29/05/2026, ENS, 29, rue d’Ulm, salle U203 (E. Borel)

Journée d’étude organisée par Christophe Pradeau dans le cadre des travaux de l’équipe Proust de l’ITEM

Vendredi 29 mai 2026
ENS, 29, rue d’Ulm, salle U203 (E. Borel)

Les lecteurs de Balzac ont cherché à situer, à Saumur, la maison d’Eugénie Grandet, ceux de Flaubert ont reconnu Yonville dans Ry. Des milliers de touristes visitent chaque année à Illiers-Combray la « maison de tante Léonie ». Le « pèlerinage littéraire » est une pratique culturelle attestée dès l’antiquité mais qui gagne en importance avec le passage de la littérature en régime romanesque et l’invention d’un romanesque de proximité, processus contemporains de la démocratisation du tourisme et de la mise en œuvre des politiques de patrimonialisation (voir Christophe Pradeau, Sur les lieux, Verdier, 2024). L’admiration de Proust pour Ruskin s’est traduite par des « pèlerinages » (voir Sur les traces de John Ruskin, dir. Yasué Kato et François Proulx, Honoré Champion, 2026). En janvier 1900, à l’annonce de la mort de l’écrivain, Proust se rend à Rouen pour se recueillir devant la « petite figure » du portail des Libraires. « Impressions de route en automobile » est un exemple de « pèlerinage ruskinien ». Le voyage à Balbec remplace peu à peu, dans les brouillons, un « pèlerinage » à Amiens. Lorsqu’André Maurois fait paraître, sous le titre de Supplément à « Mélanges et pastiches » de Marcel Proust (1929), une continuation apocryphe d’À la recherche du temps perdu, il lui donne la forme d’un récit de pèlerinage au pays de Ruskin et de Turner. Les principaux lieux de la Recherche ont partie liée avec l’idée de pèlerinage. Le monde de Combray s’enroule autour du tombeau d’une princesse mérovingienne sanctifié par un miracle. La Petite Madeleine semble moulée dans une coquille Saint-Jacques. Les admirateurs d’Elstir cherchent à retrouver, dans les environs de Rivebelle, les paysages qu’il a peints. Et à Venise, la moindre ruelle invite à la dévotion culturelle. Le pèlerinage relève peut-être de l’ « idolâtrie » dès lors qu’il semble participer d’une illusion, « les maisons, les routes, les avenues [étant] fugitives, hélas, comme les années ». Et pourtant, le pèlerinage insiste. On en reconnaît la dramaturgie dans bien des scènes de la Recherche. Et si Proust accorde autant d’importance à la « Tristesse d’Olympio de la pédérastie », peut-être est-ce précisément parce que la scène relève, fût-ce fortuitement, du pèlerinage sentimental. La journée d’étude voudrait inviter à décrire et à évaluer les dramaturgies et l’imaginaire du pèlerinage dans l’œuvre de Proust. Il s’agira d’étudier tout à la fois les pèlerinages entrepris par les lecteurs de Proust, les pèlerinages de Proust lui-même, ceux qu’il a réalisés, sur les traces de Ruskin notamment, mais aussi et surtout ceux qui contribuent à donner sa forme à la Recherche. (C. P.)

9h – Accueil des participants
9h30 – Christophe Pradeau (Sorbonne Université), « Introduction »
9h45 – Emmanuelle Kaës (Université de Tours), « Un premier pèlerinage proustien : “La découverte du tombeau d’Archimède” (1886-1887) »
10h15 – Adam Watt (Université d’Exeter), « Du sanctuaire au laboratoire : sur quelques pèlerinages proustiens »
Pause
11h – Cécile Leblanc (Sorbonne Nouvelle), « Refuser le pèlerinage de Bayreuth : un paradoxe de la Recherche »
11h30 – Discussion
Pause déjeuner
14h – Maya Lavault (Université de Nanterre), « Pèlerinages amoureux »
14h30 – Ilaria Vidotto (Université de La Sapienza, Rome), « “La Tristesse d’Olympio de la pédérastie”, ou le pèlerinage en palimpseste »
15h – Alexandre de Vitry (Sorbonne Université), « Lieux proustiens, mémoire gay »
Pause
15h45 – Matthieu Vernet (Sorbonne Université), « Les stations d’un pèlerinage »
16h15 – Delphine Saurier (Audencia Business School, Nantes), « La Maison de tante Léonie, un lieu de pèlerinage ? Le rôle des médiations culturelles »
16h45 – Discussion