Les manuscrits au laboratoire

—Louis Hay, 19 février 2007

Le manuscrit, pour celui qui le tient à la main

pour la première fois, est vraiment un inconnu

 Charles Samaran

Voici enfin le manuscrit sur notre table. Pour venir jusqu'à nous, il a traversé l'épaisseur des temps obscurs et souvent mille aventures. Et maintenant : comment le faire parler ? En déchiffrant son texte, tout d'abord : le message que ses inscriptions nous transmettent sont sa raison d'être, les comprendre c'est disposer de son sens. C'est donc la philologie, amie du texte, qui fut dès l'Antiquité aux sources de notre connaissance des écrits. Cependant le choix d'un modèle d’écriture, la forme individuelle d’un tracé, nous informent aussi sur la signification d’un écrit; les sceaux et les signatures éclairent le statut d'un document - c'est ainsi qu'à partir de la fin du XVIIe siècle, paléographie et diplomatique viennent en renfort à la philologie. Progressivement, la recherche s'étend aux éléments matériels, supports et instruments de l'écriture. Depuis le siècle dernier, la liste s'allonge de ces indices que les chercheurs examinent pour connaître une date, un lieu, une pratique de travail. Au fur et à mesure que le champ s'élargit, un débat s'engage sur le statut de ces recherches. À la suite du concept générique de "Handschriftenkunde" (allemand : science des manuscrits), Alphonse Dain introduit en France la notion plus précise de "codicologie" (du latin "codex" : recueil, volume). Le terme fera fortune et en viendra à désigner par extension toute étude matérielle d’un manuscrit. Elle interroge et confronte les divers aspects de l’objet : instruments d’écriture, colorants, supports. C’est donc une longue tradition que l’étude des manuscrits modernes relève aujourd’hui pour la renouveler.

Les "modernistes" s’épaulent à une autre expérience encore : celle de l'expertise, qui se développe dès le Moyen Age pour distinguer les documents authentiques des innombrables pièces forgées ou falsifiées. S’accumule ainsi un savoir empirique qui débouchera sur l'emploi des premières méthodes expérimentales. Elles verront bien vite leur efficacité illustrée par une série de causes célèbres. Dès la fin du XIXe siècle, l'affaire Wilson - un trafic de décorations à l'Élysée – va montrer que l’étude d’un filigrane peut entraîner la chute d'un gouvernement et la démission d'un chef d'État : ce fut le sort de Jules Grévy, longtemps inamovible Président de la République. Dix ans plus tard, l'affaire Dreyfus lance les experts au cœur d’une mêlée qui va longuement diviser le pays – et compromettre le plus célèbre d’entre eux, Bertillon. Le XXe siècle vient prolonger cette série et établir définitivement le laboratoire dans un rôle d'arbitre pour le témoignage des documents. L'affaire des faux carnets de Hitler a livré un exemple désormais classique d'un faux longtemps controversé par les historiens et démasqué en fin de compte par l’analyse du papier. Les leçons de l'expertise expérimentale rejoignent ainsi celles de la codicologie historique pour nous apprendre à compléter et à contrôler le témoignage du texte par celui de l'objet.

Dans le champ des études de genèse, les questions vont avant tout à la rencontre du temps. Temps de l'Histoire : la date d'un écrit. Temps de la genèse : l'ordre des inscriptions sur la page, des feuillets dans le manuscrit, des versions dans le dossier. Faute de cette information préalable, il est impossible de reconstituer l’histoire du texte, voire même de même de l’établir. Mais d'autres questions peuvent surgir inopinément : identification d'une main, lieu d'une rédaction, destination d'un manuscrit. Pour y répondre, les chercheurs peuvent désormais choisir parmi des techniques très variées et parfois complexes, mais dont la mise en œuvre obéit à des règles très simples. L'inconnu ne peut jamais être identifié que par comparaison avec le connu, qu'il s'agisse d'une écriture, d'un papier ou d'une encre. La signification d'un filigrane n'apparaît que par référence à l'histoire de la production papetière, celle d'un graphisme d'écriture, par comparaison avec d'autres échantillons identifiés ou datés. C’est le principe commun des recherches qui se développent aujourd’hui dans plusieurs directions.

