Séminaire « Décrire la création » / 2025-2026

13/05/2026, ENS 45 rue d’Ulm, 75005 Paris - Salle Cavaillès (15h-17h)

Illustration d’Hélène Guertik, « Album Fée », série « Les Albums du Père Castor », 1933, Flammarion. Source : Bibliothèque nationale de France, Gallica.

Daria Sorokina, Les Albums du Père Castor et la réception des albums soviétiques en France

Cette communication s’intéresse à la manière dont les albums illustrés soviétiques des années 1920–1930 ont été reçus en France, à partir de l’exemple de la série des Albums du Père Castor. Elle prend pour point de départ un moment clé : l’arrivée, au sein de cette collection dirigée par Paul Faucher, de deux artistes formées aux VKhOUTEMAS — Nathalie Parain et Hélène Guertik — parmi les premières collaboratrices.

L’analyse ne se limite pas à leurs parcours. Elle s’élargit à d’autres artistes liés au contexte russe et soviétique, afin de mieux comprendre comment ces images ont circulé et ont été réinterprétées en France.

L’enjeu n’est pas tant de définir un style (comme le constructivisme), mais de comprendre un processus : comment ces albums ont été choisis, adaptés et transformés dans le contexte français. Une attention particulière est portée au rôle des éditeurs et aux idées pédagogiques, à la fois au cœur du projet du Père Castor et dans l’enseignement des VKhOUTEMAS, où se sont formées ces artistes.

Il s’agit ainsi de proposer un déplacement du regard : considérer ces albums non seulement comme des objets artistiques, mais aussi comme le résultat d’un ensemble d’interactions entre artistes, éditeurs et institutions, qui contribuent à transformer leur sens dans un nouveau contexte culturel.

Daria Sorokina est doctorante à l’ENS/PSL, elle prépare une thèse « La couleur au VKHOUTEMAS en tant que discipline du département principal : transfert culturel entre la Russie, l’Allemagne et la France ».

Lettre envoyée par l’artiste Ferruccio Ferrazzi à Giovanni Scheiwiller le 17 mai 1930 depuis Tivoli. Lieu de conservation : Centro Apice de Milan, Fond Giovanni Scheiwiller, dossier Ferruccio Ferrazzi.

Anna Sofia Smorlesi, Boris Ternovets et Giovanni Scheiwiller : dans quelle mesure leur relation a-t-elle influencé leurs positions respectives entre 1924 et 1936 ?

Boris Ternovets (1884-1941) fut sculpteur, critique d’art et directeur du Musée de l’Art occidental nouveau de Moscou de 1923 à 1941 ; Giovanni Scheiwiller (1889-1965), libraire, collaborateur de la maison d’édition Hoepli, éditeur à son tour — directeur, à partir de 1936, de sa propre maison d’édition « All’insegna del pesce d’oro » — et amateur d’art. La lecture que nous proposons de ces deux figures pendant les années 1924-1936 poursuit un double objectif : d’une part, mettre en lumière les rôles de critiques d’art, d’agents du modernisme européen et de médiateurs assumés par Scheiwiller et Ternovets ; d’autre part, dégager de nouvelles pistes d’interprétation des artistes italiens et soviétiques à partir du croisement de leurs pensées respectives, sur le fond d’un terrain commun constitué par un lien étroit avec la tradition artistique française ainsi qu’avec le milieu artistique, culturel et éditorial français de la période considérée.

Le point de départ de cette étude a précisément été la correspondance épistolaire entre Scheiwiller et Ternovets, entamée en 1926 et poursuivie, de manière intermittente, pendant dix ans.

Deux types de matériaux seront également pris en considération. Les sources contemporaines — à savoir les articles dans lesquels Scheiwiller et Ternovets définissent leur conception de l’art moderne, les textes de Ternovets publiés dans des revues soviétiques sur la peinture italienne contemporaine ainsi que sur le dessin italien contemporain, la correspondance échangée entre Scheiwiller et les artistes italiens, de même qu’entre Ternovets et ces derniers ; ainsi que des volumes publiés entre les années 1960 et 1980 par l’héritier spirituel de Giovanni Scheiwiller, son fils Vanni, et par la dépositaire de l’activité de Ternovets, collaboratrice du Musée, Nina Javorskaja.

Anna Sofia Smorlesi est doctorante à l’EHESS, elle prépare une thèse « En dialogue avec la France et l’Italie : les arts graphiques en Russie dans les années 1920-1930, entre innovation et tradition ».