour une durée de quinze années, les trois libraires sont « exclusivement chargés de la fabrication, de la vente et la comptabilité ». Alors, pour se rembourser, ils vendent. En décembre 1837, César Birotteau à Boulé; en août 1838, à Werdet, le tirage in-18 de La Femme supérieure [Les Employés], et une réédition en format in-18 de la Physiologie du mariage à Gervais Charpentier14; et le 12 novembre encore, au même, le droit d'imprimer trente-six mille cinq cents volumes des œuvres du romancier (Corr., t. III, p. 452-456).

Lorsqu'il écrivait à madame Hanska le 1er mai 1835 : « La fortune [...] se trouvera dans l'année 1837, quand mes œuvres deviendront les Études sociales » (L.H.B., t. I, p. 243), Balzac ne pouvait connaître le rôle qu'Henri-Louis Delloye et Victor Lecou s'apprêtaient à jouer dans sa vie dix-huit mois plus tard, ni les grandioses attentes que leur société en commandite allait susciter en lui. Espoir d'abord d'une liberté retrouvée, d'une lutte financière dominée, qui se résout par une nouvelle plongée dans l'abîme de la nécessité : « Les 50 000 francs ont été dévorés comme un feu de paille. [...] Je dois toujours » (à Zulma Carraud, janvier 1837; Corr., t. III, p. 217). Espoir surtout de publier l'œuvre complète.

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Balzac ne semble jamais préoccupé par l'invention des sujets de ses fictions, qui surgissent continûment, se croisant, s'additionnant, se fondant, s'entraînant ou se chassant l'un l'autre dès avant leur réalisation. L'invention balzacienne révèle une infinie capacité d'expansion. Il lui faut cependant une machinerie qui crée de l'ordre, qui répartisse les masses, qui assortisse les textes, les thèmes et les situations, qui fixe des normes au débordement et à l'accumulation des œuvres, qui organise les forces et les mouvements de la création. Parmi tous ses autographes, brouillons, manuscrits, épreuves, mises au net, albums, le romancier a rédigé de très nombreux essais de classement destinés à se résorber dans le devenir et la forme achevée de l'œuvre. Ils rendent toutefois visibles la vie propre de ce travail de mise en ordre condamné à l'effacement, de cette gestion manuscrite du classement de l'œuvre, des processus de rangement, des formes de regroupement, des régularités dans les procédures de tri qui accompagnent l'écriture balzacienne, l'infléchissant et la dirigeant, depuis les premiers plans (sommaires et fragmentaires) des Études de mœurs, jusqu'à la lettre-catalogue adressée, en janvier 1840, à un éditeur inconnu15, jusqu'au « Catalogue des ouvrages que contiendra La Comédie humaine. Ordre adopté en 1845 pour une édition complète en 26 tomes », et au-delà, jusqu'à La Comédie humaine elle-même, fixée dans son inachèvement par la mort et le désintérêt de l'auteur16. Ils ne permettent pas tant de décrire une poétique architecturale que de chercher ce qu'est l'activité de classer, et de reconnaître, davantage que telle ou telle décision finale, ses amendements et ses hésitations, ses couches enchevêtrées de longs tâtonnements et de solutions empiriques, d'anticipations et de retours en arrière, ses improvisations, ses inspirations diverses et ses contraintes, ses étapes, ses interférences.

Roland Chollet a publié ce qu'il faut tenir pour le premier plan imprimé des Études de mœurs, au quatrième plat de couverture de la seconde édition du Premier Dixain des Contes drolatiques, datée « décembre 1832 ». Nous le reproduisons après lui17 :

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Le second, plus détaillé, a paru en janvier 1833, avec l'Histoire intellectuelle de Louis Lambert (Gosselin, 1 vol. in-18, B.F. du 9 février)18 :

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Que l'on ne s'y trompe pas. Ces deux tableaux ne sont pas de simples plans de travail ni de vul­gaires « programmes » annuels de rédactions; les œuvres n'y sont pas mentionnées pour mémoire. Ces schémas n'appartiennent pas davantage à la préhistoire des Études de mœurs au XIXe siècle : ils constituent son acte officiel de naissance.

Si les Scènes de village, en 1832, « se confondent encore avec Le Médecin de campagne inachevé19 », en 1833, le 3 septembre, ce roman a paru, et Balzac, entre mars et décembre, « “invente” les Scènes de la vie de province »20. Les Études de femmes, elles, se donnent le comportement féminin comme objet d'étude, et la femme du monde, la femme aristocratique, comme sujet de portraits ou de tableaux; et c'est bien dans le monde, et plus largement dans la capitale, que se déroulent les Conversations entre onze heures et minuit dressant l'inventaire des quartiers de Paris, dévoilant l'envers de la vie parisienne. En témoigne cette note de Pensées, sujets, fragmens : « Les cinq conversations : faubourg Saint-Germain; quartier Dantin; Saint-Denis; Marais; faubourg Saint-Antoine; artistes et hommes su­périeurs » (Lov. A 182, f° 3). Composées de deux séries divergentes — les Études de femmes et les Conversationsentre onze heures et minuit21 — qui s'attirent cependant par un ordre supérieur, la vie parisienne, que Balzac, dans un prochain effort de synthèse, éclaircira, les Scènes de la vie du monde construisent, au sein de l'œuvre, l'opposition entre la vie privée et la vie publique.