L'écriture : les messages invisibles

Dans l'écriture, le manuscrit montre comme dans un prisme la diversité de ses aspects.  Elle en est une composante matérielle : dépôt d'un pigment ou d'un colorant qui peut s'analyser au laboratoire et sans lequel le tracé d'écriture ne pourrait se matérialiser.  Elle est en même temps un système de signes : langagiers, sémiotiques et graphiques. Elle est enfin le témoin d'une réalité historique, dont font partie les techniques et métiers de l'écriture, les alphabets et leurs styles, la mise en pages et le décor du texte. Ce sont ces aspects que la paléographie a tout d'abord étudiés dans le manuscrit médiéval. Mais lorsque le livre imprimé succède au livre manuscrit, que régresse l'emploi de la calligraphie et se développe l'usage du brouillon, l'écriture du manuscrit littéraire se transforme de l'exercice d'un artisanat en une pratique individuelle. C’est à la décrypter que s’emploie la critique pour comprendre la marche de la création littéraire. Les éditions critiques d'auteurs modernes ont ainsi dressé une cartographie des corrections (par rapport à la ligne, à la marge, à la page) pour en inférer une chronologie de la rédaction. Par la suite, l'observation s'est étendue à l'ensemble des indices visibles : organisation de l'écrit dans l'espace de la feuille, fonction indicielle des dessins et des sigles, identification des campagnes d'écriture, bref à une richesse de significations qui sera abolie dans le texte imprimé. Enfin, au cours de la dernière période l'intérêt s'est porté vers l'information cachée dans les fluctuations des tracés d'écriture : modifications du rythme, transformations du graphisme.  Tous ces changements sont modulés dans le temps; les mettre en évidence, c'est repérer les états successifs de l'écriture et éclairer ainsi la genèse. C'est aussi disposer, sur l’écriture, d'une information qui n’est pas accessible à l’auteur lui-même. Mais elle ne l’est pas d’avantage à l’observation directe. L'œil et le cerveau sont merveilleusement adaptés à la reconnaissance des formes : c'est ce qui nous permet d’identifier les figures codées d’un alphabet à travers l’infinie variété de leurs expressions individuelles, bref de pratiquer cet exercice d’une grande complexité et d’une puissante efficacité que nous nommons la lecture. En revanche, la vision humaine n'est pas faite pour percevoir des fluctuations qui se produisent dans la durée de l’écrit ni pour percevoir des caractères d'ordre statistique. Ici, la recherche doit se saisir d’instruments qui portent plus loin que le regard et permettent de capter l’invisible, de découvrir l’inconnu.

C’est l’optique qui fut le premier bras armé de ces recherches. Elle permet d’accéder aux caractéristiques d’une écriture en les saisissant dans leur spectre : image que produit la lumière quand elle traverse un tracé. La Fig. 1 montre le résultat d’une telle étude, appliquée à l’évolution de l’écriture d’Alfred de Vigny. Une méthode combinée, optique-numérique, a été développée par la suite pour capter l’image d’un manuscrit et la transférer sur un ordinateur. Enfin, a été mis au point un programme purement numérique de synthèse des tracés. Il permet de produire des écritures dont toutes les caractéristiques sont calculées par la machine. Ces méthodes sont présentées dans le texte qui suit ce chapitre ( » Les inconnues de l’écriture »). De nouvelles générations de systèmes sont aujourd’hui disponibles pour l’analyse; leur application aux problèmes des manuscrits est actuellement à l’étude. Ces travaux ont ouvert des perspectives inattendues au traitement de l’écrit. Eles permettent d’identifier une main, d’analyser l’évolution et les rythmes d’une écriture, même lorsque les conditions de l’acte d’écrire ne sont plus accessibles – bref, quand il s’agit des manuscrits de nos collections. En définitive, et par un paradoxe familier à l’histoire de la recherche, l’informatique qui devait renvoyer au passé l’écriture manuscrite en a renouvelé l’étude au point d’en faire aujourd’hui un enjeu de première importance pour la recherche.

