« Qu’est-ce que la littérature [?] » aux yeux de la philosophie et du discours théorique dans le deuxième après-guerre en France et en Europe ?
Le titre du célèbre essai de Jean Paul Sartre bien se prête à ouvrir une réflexion sur le réseau de penseurs qui se tisse autour de la fascination que la philosophie semble développer vis-à-vis sa « sœur ennemie » à partir de la fin des années 1940.
Désemparée devant les horreurs de la guerre qui avaient montré à la fois le potentiel d’(auto)destruction humain et l’incapacité de la plus part des intellectuels à prédire cette même apocalypse, la philosophie cherche dans la critique, ainsi que dans la conscience de soi développée par l’écriture littéraire, des outils pour sa propre refonte devant un monde nouveau qui ne connaît rien de ce qu’il va devenir, ni de ce que y deviendront les « humanités » en tant que miroir d’un tel nouvel âge de l’histoire humaine.
Les années de la guerre avaient été aussi ceux de l’enseignement de Valéry au Collège de France : son Cours de Poétique (1937-1945), très médiatisé et suivi par plusieurs figures clés du paysage théorique de l’époque (Merleau-Ponty, Barthes, Blanchot…) avait sans doute infiltré les échanges entre les intellectuels de l’époque et donné de la matière à penser à toute une génération de critiques et de philosophes qui connaissaient bien sa théorie de la littérature ainsi que le goût, tout Valérien, d’élargir le champs d’application de ses outils critiques à l’esthétique et, par-là, à une pondération philosophique à la visée bien plus vaste que le discours littéraire en soi.
Après avoir été le titre d’un série de journées d’étude organisées par Benedetta Zaccarello et Emmanuel de Saint Aubert à l’ENS (2011-2013) portant sur le dialogue théorique entre Sartre et Merleau-Ponty ; après avoir été le titre d’une journée d’étude organisée par Masanori Tsukamoto en dialogue avec Benedetta Zaccarello à l’université de Tokyo (2024), qui mettait cette fois à son centre la lecture merleau-pontienne de Valéry, le séminaire du groupe « Maurice Merleau-Ponty et son temps » va mettre sous le signe de ce titre évocatoire un cycle de rencontres ou différents spécialistes de l’œuvre d’auteurs impliqués sur ces sujets vont présenter les archives concernées et reconstituer ainsi, telle une mosaïque, le paysage des débats de l’époque.
Une telle méthodologie, qui prolonge en ce sens l’approche propre au projet AITIA, ambitionne ainsi à faire émerger des matériaux oubliés, car difficilement reconductibles aux études mono- corpus qui ont dominé le paysage de la recherche depuis la fin de la guerre jusqu’à nos jours. De plus, une telle approche permet de mettre en valeur l’aspect implicitement dialogique de productions que nous sommes habitués à lire comme l’œuvre d’un seul auteur et qui appartiennent pourtant à une époque où l’adresse, plus ou moins polémique, était une règle d’or dans le jeu de la théorie.
Les séances s’interrogeront également sur la présence latente de la pensée de Valery dans les débats et querelles prises en examen.
Programme
des séances (ENS Ulm et Zoom 13h30-16h30) :
- 30 janvier : Benedetta Zaccarello (ITEM), « La ‘littérature du silence’ dans les Recherches sur l’usage littéraire de Maurice Merleau-Ponty » ; Masanori Tsukamoto (Université de Tokyo, Maison franco-Japonaise et ITEM), « Le silence, le Neutre et l’implexe — Roland Barthes en dialogue avec Valéry et Merleau-Ponty »
- 20 mars : Io Watanabe (Université Meiji), « Paulhan et la rhétorique des années 1940 » ; Albert Dichy (IMEC Archives, Caen), [titre à préciser]
- 10 avril: Gabriele Gallina (Universités de Bonn et Paris Sorbonne) «Contre l’engagement : Adorno face à Sartre » ; Roberto Zular (Université de Sao Paulo) et Claudia Amigo Pino (Université de Sao Paulo), « Le neutre n’est pas neutre : Paul Valéry et Roland Barthes »
- 22 mai : Silvana de Souza Ramos (Université de Sao Paulo), « Merleau-Ponty : de la parole à l’écriture, à partir des cours au Collège de France » ; Kai Gohara (Université de Tokyo) « Les distances et le commencement de l’écriture : Blanchot et son temps » et Christophe Bident (Université Jules Verne – sous réserve)