Quatre semaines séparent le premier plan du second. Dictés à la fois par la nécessité d'organiser la masse des textes parus — ceux que le lecteur connaît — et par le souci d'intégrer les œuvres qui sont en germe ou « à paraître » — qui appartiennent à un ordre qui échappe encore à ce lecteur —, ils obéissent contradictoirement à plusieurs modes de classement. Les accroissements, les redécoupages, les additions révèlent le processus dynamique de l'œuvre. Bientôt les métamorphoses, les déplace­ments, les réemplois (les amputations aussi) joueront leur rôle dans le regroupement des œuvres et la constitution des séries. En témoignent, dans l'album Pensées, sujets, fragmens (Lov. A 182), de nom­breuses notations : au folio 22, un brouillon du plan de janvier 1833 que nous venons de reproduire; au folio 27, un « Plan définitif des Études de mœurs au XIXe siècle » en trois séries (Scènes de la vie privée, de la vie de province, de la vie parisienne). Au folio 30, un troisième plan divise les Études de mœurs au XIXe siècle en 12 volumes et quatre séries (en adjoignant aux trois premières les Scènes de la vie de campagne). On peut dater cette rédaction de septembre 1833, car l'ouvrage que Balzac propose à Charles Gosselin le 12 ou le 13 de ce mois — et que celui-ci refuse dix jours plus tard — est un ouvrage en quatre séries. Le contrat pour la publication des Études de mœurs au XIXe siècle signé par Madame Béchet le 20 octobre ne retiendra que les trois premières22, mais le romancier pressent parfaitement, toutefois, qu'un cadre large permet d'assigner les places, de préciser les destinations, de lier les œuvres, les ensembles et les assemblages projetés.

C'est à un effort de concentration semblable que nous assistons dans le « Catalogue Delloye », qui annonce la composition en six séries des Études de mœurs au XIXe siècle et le contenu de trente volumes d'Études philosophiques. Ce catalogue livre en outre la table des Cent Contes drolatiques (trois Dixains parus et deux « pour paraître en 1838 »), une liste d'œuvres « sous presse » et d'ouvrages « séparés », le « fatras » disait le romancier23.

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En première page, ce catalogue donne la description exacte — à quelques variantes de titre près24 — de l'édition « Béchet-Werdet » des Études de mœurs au XIXe siècle telle qu'elle a paru en librairie, de décembre 1833 à février 1837, regroupant trois séries de quatre volumes (Scènes de la vie privée, de la vie de province, de la vie parisienne). Le 10 février 1837, Balzac annonce à madame Hanska : « Je vais maintenant m'occuper des 13 derniers volumes des Études de mœurs et j'espère avoir fini en 1840 » (L.H.B., t. I, p. 365). Cette date est celle-là même que notre catalogue annonce en note : « L'auteur ayant publié les douze premiers volumes des Études de mœurs au XIXe siècle, de 1833 à 1837, les éditeurs espèrent que les trois dernières séries pourront paraître de janvier 1838 à janvier 1841 ». Ce projet de complétion porte donc à vingt-cinq le nombre des volumes d'Études de mœurs. Or, les signatures de La Peau de chagrin illustrée, seul roman paru dans la collection des Études sociales25, indiquent que ce volume est le vingt-sixième tome de la publication projetée. Selon ce programme, dans le cadre des Études sociales, on le voit clairement, les trois dernières séries des Études de mœurs (Scènes de la vie politique, de la vie militaire, de la vie de campagne), doivent occuper les treize volumes dont Balzac entretient sa correspondante en février 1837, qui compléteront les douze parus, en précédant La Peau de chagrin (tome XXVI) qui ouvre les Études philosophiques. Ce calcul est confirmé par le folio 106 de Pensées, sujets, fragmens (Lov. A 182), que l'on peut croire à peu près contemporain, ou légèrement antérieur. Ce folio porte un plan « Pour janvier [1837 corrigé en] 1838. Publier les Études sociales » qui accorde 25 volumes in-8 aux Études de mœurs au XIXe siècle. Le 8 juillet, le romancier précise à madame Hanska : « Il se prépare une grande affaire pour moi dans une impression complète de mon œuvre, avec vignettes [...]. L'œuvre aura 50 volumes publiés par 1/2 volumes. Elle comprendra les Études de mœurs complètes, les Études philosophiques complètes, les Études analytiques complètes, sous le titre général de Études sociales. En quatre ans tout sera publié » (L.H.B., t. I, p. 391). Ces quatre années mènent toujours en 1841, et à la date annoncée par notre document, qui ne contient cependant pas le titre d'Études sociales. Le « Catalogue Delloye » agrandit toutefois les proportions. Il accorde quinze volumes aux trois dernières séries des Études de mœurs : quatre aux Scènes de la vie politique, six aux Scènes de la vie militaire, cinq aux Scènes de la vie de campagne26.

Notre catalogue prévoit déjà, pour les Scènes de la vie de campagne, les quatre romans qui formeront cet ensemble dans le « Furne corrigé » : Qui a terre a guerre (titre provisoire des Paysans), Le Médecin de campagne, Le Curé de village, Le Lys dans la vallée, et deux ouvrages à faire. L'un, Le Juge de paix, portera le n° 103 du « catalogue de 1845 »; l'autre, Une douloureuse histoire mentionné à quelques reprises au cours des années 1835-183727, semble disparaître ensuite.

Les Scènes de la vie militaire sont constituées de sept titres, dont cinq réapparaîtront en caractères italiques, comme œuvres à écrire, dans le « Catalogue de 1845 » : Les Vendéens (n° 80), Les Soldats républicains (n° 78 : Les Soldats de la République), Le Combat (n° 87 : Sous Vienne : Ire partie : Un combat), La Bataille et Après Dresde (se confondant sous le n° 91 : La Bataille de Dresde). Un sixième, A marches forcées, aura disparu; mais peut-on (sans preuve) y voir le même sujet dans Les Traînards (n° 92) ou dans L'Armée roulante (n° 85)? Aux Chouans, le seul titre des Scènes de la vie militaire ici mentionnées ayant paru, La Comédie humaine n'ajoutera que Une passion dans le désert, qui appartenait encore, en juillet 1837, lors de sa première publication en volume, aux Études philosophiques.

