Séminaire :
Séminaire Manuscrits francophones/ 2026-202716/10/2026, CNRS Site Pouchet • 59?61, rue Pouchet PARIS 17e. Salle 124 (17:00?19:00)

Thomas SAZPINAR, « Les quatre côtés du triangle énonciatif. Autour de Gilles Carpentier et Sony Labou Tansi »
Suite à la découverte de nouveaux manuscrits du Commencement des douleurs, de Sony Labou Tansi, le dossier génétique s’étoffe. A partir de seize pièces, Thomas Sazpinar propose un parcours au fil du processus de composition de l’œuvre. L’intervention éditoriale, les stratégies d’opacification du récit, le glissement générique et la torsion des thématiques sont autant d’axes qui seront abordés.
Thomas Sazpinar effectue sa thèse de doctorat sous la direction d’Elara Bertho (CRAL) et de Sarah Burnautzki (Heidelberg) au sein du laboratoire Les Afriques dans le Monde (CNRS). Il s’intéresse à la relation co-auctoriale qui unit Sony Labou Tansi et Gilles Carpentier, son éditeur, et aux recombinaisons de l’espace discursif « littérature en langue française » à la fin du XXe siècle.
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Delphine BUYSSE, « Archiver contre l’archive : espaces indépendants, savoirs endogènes et politiques de l’absence à Dakar »
Cette communication interroge le rôle des bibliothèques, centres d’archives et espaces indépendants, dans la transformation contemporaine des modes de transmission des savoirs sur le continent africain, à partir d’une recherche ancrée à Dakar. Au lieu de penser ces lieux comme de simples infrastructures de conservation, elle propose de les envisager comme des espaces actifs de production, de circulation et de requalification des savoirs. Dans le sillage du travail mené par Koyo Kouoh à RAW Material Company, il s’agit d’analyser comment certains espaces ont contribué à déplacer les formes classiques de l’enseignement, de la recherche et de la médiation, en inventant des dispositifs où l’archive devient à la fois outil pédagogique, geste curatorial et pratique artistique critique.
La communication examinera plus précisément l’agency discursive de ces lieux dans la redéfinition de ce qui peut faire histoire. Face à l’absence, à la dispersion ou à la fragilité des archives publiques, ces espaces participent à une déhiérarchisation des savoirs : savoirs académiques, savoirs militants, savoirs artistiques, mémoires orales, publications éphémères et traces matérielles y sont mis en relation sans être soumis aux seuls critères de validation institutionnelle, à travers des démarches participatives et de co-construction. En mobilisant notamment les travaux de Saidiya Hartman sur les lacunes, les silences et la fabulation critique, il s’agit de ne plus penser l’absence comme un manque ou un déficit documentaire, mais comme une condition constitutive des archives des savoirs endogènes.
Enfin, cette communication abordera les tensions méthodologiques et épistémiques que soulèvent ces pratiques. Les espaces hybrides qui se substituent partiellement au rôle de l’État dans la sauvegarde, la collecte ou l’activation des archives, héritent également de responsabilités éthiques et politiques. Comment collecter sans décontextualiser, préserver sans confisquer, numériser sans extraire, rendre accessible sans exposer à la prédation ? À travers le cas d’archives dispersées, fragilisées ou convoitées notamment celles liées aux trajectoires d’artistes, d’architectes et de figures ou mouvements intellectuels à Dakar, la communication analysera les risques de fragmentation, d’extractivisme archivistique, mais aussi au questions d’appropriation et de légitimité. Elle défend ainsi une approche critique et contextualisée de l’archive, attentive aux enjeux de souveraineté épistémique, de justice cognitive et de propriété des savoirs mais surtout aux conditions concrètes de leur transmission.
Bibliographie
- Hartman, Saidiya V. 2008. “Venus in Two Acts.” Small Axe 12, no. 2: 1–14.
- Derrida, Jacques. 1996. Archive Fever: A Freudian Impression. Translated by Eric Prenowitz. Chicago: University of Chicago Press.
- Mbembe, Achille. 2002. “The Power of the Archive and Its Limits.” In Refiguring the Archive, edited by Carolyn Hamilton et al., 19–26. Dordrecht: Kluwer Academic Publishers.
- Farge, Arlette. 1989. Le Goût de l’archive. Paris: Éditions du Seuil.
- Benya, Asanda-Jonas, and Felogene Mjiba. 2024. “Towards a Living Archive of Pan-African Feminist Popular Education.” Feminist Africa 5, no. 3: 16–44.
Delphine Buysse est chercheuse et commissaire d’exposition, spécialiste des relations entre arts visuels, théories critiques et humanités. Installée en Afrique depuis près de vingt ans et basée à Dakar, elle articule enquête de terrain, analyse institutionnelle et approche socio-historique des scènes artistiques contemporaines. Doctorante en sociologie de l’art à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD-FLSH), elle mène une recherche encadrée par Babacar Mbaye Diop et Julie Bawin, avec le mentorat de Mamadou Diouf et Felwine Sarr. Ses travaux portent sur l’écosystème de l’art contemporain dakarois, à la croisée des dynamiques publiques et privées, et plus précisément les interactions, les trajectoires et les formes d’agencéité. Elle analyse les conditions de production, de diffusion, de circulation et de reconnaissance de l’art dans les contextes post-indépendances africains.
Au sein de l’ITEM, Delphine Buysse fait partie du Groupe International de Recherche Léopold Sédar Senghor où elle contribue à l’enrichissement et au développement du projet d’inventaire et de numérisation. Elle travaille également à la mise en ordre documentaire en procédant à la correction et l’harmonisation des archives sur la plateforme EMAN – Archives Senghor. Elle mène des recherches relatives à Léopold Sédar Senghor en analysant les archives qui éclairent les liens entre culture, art et politique, en s’intéressant particulièrement aux politiques culturelles senghoriennes, à la fabrique institutionnelle de l’art au Sénégal (École des Arts, Musée Dynamique, FESMAN) afin de comprendre la circulation transnationale des oeuvres, les réseaux intellectuels et les dispositifs d’écriture et de gouvernance culturelle mis en place sous sa présidence.
Parallèlement à ses activités de recherche, elle a été commissaire des programmes à RAW Material Company et a participé à la direction artistique de la 14ᵉ Biennale Dak’Art. Elle collabore régulièrement avec des institutions locales et internationales et a fondé deux structures sénégalaises dédiées au soutien à la création. Titulaire d’un MBA en gestion culturelle et marché de l’art, elle est membre de l’ASCA (Sénégal), de l’AICA (Belgique), du C-E-A et de l’ICOM.