Documents : la leçon des choses

L'art d'écrire est affaire de peu de moyens : plume, encre, papier. En revanche, il leur impose une invisible, mais contraignante solidarité. Le remplacement de la plume d'oie par la plume de métal, qui entaille les fibres superficielles de la feuille, a exigé la production de papiers plus lisses, la mise au point d'encres moins corrosives : tout un ensemble de prouesses techniques. De là, une complexité imprévue dans l'histoire des objets. Celle du stylo ne couvre pas moins de trois siècles, depuis les premiers projets jusqu'à une longue série de brevets, puis à la mise au point des techniques et produits nécessaires aux fabrications industrielles de la fin du XXe siècle. À cette histoire entrecroisée des techniques, l’étude des manuscrits emprunte les repères de sa chronologie. Mais il faut bien prendre garde à distinguer entre matériaux, procédés et fabrications dont l'histoire n'est pas du tout la même. Les modernes machines à papier figurent parmi les géants industriels de notre temps : rien de commun avec la cuve où pendant des siècles un compagnon a puisé feuille par feuille la pâte à papier. Et pourtant, ni les matériaux, ni les procédés n’ont changé de principe : il s'agit toujours de fibres végétales, d'abord dissociées dans l'eau, puis réunies par feutrage. En faisant porter l'étude tantôt sur l'histoire des inventions, tantôt sur celle des procédés, tantôt sur celle des matières premières, la recherche tisse un réseau de savoirs aux mailles lâches ou serrées, dont il faut apprendre à tirer parti pour nos enquêtes.

Les encres

L'étude des encres offre un parfait exemple des contrastes entre la longue et la brève durée et de leurs conséquences pour l'analyse. Deux types de colorants liquides ont servi à écrire dans les civilisations qui se sont succédé de l'Antiquité jusqu’aux Temps Modernes : les encres au carbone et les encres ferro-galliques.  Mais leur fabrication artisanale comporte tant de recettes qu'il reste difficile d'identifier et de dater les encres par leur composition. Les études ont donc procédé davantage par comparaison empirique entre des échantillons à identifier et des échantillons connus.

La situation change à partir du XVIIIe siècle, dès lors que la fabrication se diversifie grâce à l'emploi d'une gamme de colorants obtenus soit à partir de substances naturelles (azurite, bois de campêche), soit par synthèse (bleu de Prusse, bleu d'Outre-mer). Et dans la seconde moitié du XIX e. siècle apparaît, avec l'aniline et les autres dérivés de la houille, toute une lignée de produits nouveaux qui consacrent la prédominance des modernes colorants de synthèse. Cette évolution fournit des repères pour une chronologie - parfois, il est vrai, passablement imbriquée - des encres utilisées à différentes époques. Mais ces complexes chimiques ne peuvent pas être toujours identifiés au niveau des corps simples qui entrent leur composition : il faut alors adopter une méthode qui en révèle la structure moléculaire. Dans une analyse par spectrométrie Raman (Fig. 3) un micro-échantillon d'encre est éclairé par un faisceau de lumière laser ; dans le spectre de la lumière diffusée on observe deux raies caractéristiques d'un pigment minéral de synthèse, le ferrocyanure de fer (bleu de Prusse). Cette méthode, et la spectrométrie infra-rouge qui lui est complémentaire, est bien adaptée à l'étude des encres modernes. Il faut cependant noter que leurs procédés de fabrication ne sont pas toujours plus faciles à connaître que ceux des encres médiévales – les uns à cause de leur anonyme diversité, les autres en raison du secret industriel qui en protège de nos jours tous les détails. Les manuscrits gardent décidément leur part d’inconnu, même lorsqu’on les attaque avec les plus grandes machines de laboratoire.

Le papier

Le papier est la plus importante source d'information pour l'étude matérielle des manuscrits modernes. Il permet d'obtenir, souvent de façon rapide et économique, une information de base pour l’étude interne ou externe de tout document. La première consiste à dresser, feuille par feuille, le tableau des différentes sortes de papier représentées dans un manuscrit. Ce tableau peut fournir des indications pour le classement des feuillets et, du coup, pour la constitution du texte ; il peut aussi mettre en évidence les différentes étapes de la rédaction et éclairer la genèse. Il s'agit donc d'une phase préalable à toute étude génétique; depuis quelques années, des standards descriptifs ont été présentés sur le plan international pour conduire cette étude de façon systématique et unifiée. Destinés avant tout à la description de papiers anciens, ils ont été complétés par des projets destinés aux manuscrits modernes. L'étude externe vise à préciser la date et l'origine d'un papier par référence à l'histoire des techniques papetières et aux caractéristiques de papiers déjà identifiés. On voit que l'une et l'autre démarche obéissent au principe de comparaison; elles peuvent associer des techniques de laboratoire (analyse des matériaux) à des mesures (format, épaisseur) et à la recherche  des marques de fabrication (filigranes, empreintes).

