Séminaire :
Séminaire général de critique génétique / 2025-202609/06/2026, Institut Poincaré, 11 Rue Pierre et Marie Curie, 75005 Paris, 75005 Paris – Amphithéâtre Charles Hermite (Bâtiment Borel, rez-de-chaussée) (17h-19h00)
Les IA génératives ne sont pas des instruments d’écriture
Les Intelligences artificielles génératives, et les LLM (Large Language Model) en particulier, retiennent à juste titre l’attention des sciences humaines, car leurs usages massifs, comme ceux des technologies langagières précédentes, sont susceptibles de transformer la société, la démocratie, la santé mentale, la formation et même l’environnement… d’une manière dont il faut urgemment prendre la mesure. Or ce que ces systèmes transforment avant toute chose, ce sont nos manières d’écrire. La racine du problème est donc génétique (au sens de la génétique textuelle). Les processus d’écriture transformés apparaissent comme le fondement empirique premier des conséquences sociales aujourd’hui à l’enquête. La génétique a donc pour tâche d’ouvrir de nouveaux dossiers, où l’interaction humain–IA s’ajoute aux autres processus d’invention.
Alors que le prochain numéro de Genesis est sous presse, son responsable, Rudolf Mahrer, propose de présenter les premiers enseignements que l’on peut tirer de la dizaine d’études génétiques pionnières réalisées pour l’occasion. Il discutera les deux propositions suivantes : (1) caractériser un texte comme « produit par l’IA » ne constitue pas une base de réflexion suffisante pour penser les effets de cette technologie (sur le texte ainsi produit, la pensée de son auteur, etc.) ; (2) si l’usage courant et le marketing de la tech représentent ces machines comme des agents d’écriture ou de conversation, elles ne sont en réalité ni des agents (on le savait déjà), ni même des instruments d’écriture. Un exemple concret de texte fictionnel produit d’un côté par trois écrivain.e.s, de l’autre par trois LLM à partir de la même instruction (« prompt »), servira de support à quelques réflexions narratologiques, stylistiques et économiques sur les interactions humain-machine. Dans le cadre d’un processus de création, qu’est-ce qui in fine fonde et fabrique la valeur d’un texte ?
—
Rudolf Mahrer est professeur de linguistique de l’énonciation et de génétique textuelle à l’Université de Lausanne et à l’École polytechnique fédérale de Lausanne. Il a codirigé, avec Jean-Louis Lebrave, le numéro Machines à écrire (Genesis 50), consacré à la codépendance entre instrument et processus d’écriture. Le prochain numéro, Genèses artificielles (62), s’inscrit dans ce droit sillage.