Les quatre volumes de Scènes de la vie politique sont réservés pour six romans. Le Ministre, Le Diplomate, Les Deux Extrêmes et les Débuts d'un homme politique demeureront à l'état de projet28. La Femme supérieure [Les Employés], qui appartiendra encore en 1843 aux Scènes de la vie politique29, et les Conversations entre onze heures et minuit complètent cette quatrième série des Études de mœurs au XIXe siècle. La place, le rôle et le sens de ces Conversations entre onze heures et minuit, que nous avons rencontré dans un état antérieur de l'œuvre, en 1832-1833, se trouvent modifiés par le surgissement des Scènes de la vie parisienne (nous l'indiquions), dont la préface de 1835 précisait déjà : « Les Conversations entre onze heures et minuit, qui devaient terminer les Scènes de la vie parisienne, et qui furent annoncées, serviront d'introduction aux Scènes de la vie politique, car elles forment une transition naturelle entre la peinture des extrêmes de Paris, qui dissolvent incessamment les principes sociaux, et celles des scènes de la politique, où l'homme se met au-dessus des lois communes, au nom des intérêts nationaux »30.

C'est que les remaniements dans l'ordre linéaire des séries (les Scènes) et des étages (les Études) sont dûs à des rapports nouveaux surgissant entre les œuvres existantes. Ils obéissent à des points de vue momentanés, à des regards immédiats qui rapprochent, regroupent ou disper­sent les œuvres écrites, qui dégarnissent parfois un ensemble pour en enrichir un autre s'élaborant avec des sujets neufs et des œuvres non rangées; le « Catalogue Delloye » dit des « ouvrages séparés ». Dans l'œuvre en expansion, il y a toujours un reste en attente d'intégration. Ici, en page 6, Le Père Goriot, Le Lys dans la vallée, Le Médecin de campagne, La Femme supérieure [Les Employés], La Maison Nucingen et la Physiologie du mariage sont des œuvres parues en librairie qui n'ont pas encore, quoique certaines destinations soient fixées31, trouvé place dans les Études de moeurs, tandis que, on l'aura remarqué, les Études analytiques ne sont pas annoncées. Plus curieux pourront sembler les regroupements d'ouvrages à paraître

Le rassemblement en une publication in-8 de Un grand homme de province à Paris et de La Torpille, rappelle, dans l'esprit créateur, la proximité de leur conception. On sait que La Torpille, qui forme les pages initiales de Splendeurs et misères des courtisanes, fut refusé en novembre 1836 par Émile de Girardin qui demandait à Balzac, après la publication de La Vieille Fille, un texte moins audacieux (Corr., t. III, p. 192). Ce roman racontera les aventures futures de Lucien remontant à l'assaut de Paris, après son échec dans l'univers de la littérature et du journalisme qu'indiquera Un grand homme de province à Paris. Le romancier imagine un destin, songe à l'avenir de son personnage alors qu'il n'a pas encore livré au lecteur son histoire récente, son passé — la déroute parisienne, la fuite sans honneur et sans argent, le retour à Angoulême.

La rédaction des dix feuillets conservés des Héritiers Boirouge ou Fragment d'histoire générale entreprise au cours de l'année 1836, est abandonnée en juin, pour celle de la première partie d'Illusions perdues. Cet important projet de Scène de la vie de province, qui porte en germe quelques éléments d'Ursule Mirouët, de La Rabouilleuse et des Paysans, « apparaît constamment, en compagnie d'Illusions perdues, de 1833 à 183632 » dans le programme du romancier. Ce n'est pas un nouvel appariement dont le « Catalogue Delloye » prend note en réunissant ce roman au Cabinet des Antiques dans une publication en deux volumes in-8. La couverture de la cinquième livraison des Études de mœurs au XIXe siècle (parue en novembre 1835) annonçait que la sixième comprendrait : La Grande Bretèche, Le Cabinet des Antiques, Fragment d'histoire générale [Les Héritiers Boirouge] et Illusions perdues. C'est beaucoup. Trop. La Grande Bretèche et Illusions perdues composèrent, avec La Vieille Fille (parue en feuilletons, dans La Presse du 23 octobre au 4 novembre 1836) toute cette sixième livraison (parue en février 1837). On ne sera donc pas surpris que les deux romans demeurés sur la table d'écriture du romancier, Le Cabinet des Antiques et Les Héritiers Boirouge, forment désormais seuls, esseulés, une publication autonome33.

Le catalogue consacre ses troisième et quatrième pages aux Cent Contes drolatiques. En page trois, il détaille le contenu des trois Dixains parus (le premier en 1832, B.F. du 14 avril; le second en 1833, B.F. du 20 juillet; le troisième en 1837, B.F. du 2 décembre). En page quatre, il annonce, « pour paraître en 1838 », la matière des deux Dixains suivants, et enregistre un changement de programme : le Dixain des Imitacions ne sera pas le quatrième, mais le cinquième. Ce report est d'autre part révélé par la « Note » publiée en post-scriptum au Troisiesme Dixain34. Le contenu annoncé du Dixain des Imitacions a été, croyons-nous, publié pour la première fois par le vicomte de Lovenjoul35, puis par Marcel Bouteron36. Réunissant des pastiches, il aurait stratégiquement permis au conteur drolatique de proclamer, à défaut d'en faire la preuve, que son entreprise n'est pas celle d'un plagiaire. Dernière défense, ultime sursaut d'une plume lassée, d'un élan brisé. Les Cent Contes drolatiques mourront au cours de l'année 1838.

