Quatrièmes journées d'étude des jeunes chercheurs proustiens. 25 et 26 mai 2015

Textes réunis et présentés par Audrey Cerfon et Géraldine Dolléans

          Les 25 et 26 mai 2015 se sont déroulées les journées d'études des jeunes chercheurs proustiens, que Nathalie Mauriac Dyer organisait pour la quatrième fois à l'École Normale Supérieure d'Ulm, dans le cadre de l'ITEM. En donnant carte blanche à neuf « jeunes chercheurs » issus d'horizons variés, dont le doctorat est en cours d'élaboration ou achevé, Nathalie Mauriac Dyer a favorisé un panel de communications qui reflète quelques grandes lignes de la critique actuelle, consacrée à l'œuvre de Marcel Proust.
          Comme le remarquait Antoine Compagnon dans un article dédié aux « Renaissances proustiennes*», l'approche historique et contextuelle, qui éclaire les textes de Proust à la lumière de la culture et même de « l'air de son temps », constitue un premier lieu fécond de renouvellement des études proustiennes. Dans une perspective intertextuelle, intratextuelle ou comparatiste, quatre communications se sont ainsi intéressées aux liens qui unissent les publications de Proust – qu'elles soient journalistiques ou romanesques – avec la presse dont il vécut l'âge d'or.
          Vivian Yoshie Martins Morizono (Université de São Paulo) compare les chroniques de salon publiées par Proust dans Le Figaro et par João do Rio dans O Paiz, en mettant au jour l'influence de modèles français sur la presse brésilienne. Yuri Cerqueira dos Anjos (Université de São Paulo - Fapesp) étudie les textes journalistiques de Proust en les inscrivant au sein d'un contexte culturel marqué par un profond renouvellement dans l'appréhension du rapport entre l’espace et le temps. Cet imaginaire de la mobilité, géographique et social, lui permet notamment de mettre en perspective « Impressions de route en automobile » au regard des articles publiés à l'occasion du Salon de l'Automobile. Jordy Martin (Université Paris-Sorbonne) étudie l'ambiguïté générique des prépublications de Proust, parues dans Le Figaro ou La Nouvelle Revue française, en les analysant comme des textes hybrides, au carrefour de la chronique journalistique, du poème en prose et de la dissertation pédagogique qui annonce les principales problématiques du roman. Enfin, Max McGuinness (Université Columbia) montre qu'À la recherche du temps perdu est nourri des expériences stylistiques et thématiques que Proust avait entreprises dans ses écrits journalistiques, mais également riche d'une intertextualité avec d'autres articles de presse qu'il fut amené à lire, ce qui constitue un aspect des modernités d'une œuvre que traverse aussi une forme d’antimodernisme.
          Trois communications proposent par ailleurs des lectures à la fois philosophiques et « sensibles » de l'œuvre proustienne. Didem Nur Güngören (Université Grenoble-Alpes) étudie « l'éveil du corps sensible » dans À la recherche du temps perdu, à la lumière de la philosophie de la perception de Merleau-Ponty. Audrey Cerfon (Université de Genève) s'attaque à l'un des sens que la critique proustienne n'avait jusqu'à présent pas su entendre, « l'oreille hallucinée » du héros d'À la recherche du temps perdu. Apprendre à s'écouter, malgré la cacophonie des voix extérieures et intérieures, apparaît ainsi comme un processus fondamental dans l'éducation sensible et esthétique du héros. De son côté, Sara Fadabini (Université Paris 8) s'intéresse au tribunal devant lequel Proust fait comparaître les différents types de discours, mondain, amoureux et intérieur, mais suggère que le vide inhérent à toute parole est ce qui assure la polyphonie et l'éternité de l'œuvre.
          Les deux dernières communications ouvrent enfin des pistes de dialogue interdisciplinaire entre À la recherche du temps perdu et les sciences humaines et sociales. Nicole Siri (Université de Pise) s'intéresse à la manière dont le héros perçoit le « tournant homosexuel » de Saint-Loup : elle l'interprète comme un indice de sa conception essentialisante et normative de sexualités qui étaient alors jugées déviantes. Géraldine Dolléans (Université d'Angers) se demande pour finir si la convergence épistémologique entre À la recherche du temps perdu et l'École des Annales ne pourrait pas suggérer une manière d'« effet Walter Scott » de Proust sur le renouvellement historiographique amorcé dès la fin des années 1920.

Audrey Cerfon, Géraldine Dolléans

*Antoine Compagnon, « Renaissances proustiennes », Nathalie Mauriac Dyer (dir.) Genesis : « Proust, 1913 », n° 36, 2013, p. 15-23.

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SOMMAIRE

1.    Retrouver le journal de la Recherche

Vivian Yoshie Martins Morizono : Marcel Proust et João do Rio, chroniqueurs de salons
Yuri Cerqueira dos Anjos : Mobilité proustienne, Mobilité journalistique. Intertextes et imaginaires médiatiques dans « Impressions de route en automobile » 
Jordy Martin : Ambiguïté générique des prépublications du Figaro : chronique journalistique et art poétique
Max McGuinness : Presse et modernité dans l’œuvre de Proust

2.    Le corps sensible

Didem Nur Güngören : L’éveil du corps sensible : le corps comme fondation de la conscience dans À la recherche du temps perdu
Audrey Cerfon : L’oreille hallucinée
Sara Fadabini : Proust et la parole vide

3.    Proust et les sciences humaines

Nicole Siri : Le « tournant homosexuel » de Saint-Loup : vers une déconstruction du discours du narrateur autour de la sexualité
Géraldine Dolléans : Un « effet Walter Scott » d’À la recherche du temps perdu ? Proust et l’École des Annales

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Les auteurs (télécharger ici les notices bio)

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Éditions utilisées et abréviations

À la recherche du temps perdu, édition publiée sous la direction de Jean-Yves Tadié, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », tomes I-IV (1987-1989).
Contre Sainte-Beuve (éd. Pierre Clarac), précédé de Pastiches et mélanges (éd. Yves Sandre) et suivi d’Essais et articles (éd. Pierre Clarac et Yves Sandre), Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1971.
Correspondance de Marcel Proust (1880-1920), édition établie par Philip Kolb, Paris, Plon, 21 volumes parus entre 1970 et 1993.
BIP : Bulletin d’informations proustiennes
Corr. : Correspondance de Marcel Proust
CSB : Contre Sainte-Beuve
EA : Essais et articles
RTP : À la recherche du temps perdu
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