Séminaire général de critique génétique / 2025-2026

10/02/2026, ENS, 29 rue d’Ulm, 75005 Paris – Salle U209 (17h-19h00)

Ms. esp. 311, Paris, Bibliothèque nationale

La critique génétique, qui a forgé ses outils à partir de l’étude des manuscrits d’auteur des XIXe et XXe siècles, peut-elle être appliquée avec profit aux objets textuels de la première modernité et, plus précisément, à ceux de la péninsule Ibérique, alors unifiée dans cet ensemble polycéphale communément désigné comme Monarchie catholique, et dont les frontières englobaient bien plus que la seule Espagne actuelle ? La question se pose à plusieurs niveaux, qui seront tous évoqués, avant que l’examen de plusieurs exemples concrets ne permette d’en envisager les contours historiques précis : des sonnets de chansonniers à la manière pétrarquiste, des nouvelles de Cervantès et des comedias de Lope de Vega.

Par ce prisme, on aura l’occasion d’évoquer, en même temps que l’émergence du livre imprimé, celle de la notion de manuscrit, qui change alors de valeur et de signification par rapport aux parchemins de l’époque médiévale. Les manuscrits continuent alors d’être la forme privilégiée de travail mais aussi de présentation et d’hommage de l’œuvre littéraire. Il n’y a pas des genres imprimés, mais des genres, se définissant tout autant par leur inscription dans des cadres rhétoriques et sociaux publics où l’interprétation, adscrite à l’instant, compte autant, voire davantage, que l’imprimé. Le sens du texte lui-même n’est pas solidifié, mais ductile et mobile – et mobilisable –au gré des circonstances.
Roland Béhar. Depuis 2014, maître de Conférences en Littératures hispaniques à l’École Normale Supérieure-PSL, Paris, après un passage à l’université de Lille (2011-2014), avec un doctorat sur la poésie de Garcilaso de la Vega (2010). Habilité depuis 2022 à diriger des recherches (avec un inédit portant sur Le texte et l’inscription. Les lettres espagnoles au miroir de l’épigraphie de la Renaissance (1520-1560)) et actuellement membre de l’ITEM (Institut des textes et manuscrits modernes). 
Pour ce qui concerne la Renaissance espagnole, ses travaux les plus récents continuent d’explorer la poésie et les enjeux politiques de la poésie de Garcilaso de la Vega, le pétrarquisme européen, l’humanisme néolatin, les textes et la pensée de Cervantès (dont il a redécouvert récemment un sonnet inédit) et sur les théories et les pratiques de la traduction au Siècle d’Or (ces derniers travaux se développement maintenant dans le cadre du projet collectif TRANSLATIO, hébergé par l’ITEM et accueilli par la Casa de Velázquez).