La table des Études philosophiques que présente le « Catalogue Delloye » est mensongère. Elle affirme que « vingt volumes sont en vente », ce qui est inexact : trois livraisons seulement de 5 vol. in-12 ont paru à cette date. Les deux premières furent publiées par Werdet en décembre 1834 (B.F. du 3 janvier 1835) et en septembre 1836 (B.F. du 24 septembre), la troisième, par Delloye et Lecou en juillet 1837 (B.F. du 8 juillet). Il faudra attendre Hippolyte Souverain et l'année 1840 pour que paraisse la quatrième livraison, sous le titre Le Livre des douleurs. Contenant Gambara, Les Proscrits, Massimilla Doni et Séraphîta, elle portera le nombre des volumes des Études philosophiques à vingt. Il n'y en aura pas d'autres37. Nous voyons, dans l'insistance du « Catalogue » à signaler par une brève mention (« inédit ») les œuvres qui parurent en librairie pour la première fois dans cette collection38, une ferme injonction des éditeurs inquiets, qui écrivaient au romancier le 18 août : « Notre vente de l'in-12 [la 3e livraison des Études philosophiques parue en juillet] est pitoyable. Ce sera une affaire ruineuse si vous continuez vos réimpressions d'ouvrages anciens, aucun concessionnaire ne veut acheter et toute notre activité échoue contre leur inertie39 ».

Spoelberch de Lovenjoul, qui avait publié cette page de notre catalogue dans son long article sur « Les Études philosophiques de Honoré de Balzac »40, avait bien remarqué qu'elle ne « porte aucune trace de divisions quelconques des matières en volumes » (p. 432). On peut toutefois présumer que les deux œuvres signalées « inédit, sous presse », Le Fils du pelletier41, et Le Président Fritot42, auraient formé la cinquième livraison et que les romans annoncés « inédit, à paraître », Sœur Marie des Anges43, Le Grand Pénitencier44, Deux Bienfaiteurs de l'humanité45, les Aventures administratives d'une idée heureuse46,réunis dans une sixième livraison, auraient complété la publication en trente volumes. Le vicomte précisait encore, à propos de cette table des Études philosophiques, et nous en convenons avec lui : « C'est bien la dernière indication, du moins à notre connaissance, du contenu total de la susdite édition des Études philosophiques » (p. 433).

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La société créée en novembre 1836 avec Henri-Louis Delloye, Victor Lecou et Victor Bohain, qui agirent surtout comme intermédiaires entre le romancier et quelques éditeurs, sera dissoute, tardivement, le 11 avril 1841 (Corr., t. IV, p. 267-268). De l'ambitieux projet des Études sociales, La Peau de chagrin illustrée, qui aurait été suivie par un Médecin de campagne puis par un Lys dans la vallée (L.H.B., t. I, p. 408), fut le seul volume publié. C'est avec Gervais Charpentier, qu'entre 1838 et 1840, Balzac réalise une réédition partielle de son œuvre. Dans le « format anglais » in-18 à typographie compacte, la « Collection des meilleurs ouvrages français et étrangers, anciens et modernes » acueille 34 titres d'œuvres de Balzac, publiés en 15 volumes47. Elle n'est cependant pas le lieu éditorial pouvant accueillir La Comédie humaine.

En janvier 1840, pour ses « œuvres complètes », Balzac refait donc ses plans et ses devis. Il adresse à un éditeur non identifié un programme de publication extrêmement précis qui s'achève sur cette indication : « Le titre général est La Comédie humaine48». Cette lettre-contrat, ce plan-catalogue retient toutes les œuvres parues49, les répartissant, dans les Études de mœurs, dont quatre séries sont considérées comme (presque) achevées. Les Scènes de la vie privée, les Scènes de la vie de province (en elles surgissent des cycles intermédiaires : Les Célibataires et Les Rivalités), les Scènes de la vie parisienne et les Scènes de la vie de campagne formeront deux livraisons de quatre volumes chacune dans le format in-8 compact; une autre réunira les Études philosophiques. Ces livraisons paraîtront de six mois en six mois et permettront au romancier d'achever la quatrième et dernière : les Scènes de la vie militaire et les Scènes de la vie politique sont toujours « à faire ». Ce projet de publication en 16 volumes, auquel le romancier rêve encore en mai (L.H.B., t. I, p. 511), n'aboutira pas. Le titre même « La Comédie humaine » sera mis en sommeil quinze mois, jusqu'au 14 avril 1841, date de la signature du premier traité pour sa publication (Corr., t. IV, p. 271-275).

C'est fort probablement à cette occasion que Balzac ouvre un album, d'un petit format oblong, relié et recouvert en pleine toile de couleur rose. Une étiquette imprimée collée sur le plat de couverture porte le titre suivant : Notes sur le classement et l'achèvement des œuvres. Personnages, armoiries, noms, changements à faire et oublis (Lov. A 159)50. Cet album prend le relais, pour plusieurs mois, de Pensées, sujets, fragmens, mais forme avec lui un ensemble cohérent, structuré par des similitudes physiques et des différences fonctionnelles et référentielles. Ni l'un ni l'autre ne sont associés à aucune entreprise particulière d'écriture : ils sont la « mémoire ouverte » de l'évolution de l'œuvre et la chambre d'enregistrement de son architecture. Délicat, leur maniement pose deux séries de questions au moins. La première concerne leur mode d'emploi, leur instrumentalité et leur technique d'utilisation; sédentaires, ils sont consultés et rédigés par le romancier sur sa table de travail. La seconde, plus complexe, liée aux problèmes de datation, oblige à préciser le type de rapport que ces albums entretiennent avec la chronologie de la genèse de l'œuvre.

