Séminaire du groupe Valéry 2025-2026
La Bibliothèque de Valéry : lectures, sources, suites
Sous la responsabilité de Franz Johansson et Brian Stimpson
Les questions au centre de ce séminaire sont les suivantes : que lisait que Valéry ? Comment
lisait-il ? Comment réagissait-il à ce qu’il lisait ? Si ces questions se prêtent à de nombreux
prolongements (ayant trait notamment à l’évolution de l’écriture et de la pensée valéryennes), il
convient, dans un premier temps, de s’attarder sur les premières réponses, de les approfondir avec
rigueur et patience.
Un outil devrait favoriser cet examen : il s’agit de deux bases de données complémentaires,
issues de plusieurs années de travail, qui seront rendues accessibles aux chercheurs dans les mois à
venir (le travail sur l’hébergement des données et l’interface est en cours).
La première, consacrée à la Bibliothèque personnelle de Valéry, permettra d’étudier en
profondeur – à partir de l’évidence des livres que possédait l’écrivain et de toutes les traces de lecture
qui y figurent – l’étendue des sujets couverts, les réseaux de lectures, les façons de lire et le
« dialogue » entre Valéry et l’ouvrage (et, au-delà, l’auteur).
La seconde, appelée Contexte, recense à travers 9000 fiches les références aux lectures
présentes dans les textes et articles, les 29 tomes des Cahiers de l’édition du CNRS, la
correspondance, les notes et manuscrits et, plus spécifiquement, les manuscrits du Cours de poétique.
Programme des séances
Toutes les séances auront lieu
de 10h à 12h30
à l’ENS, 29 rue d’Ulm, Paris Ve
Salle Borel (U209)
Le lien vers la visioconférence (accessible pour toutes les séances)
sera communiqué sur demande (franzjohansson@hotmail.fr)
30 janvier 2026
Brian Stimpson : La Bibliothèque personnelle de Valéry : genèse et suites
La bibliothèque est avant tout une fenêtre sur le monde intellectuel, culturel, scientifique,
philosophique dont faisait partie Valéry. Ses lectures, les façons dont il aborde les livres, nous le
montrent en dialogue direct avec tout ce qui l’entoure à l’époque contemporaine et historique. C’est
pourquoi la question de la provenance est cruciale, comme l’est aussi celle du développement, de
l’accumulation et de la dispersion des livres. Il s’agit d’une bibliothèque virtuelle dans deux sens à la
fois – pour Valéry lui-même qui n’a jamais même dressé une liste de ses propres livres, et qui lisait
partout (et pas seulement chez lui, auprès des livres qu’il possédait), et pour nous, dans sa
reconstitution sous forme informatique, conçue dès l’abord comme instrument de recherche.
La question se pose alors : comment lire les lectures de Valéry ? L’exposé propose de signaler des
possibilités diverses pour interroger la bibliothèque et les traces de lecture, avec des exemples
indicatifs et brefs.
20 février
Micheline Hontebeyrie : Point de vue pour une bibliothèque : de Valéry lecteur à Ego Scriptor
Dans la continuité de la présentation du mois de janvier, l’exposé a pour objectif de s’appuyer sur la
place reconnue aux livres dans la vie de Valéry (maints passages de lettres l’attestent) pour déterminer
une certaine manière de voir sa bibliothèque et d’en aborder l’étude.
La 1ère partie, pour se faire, examinera le point de vue personnalisé que Valéry dévoile sur la
composition d’une bibliothèque, à partir de celle de son ami André Lebey.
La 2ème partie s’attachera à définir Valéry lecteur, d’après les choix que font paraître et énoncent
nombre de fragments des Cahiers.
Enfin, l’exposé étudiera le rôle joué par la lecture dans l’activité créatrice d’Ego scriptor.
Le tout fera appel à des extraits divers de la Correspondance et des Cahiers ainsi qu’à des références
aux ouvrages de sa bibliothèque.
20 mars
Franz Johansson : Lectures wagnériennes, connaissance de Wagner
Si on connaît l’importance immense que Valéry a accordée au nom de Richard Wagner, il n’est pas
facile cependant de déterminer ce que pour lui recouvrait exactement ce nom. Qu’est-ce que Valéry
a écouté, vu – mais surtout, dans la perspective de cette approche, lu de Wagner ou sur lui ? Quels
sont les ouvrages – musicaux, poétiques, analytiques, biographiques – qui ont alimenté sa
connaissance, de première ou de seconde main, de l’œuvre et de la trajectoire biographique de l’auteur
de Tristan et Isolde ?
C’est à partir des traces de lecture dans les ouvrages présents dans la bibliothèque de Valéry, telles
que les bases de données nous permettent de les explorer, que l’exposé tentera de répondre à ces
questions.
10 avril
Antonietta Sanna : Dante, ou la nécessité de la forme
Pour Valéry, Dante n’est pas d’abord le poète d’un monde à déchiffrer, mais le maître d’une forme
souveraine. La Divine Comédie, qu’il lit à divers moments, l’impressionne moins par son contenu
épique ou doctrinal que par la rigueur de sa construction, par cette terza rima qui impose au poème
une continuité de nécessité, presque de fatalité. Ce qui le touche directement est l’émotion sonore du
vers, la volonté absolue de forme qui gouverne l’édifice poétique. Dante devient ainsi, pour Valéry,
non un modèle à imiter, mais une puissance formatrice : l’exemple extrême d’un poème où la
contrainte engendre la liberté et où la poésie atteint le degré le plus élevé de sa nécessité.
22 mai
Esa Hartmann : Paul Valéry et Rainer Maria Rilke – lectures croisées
Centrée sur le rapport avec un seul auteur, cette approche, s’intéressera au dialogue entre les deux
écrivains, les parallèles et les divergences, les rapports humains qui s’y expriment et surtout la
connaissance intime que chacun avait de l’œuvre de l’autre. Exemple emblématique de l’ouverture
vers l’extérieur que permet le travail sur la bibliothèque valéryenne, enrichi par l’étude de la
correspondance entre les deux poètes et des manuscrits de traduction légués par Rilke, cet exposé
sera l’occasion d’ouvrir de nouvelles perspectives sur un auteur qui, en dépit de quelques études
remarquées, n’a pas encore dans le corpus des études valéryennes toute la place qu’il mérite.