Les matériaux

On sait que le papier est essentiellement constitué de fibres végétales, dont la cohésion se réalise par un effet de feutrage et, sans doute, de liaisons inter-moléculaires. Depuis l'introduction du papier en Occident et jusqu'au XIXe siècle, les fibres étaient obtenues à partir de chiffons de toile en lin, puis en coton. Cette très longue tradition évolue au milieu du siècle. L'accroissement des besoins impose le recours à d'autres matières et du coup, à d'autres procédés : plantes annuelles (paille, alfa) et surtout fibres cellulosiques obtenues à partir du bois par râpage (pâtes mécaniques), puis par traitement au bisulfite ou à la soude (pâtes chimiques). Plantes et traitements peuvent être reconnus dans tout papier par des techniques micro-chimiques : après élimination des adjuvants, les fibres sont colorées par l'action d'un réactif et examinés au microscope. Leur couleur et aspect permettent d'identifier (sur des échantillons d'un millimètre carré) la nature des fibres et la technique de fabrication. Cette méthode lève toute incertitude dans la discrimination de papiers qui présentent le même aspect extérieur. L’analyse peut également fournir des éléments pour une datation post quem, puisque la chronologie des transformations industrielles est aujourd'hui connue dans ses grandes étapes.

Certaines dates peuvent être précisées en complétant l'étude fibreuse par celle des adjuvants du papier : les colles, destinées à limiter l'absorption de l'eau et donc l’empâtement de l'encre; les charges (du type kaolin) qui améliorent l'opacité et abaissent les coûts de fabrication. Pendant des siècles, la matière première des colles a été fournie par la gélatine d'origine animale, mais là aussi l'industrialisation a imposé la recherche de substances plus abondantes, moins chères et d'application plus rapide. Entre 1820 et 1840, la gélatine est ainsi remplacée par des résines (colophane, puis également paraffine) dont la présence fournit un nouvel élément de datation. L'analyse d'une résine peut être conduite sur un échantillon de l'ordre du microgramme (millième de milligramme) par chromatographie, une méthode qui permet de séparer les constituants d'un mélange et d'identifier leurs structures moléculaires par comparaison avec des échantillons de référence (Fig. 7). En l'espèce, la résine est extraite du papier et caractérisée par les acides produits lors de sa combustion; les résultats obtenus corroborent une datation.

Les empreintes

Comme l'écriture, le papier nous parle à la fois par des indices cachés : matériaux, procédés de fabrication, dont l'histoire reste inscrite dans sa pâte, et par des marques apparentes : empreintes de la toile métallique et du filigrane qui apparaissent par transparence dans la feuille. Le statut du filigrane est tout à fait particulier : il n'a d'autre fonction qu’iconique, mais son indélébile message est si efficace qu'il accompagne toute l'histoire du papier du XIV e siècle à nos jours. Fait exceptionnel : lorsque l'invention de la machine fait disparaître la forme à papier avec le tamis et son filigrane, la conservation du message l'emporte sur l'évolution de la technique. Dès le second tiers du XIXe siècle, une série de nouveaux procédés est inventée tout exprès pour permettre à la machine de filigraner des papiers d’origine industrielle.