Les dates explicites contenues dans Pensées, sujets, fragmens permettent d'affirmer que Balzac a utilisé sporadiquement cet album de 1830 à 1847, presque toute sa carrière d'écrivain durant51. S'il marque une distance réflexive par rapport à l'œuvre, Pensées, sujets, fragmens possède aussi une fonction spécifiquement génétique : des scénarios, des hypothèses d'œuvres, des titres, des indications schématiques, des bouts de dialogue (phrases ou répliques), des résumés, des découvertes, « pensées » ou  « curiosités » glanées lors de lectures, abondent. On y rencontre aussi, nous l'avons vu brièvement, des projets de classement, des organisations d'ensemble, des programmes de travail. Tout en engrangeant du matériel et de petites trouvailles, dans cet album, Balzac jette les plans de la cathédrale qu'il veut édifier.

La fonction du second album est d'abord méta-discursive et programmatique. Dans ses Notes sur le classement et l'achèvement des œuvres l'écrivain s'interroge sur les partages de textes inédits et de rééditions, sur les recoupements de provisoire et de définitif, sur le sens et l'avenir de l'œuvre. Certaines de ces Notes sont datées des années 1841-1844, années de la mise au clair du chantier romanesque, moment du reclassement des textes dans La Comédie humaine, dont l'achèvement est subordonné à la réalisation matérielle d'une nouvelle édition, qui ne paraîtra pas. Cet albumcontient en effet plusieurs versions préparatoires du « Catalogue de 1845 »52.

La gestion manuscrite du classement de l'œuvre se poursuit artisanalement au-delà de la publication des œuvres complètes. Redistribuant les matières, Balzac a découpé et collé des fragments d'épreuves de ce « catalogue de 1845 » aux revers des couvertures de quelques-uns des volumes de son exemplaire personnel de La Comédie humaine53. L'espace du typographique conserve ainsi les traces de pistes abandonnées, et le tracé de structurations nouvelles, absorbe, sans le résorber, l'effort manuscrit de la « coordination des créations »54, ne dissimule pas son effacement. Le dernier état de l'œuvre, comme la mort le fixe, avec ses ratures et ses surcharges, transforme l'éditeur posthume en héritier testamentaire, exécuteur de la dernière expression de l'auteur, conservateur du dernier texte voulu par lui, non pas texte définitif, mais texte désormais invariant.

1 . Dans La Comédie humaine, « Bibliothèque de la Pléiade », Gallimard, 12 vol. 1976-1981; tome I, p. 1152 (désormais abrégé en Pl.). Phrase citée par Henri Gauthier en conclusion de sa belle étude : « Le projet du recueil Études de femme. Un essai d'architecture de l'œuvre balzacienne », L'Année balzacienne 1967, p. 115-146.

2 . Son brevet lui sera « retiré par décision du 14 mai 1850 ». Nous empruntons ces renseignements à Paul De­lalain, président de la Commission de la Bibliothèque technique : Liste des imprimeurs typographes de Paris, du 1er avril 1811 au 10 septembre 1870, sous le régime du brevet, avec indication des successeurs, pendant cette période, de chacun des imprimeurs typographes maintenus en 1811, Paris, Impr. de J. Dumoulin, 1900, p. 10.

3 . Nous avons reproduit la plus grande partie du prospectus de cette « Association de la librairie et de la presse quoti­dienne » dans nos « Nouvelles précisions bibliographiques sur quelques ouvrages de Balzac », L'Année balza­cienne 1991 (p. 300-302). Ce prospectus est relié dans le tome I de l'exemplaire de César Birotteau que possède le fonds Lovenjoul.

4 . Roger Pierrot : « Autour de César Birotteau. Documents inédits », Le Courrier balzacien, n° 44, 1991-3, p. 18-24.

5 . Ibid., p. 23. Outre le « traité définitif », Roger Pierrot publie un projet de traité, le bon à tirer de la première feuille du tome I du roman, et un court billet à Thuau, prote de l'imprimerie de Boulé.

6 . Lettres à madame Hanska, Laffont, « Bouquins », 1990, tome I, p. 426. (Désormais abrégé en L.H.B.).

7 . Cet article, dont le titre pastiche surtout celui de la biographie imaginaire de Horace de Saint-Aubin signée par Jules Sandeau (« Vie et malheurs de Horace de Saint-Aubin », parue avec La Dernière Fée, 2e livraison des Œuvres complètes de Horace de Saint-Aubin, enregistrée à la Bibliographie de la France du 10 septembre 1836) est reproduit par Spoelberch de Lovenjoul, Histoire des œuvres de H. de Balzac, Calmann-Lévy, 1879 [3e éd., 1888]; Genève, Slatkine, 1968, p. 359-361).

8 . Nous abrégeons de cette manière les références paginées à la Correspondance de Balzac publiée par Roger Pierrot, Garnier, 5 volumes, 1960-1969.

9 . Dans nos « Nouvelles précisions bibliographiques sur quelques ouvrages de Balzac », nous avons repro­duit, en date du 24 novembre, un « Avis » de la rédaction contrainte de justifier cette opération au rabais par un manque de temps... (loc. cit., p. 302).

10 . Nicole Felkay : « Henri-Louis Delloye, éditeur de Chateaubriand, Balzac, Victor Hugo, et al. », Nine­teenth Century French Studies, vol. XVIII, n° 3-4, printemps-été 1990, p. 336-347 (ici, p. 338). Cet article poursuit la galerie des portraits des éditeurs de Balzac que Nicole Felkay avait entrepris en 1971 dans L'Année balzacienne. Elle les a réunis en volume en 1987 dans Balzac et ses éditeurs, 1822-1837. Essai sur la librairie romantique, Promo­dis, éd. du Cercle de la librairie. Sur Victor Bohain, et ses rapports avec Balzac, voir Nicole Felkay : « “Un homme d'affaires” : Victor Bohain », L'Année balza­cienne 1975, p. 177-197 (cet article n'a pas été repris dans Balzac et ses éditeurs).