Au cours des siècles, le filigrane a développé un système de significations qui va s'enrichissant : désignation d'une origine (lieu, moulin, papetier), d'un produit (format, qualité), d'une autorité qui réglemente ou utilise la production, d'une date (de fabrication ou de réglementation) - et au fil des siècles l'empreinte (ou un procédé de substitution) va déployer une décoration toujours plus complexe. Elle s’appauvrira, il est vrai, dans le papier mécanique courant qui ne recourt au filigrane que pour des qualités supérieures et pour des indications essentiellement commerciales : la mention "extra-strong" qui court en marge du traditionnel papier à machine en fournit un exemple familier. En revanche, la succession des techniques industrielles qui ont permis de l'obtenir mécaniquement peut fournir de nouveaux indices de datation pour une production encore mal étudiée. Dans l'ensemble, le constat formulé par Ch. M. Briquet à propos des filigranes médiévaux vaut encore pour l'époque moderne : "Parmi tous les éléments qui différencient les sortes de papier, le filigrane est le plus important et le plus facile à percevoir". Cela ne veut pas dire qu'il soit toujours le plus simple à interpréter. On verra (Fig. 8) quelles indications le message du filigrane peut fournir pour l'étude du manuscrit (Fig. 9 à 11).

Pour utiliser ces informations, il faut résoudre deux problèmes : assurer la collecte des empreintes et exploiter les collections ainsi constituées. Les conditions de la collecte sont en train d'évoluer grâce aux nouvelles techniques photographiques (radiographies) ou numériques (scannage par transparence). La bêtagraphie, par exemple, consiste à placer une feuille de papier entre une source radioactive de faible intensité (du carbone 14 scellé dans une feuille de plastique) et une pellicule photographique sensible au rayonnement ß, sur laquelle l'image de l'empreinte s'enregistre par l'effet de la moindre épaisseur du papier. On obtient ainsi par contact un cliché à l'échelle de l'original sur lequel la trame et le filigrane ne sont plus masqués par l'écriture : les rayons ß traversent l'encre ou le crayon. Par ailleurs, les feuilles de carbone 14 peuvent être glissées entre les pages d'un livre ce qui permet d'opérer sur des manuscrits reliés.

Dans un second temps, des outils informatiques sont mis en œuvre pour traiter ces images. Elles peuvent être stockés et organisées dans une banque de données qui permet d'exploiter l'ensemble de leurs informations. L'opération est actuellement prévue à l'échelle de la plus grande collection européenne de papiers filigranés qui se trouve à la Deutsche Bücherei  de Leipzig. À Paris, une campagne de collecte est conduite sur des fonds de manuscrits littéraires, notamment à la Bibliothèque Nationale, pour alimenter deux banques de données (Profil et Muse, Institut des Textes et Manuscrits Modernes). Chaque type de filigrane est accompagné d'une fiche descriptive et le système est destiné à des interrogations croisées (par motif iconographique, par date de fabrication, provenance, manuscrit, auteur). Les recherches sur la production du texte disposent ainsi d'un nouvel instrument qui permet un accès rapide aux sources documentaires. L'efficacité de ces outils sera désormais fonction de l'échelle à laquelle pourra être conduite la collecte et le traitement des données.

Qu'ils soient empruntés à la panoplie des sciences expérimentales ou développés pour les besoins des études textuelles, les instruments actuels d'analyse diffèrent de la loupe et de la règle millimétrique qui furent si  longtemps les fidèles compagnes du paléographe et du codicologue. Ils permettent d’analyser un microgramme (un millième de gramme) de matière ou de mesurer l’intensité d’un pixel (un point de lumière), mais aussi de parcourir instantanément des centaines de données. Et pourtant, cette description sera à son tour dépassée bientôt : l'évolution des moyens techniques s'accélère si bien qu'il nous est difficile d'imaginer les outils qui seront à notre service dans dix ou vingt ans. Les méthodes et conditions de la recherche s'en trouveront profondément modifiés - mais les manuscrits ne répondront jamais qu'aux questions que l'esprit humain saura leur poser.

Résumé

Ce texte constitue la première mise au point sur l’introduction des techniques de laboratoire dans l’étude matérielle des documents manuscrits – papiers, encres, instruments – et sur la contribution qu’ils peuvent apporter aux études de genèse.

Pour citer cette page

Louis Hay, «Les manuscrits au laboratoire», Item [En ligne],
Mis en ligne le: 03 avril 2007
Disponible sur: http://www.item.ens.fr/index.php?id=64253.

Notice bibliographique

Les Manuscrits des Ecrivains, Ed. du CNRS– Hachette (p. 122-137)

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