11 . Jacques Seebacher a remarquablement fait le point sur les rapports entre Victor Hugo et Henri-Louis Del­loye dans « Victor Hugo et ses éditeurs avant l'exil », dans les Œuvres complètes de Hugo, édition chronologique pu­bliée sous la direc­tion de Jean Massin, Club français du livre, 1971, tome VI, vol. 1, p. I-XXVII.

12 . Dont, semble-t-il, « cent quatre-vingt mille comptant [...] plus l'intérêt courant à 5 % des sommes encore dues » (ibid., p. VII).

13 . « Historique du procès auquel a donné lieu Le Lys dans la vallée », Pl. t. IX, p. 925.

14 . Corr. t. III, p. 428-429 : « Delloye et Lecou en vertu de l'accord du 15 novembre 1836 agissent comme mandataires de Balzac, mais sans l'avoir prévenu » (Roger Pierrot, p. 428 n. 1). Balzac protestera vivement le 6 sep­tembre : « Mon cher Monsieur Delloye, on m'a appris hier deux choses qui sont incroyables pour moi, tant elles froissent l'esprit et la lettre de notre traité et tant elles blessent mes intérêts... » (ibid., p. 433-434).

15 . Corr., t. IV, p. 33-37. Roger Pierrot croit qu'il peut s'agir de Léon Curmer ou d'Armand Dutacq.

16 . Sur ce point, voir notre lecture des Lettres à madame Hanska dans Romantisme, n° 77, 1992-3, p. 113-119.

17 . Balzac journaliste. Le tournant de 1830, Klincksieck, 1983, p. 267-268.

18 18. Sans indication de provenance, ce plan a été publié par Spoelberch de Lovenjoul dans son Histoire des œuvres de H. de Balzac (op. cit., p. 470), puis, intégralement, par Henri Gauthier (loc. cit., p. 136).

19 . Roland Chollet : op. cit., p. 268.

20 . Voir Bernard Guyon : « Balzac “invente” les Scènes de la vie de province », Mercure de France, juillet 1958, p. 465-493. Anne-Marie Meininger a récemment repris cette question dans « Histoire des Scènes de la vie de province », L'Année balzacienne 1989, p. 19-42.

21 . Dont la partie rédigée, parue dans les Contes bruns en janvier 1832, sera toutefois démantelé pour être incorporée, en 1842 et 1843, à Autre étude de femme (justement!) et à La Muse du département, qui est aussi, à sa manière, une étude de femme.

22 . Voir Corr., t. II, p. 360-361 pour la proposition du romancier, et p. 374-375 pour le refus de Gosselin; le contrat avec Madame Béchet est manquant dans la Correspondance (n° 697, à la date du 13 octobre, qu'il faut rectifier). Les Scènes de la vie de campagne ne paraîtront que dans La Comédie humaine. En fait, on trouve d'innombrables plans dans Pensées, sujets, fragmens : au folio 33 pour les Scènes de la vie de province, au folio 36 pour les Scènes de la vie militaire, etc.

23 . Lettre à Delphine de Girardin, Corr., t. III, p. 629.

24 . Dans les Scènes de la vie privée : Le Célibataire pour Les Célibataires [Le Curé de Tours], Les Trois Vengeances, titre abrégé de La Grande Bretèche ou les Trois Vengeances; dans les Scènes de la vie parisienne : Gobseck plutôt que Le Papa Gobseck, Chabert plutôt que La Comtesse à deux maris.

25 . En 25 livraisons à 0, 60 fr., sous le titre Balzac illustré. La Peau de chagrin. Études sociales. La première est mise en vente le 22 décembre 1837 (une semaine après César Birotteau et le catalogue que nous étudions); la dernière est enregistrée à la B.F. le 21 juillet 1838.

26 . Nous empruntons les éléments de cette analyse du projet des Études sociales à notre volume (Les Travaux et les jours d'Honoré de Balzac, Presses du C.N.R.S., Presses Universitaires de Vincennes, Presses de l'Université de Montréal, 1992, p. 33-34). C'est à l'occasion de ce travail que notre attention a été, pour la première fois, attirée par ce « Catalogue Delloye ». Nous disposons aujourd'hui du soutien financier du C.A.F.I.R. de l'Université de Montréal, du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et du Fonds pour la formation des chercheurs et l'aide à la recherche (Québec).

27 . On le rencontre ainsi dans la liste des Études de mœurs au XIXe siècle « pour paraître en 1836-1837 » imprimée à la fin du second tome de la deuxième édition du Livre mystique publiée par Werdet (B.F., Feuilleton du 23 janvier 1836).

28 . Le 15 juin 1832, une note de Pensées, sujets, fragmens insère Le Ministre dans une liste de romans prévus pour un cinquième volume de Romans et contes philosophiques (Lov. A 182, f° 17). Au folio 35, une note précise : « Pour les Scènes de la vie politique (voir Vivian), le ministre, l'homme qui sacrifie sa fille, son gendre, ses amis à une combinaison ». Sous le titre Comment on fait un ministère, dans les Scènes de la vie politique, ce projet portera le n° 75 du « catalogue de 1845 ». Du Diplomate (peut-on rapprocher ce titre de L'Attaché d'ambassade, n° 74 du « catalogue de 1845 »?), on ne sait rien. Nous sommes un peu mieux renseignés sur Les Deux Extrêmes : « Pour les Scènes de la vie politique. Un homme d'État agissant pour le pays et pour lui, un pauvre diable pour sa famille. Les mêmes scènes en bas et en haut. Le ministre a une statue, l'artisan est au bagne. Intituler Les Deux extrêmes » (ibid., fol. 35), et peut-être Les Deux Ambitieux dans le « catalogue de 1845 » (n° 73). L'on pourrait être tenté de voir, enfin, dans les Débuts d'un homme politique la première idée du Député d'Arcis, mais la conception de ce roman (sur les élections) ne semble pas antérieure aux années 1839-1840.

29 . Ainsi qu'en témoigne une intention de l'auteur portée sur le mansucrit, offert à David d'Angers : « Ceci s'appelle actuellement Les Bureaux et commence les Scènes de la vie politique. 1843 » (cité par Pl. t. VII, p. 1545). La Femme supérieure n'intégrera les Scènes de la vie parisienne qu'en 1844, au moment de la fabrication du tome XI de La Comédie humaine (Scènes de la vie parisienne, tome III).

30 . La préface aux Scènes de la vie parisienne a paru en novembre 1835 au tome IX des Études de mœurs au XIXe siècle. Pl. t. V, p. 1410-1411.

31 . Ainsi, en librairie, en 1835, Le Père Goriot est sous-titré « histoire parisienne », et le lieu de la Physiologie du mariage est précisée depuis 1834 au moins (voir, par exemple, la lettre à Madame Hanska du 26 octobre 1834, L.H.B. t. I, p. 204; ou l'« Introduction » aux Études philosophiques signée par Félix Davin, décembre 1834; Pl. t. X, p. 1218). Notre cata­logue renomme par ailleurs La Femme supérieure parmi les Scènes de la vie politique, Le Lys dans la vallée et Le Médecin de campagne parmi les Scènes de la vie de campagne.

32 . Madeleine Ambrière-Fargeaud : « Introduction » aux Héritiers Boirouge, Pl. t. XII, p. 379-388 (ici, p. 383); p. 389-398 pour le texte.

33 . En mars 1839, la préface du Cabinet des Antiques précisera : « L'auteur n'a pas renoncé [...] au livre intitulé Les Héritiers Boirouge, qui doit occuper une des places les plus importantes dans les Scènes de la vie de province, mais qui veut de longues études exigées par la gravité du sujet : il ne s'agit pas moins que de montrer les désordres que cause au sein des familles l'esprit des lois modernes » (Pl. t. IV, p. 961). Les Héritiers Boirouge porteront le numéro 45 du « Catalogue de 1845 ».

34 . Cette note est reproduite dans l'édition récente des Cent Contes drolatiques (au tome I des Œuvres diverses, « Bibliothèque de la Pléiade », Gallimard, 1990, p. 1183-1184). La simultanéité de ces annonces (celle du volume, qui paraît en décembre 1837, et celle du catalogue), confirmerait, d'une nouvelle manière, notre datation du « Catalogue Delloye ».

35 . Dans son Histoire des œuvres (op. cit., p. 229-230), qui le donne comme issu d'« un catalogue de 1838 », qui pourrait bien être notre « catalogue Delloye ».

36 . Dans le n° 4 des Cahiers balzaciens (1925, p. 38). Marcel Bouteron précisait que, formant le Quatriesme Dixain, il « fut annoncé, dès mai 1835, dans les catalogues de l'éditeur Werdet ». L'édition des Cent Contes drolatiques (au tome I des Œuvres diverses, op. cit.), reproduit le plan publié par Marcel Bouteron, mais ne signale pas celui de notre « Catalogue Delloye ».

37 . Balzac anticipe sans doute la publication de cette quatrième livraison. En novembre 1837, typographiquement composés, quatre de ses cinq volumes sont prêts : au tome XIX, Gambara; au tome XX, Les Proscrits; aux tomes XXVIII-XXIX, Séraphîta; le premier chapitre de Massimilla Doni termine le tome XX et le second ouvre le tome XXI. La lente gesta­tion des deux derniers chapitres de ce roman (le troisième ne sera achevé qu'en février 1838, le quatrième en 1839), que le romancier avait entrepris dans la foulée de la rédaction de Gambara (paru en juillet-août 1837), explique en partie ce retard de parution. Cette hypothèse confirmerait notre datation.

38 . Sont donnés comme « inédit », Un drame au bord de la mer qui a paru dans la 1re livraison; dans la troisième : Le Secret des Ruggieri, La Messe de l'athée, Facino Cane, Les Martyrs ignorés, L'Enfant maudit (dont la matière, effectivement augmentée d'une seconde partie intitulée La Perle brisée, ne forme pas un volume : elle est répartie sur deux tomes). Un oubli, toutefois : Une passion dans le désert, dont la première publication eut lieu dans la Revue de Paris le 24 décembre 1830.

39 . Corr., t. III, p. 333. Victor Lecou à Balzac, 18 août 1837.

40 . Revue d'Histoire littéraire de la France, 1907, p. 393-441.

41 . Ce roman demeurera plusieurs années à l'état de projet, sous divers titres : Le Martyr en mai 1837 (L.H.B., t. I, p. 383; Corr., t. III, p. 287; le romancier souhaite, à cette date, insérer l'œuvre dans la troisième livraison des Études philosophiques à paraître en juillet), Le Pelletier de la reine (fin mai-début juin; ibid., p. 299), Le Pelletier des deux reines en juin (ibid, p. 304), Le Fils du pelletier (juillet; L.H.B., t. I, p. 390), avant de paraître en feuilleton dans Le Siècle en 1841 sous le titre Les Lecamus, et de devenir Le Martyr calviniste en 1844, première partie de Sur Catherine de Médicis.

42 . Au contrat des Études philosophiques signé avec Werdet le 16 juillet 1834 (Corr., t. II, p. 529-535), Le Président Fritot est prévu pour la seconde livraison. On trouve ce titre régulièrement mentionné dans les annonces des Études philosophiques, repoussé de livraison en livraison. Rangé entre La Recherche de l'Absolu et Le Philanthrope dans le « catalogue de 1845 », il y porte le numéro 114.

43 . Balzac avait exposé le thème de ce roman, « un Louis Lambert femelle [...], les abymes du cloître révélés », à madame Hanska en janvier 1835 (L.H.B., t. I, p. 224). Il appartiendra longtemps au chantier des Études philosophiques, avant d'être progressivement incorporé aux Mémoires de deux jeunes mariées, en 1840 (ibid., p. 506 et n. 4; voir aussi Pl. t. XII, p. 339-344).

44 . La conception de ce sujet remonte aux années 1831-1832 : « Le Prêtre, un grand pénitencier qui meurt tué par le confessionnal où il fait en pensée tous les crimes et péchés qu'on lui accuse » (Pensées, sujets, fragmens, Lov. A 181, f° 19). L'« Introduction » de Philarète Chasles aux Romans et contes philosophiques précise l'intention : Balzac « ne reculera pas même devant le roi et le prêtre, ces deux derniers échelons de notre hiérarchie croulante; le roi, que notre progrès de civilisation a tellement ébranlé sur son trône qu'il n'a plus de confiance à sa couronne; le prêtre dont la pensée renferme le dernier, le plus large développement de l'intelligence humaine, et qui n'est plus qu'un spectre lorsqu'il cesse d'avoir foi en lui » (Pl. t. X, p. 1196). Ce conte philosophique, qui figure au contrat du 15 no­vembre 1836 sous le titre Les Souffrances du prêtre, aurait été une autre illustration de la loi balzacienne de « la pen­sée tuant le penseur » (F. Davin, « Introduction » aux Études philo­sophiques, ibid., p. 1215). Il n'apparaît pas dans le « cata­logue de 1845 ».

45 . Autre titre du projet Le Philanthrope, ou Le Philanthrope et le chrétien. Une note de Pensées, sujets, fragmens apporte quelques éclaircissements à cette « Étude sur la charité prise comme la science dans Claës [La Recherche de l'Absolu]. Un homme possédé par l'amour des masses, qui fonde des hôpitaux et laisse sa famille dans l'indigence » (Lov. A 182, f° 58). Numéro 115 du « catalogue de 1845 ».

46 . Important projet des années 1833-1835, qui se confond avec L'Histoire du marquis de Carabas (ou encore Histoire de la succession du marquis de Carabas), ouvrage dans lequel « la question politique [aurait été] nettement décidée en faveur du pouvoir monarchique absolu » (L.H.B., t. I, p. 273), qui aurait « formul[é] la vie des nations, les phases de leurs gouverne­ments et sous une forme meilleure, démontr[é...] que le repos est dans le gouvernement fort et hiérarchique » (Corr., t. I, p. 567-568). Le « Fantasque avant-propos » fut le seul fragment publié de cette œuvre, dans Les Causeries du monde le 10 mars 1834. Le n° 129 du « catalogue de 1845 » s'intitulera La Vie et les aventures d'une idée (voir Pl. t. XII, p. 753-790).

47 . Pour un total de 47 000 exemplaires (Corr., t. IV, p. 269; voir aussi ci-dessus note 14). En juin 1842, Charpentier ajoutera un seizième volume à cette série, qui portera à 36 le nombre des romans ou nouvelles publiés par lui (ibid., p. 447-448). Et d'autre part, Charpentier rééditera quelques volumes (en 1840, 1842, 1843, 1846, etc.) au fur et à mesure de l'épuisement de ses stocks.

48 . Corr., t. IV, p. 33-37. L'éditeur de la correspondance rappelle en note : « Ce titre célèbre apparaît ici pour la première fois sous la plume de Balzac » (p. 35 n. 2). Pour le déplacement du théâtre au roman que ce titre opère, et la figure du lecteur qu'il implique, on lira, de Vincent Descombes : « Le titre de La Comédie humaine », dans Problèmes actuels de la lecture, Clancier-Guénaud, 1982, p. 178-192.

49 . Hormis une exception, oubli ou désintérêt, Pierre Grassou paru en décembre 1839 au tome II de Babel, publications de la Société des gens de lettres.

50 . A partir d'une transcription partielle que Roger Pierrot a bien voulu mettre à notre disposition, accompagnée de ses commentaires autographes, nous travaillons actuellement sur ce carnet. Nous souhaitons pouvoir en présenter prochainement aux balzaciens la publication. Je tiens une nouvelle fois à remercier publiquement Roger Pierrot de sa confiance et de son appui.

51 . A ce jour, l'étude la plus approfondie demeure celle de René Guise : « Les mystères de Pensées, sujets, fragmens », L'Année balzacienne 1980, p. 147-162.

52 . Le « Catalogue des œuvres que contiendra La Comédie humaine. Ordre adopté en 1845 pour une édition complète en 26 tomes » a paru, grâce aux soins d'Amédée Achard, dans L'Époque le 22 mai 1846.

53 . Exercice qui pose aussi des difficultés de datation : quel est l'ordre choisi par le romancier? Roger Pierrot s'est employé à répondre à cette question dans « Les enseignements du “Furne corrigé” », L'Année balzacienne 1965, p. 291-308.

54 . Selon la formule de Félix Davin citée en exergue.