Sartre/ 2011-2012

Séminaire conjoint ITEM (CNRS-ENS) – CIEPFC (CNRS-ENS) sur Sartre et les idéologies

I. Présentation succincte

Animation :Vincent de Coorebyter, docteur en philosophie, membre de l’équipe Sartre de l’ITEM, membre de la Classe des Lettres de l’Académie royale de Belgique, co-directeur scientifique des Etudes sartriennes, directeur général du Centre de recherche et d’information socio-politiques (CRISP, Bruxelles).
24 heures de cours, organisées en séances de 3 heures sauf une journée d’étude de 6 heures ouverte à un public extérieur à l’ENS.

Prolongements :le séminaire servira de base pour la rédaction d’un livre sur le même thème par Vincent de Coorebyter, livre qui croisera les principales séances du séminaire et pourra s’alimenter des discussions avec les participants. L’ouvrage, à paraître fin 2012, devrait comprendre un large extrait d’un manuscrit inédit de Sartre, qui fera l’objet de la dernière séance de travail du séminaire.

II.  Intention générale

La question de la naissance des idéologies, lieu commun des sciences humaines au xxe siècle, n’est plus guère abordée aujourd’hui. Elle reste pourtant d’actualité dans un monde qui, au lieu d’assister à la mort annoncée des idéologies, se caractérise par leur foisonnement.

Située au carrefour de plusieurs disciplines, cette question constitue un levier heuristique inépuisable si l’on admet qu’une idéologie ne s’explique jamais par les seuls services qu’elle est censée rendre à un secteur de la société. Si l’on dépasse cette vision fonctionnaliste, la question des conditions de naissance, du régime de croyance et du type de vérité des idéologies insiste et résiste.

L’objectif de ce séminaire est de revisiter cette question abyssale en suivant un fil conducteur précis : son traitement par Sartre, dont on ignore souvent qu’il l’a affrontée à plusieurs reprises dans son parcours intellectuel, en lui réservant un sort chaque fois différent. Les multiples tentatives de Sartre, consignées dans des textes peu lus et, pour une part, publiés à titre posthume, constituent un véritable atelierde pensée, qui a été le théâtre d’une radicalisation tendancielle de son option matérialiste initiale, mais sans que Sartre se soit jamais arrêté à une doctrine. Sartre n’a jamais sacrifié à l’une ou l’autre des simplifications classiques (fonctionnalisme ou causalisme), pas plus qu’il n’a défini l’idéologie par la concordance d’une pensée avec des intérêts de classe. Son matérialisme est à la fois plus subtil et plus radical, car il enchâsse l’idéologie au cœur des rapports personnelsavec la matière, ce qui en fait l’expression d’une aliénation (puisque la matière impose son inertie) mais aussi de la liberté (puisque nous entretenons un rapport actif à la matière). Il est aussi plus inquiet, Sartre n’ayant jamais admis le rabattement des valeurs sur de simples faits sociaux. Il ne perd pas de vue qu’il cherche une origine pratique à un régime de normes idéales, de sorte qu’il lui faut interroger le mode d’affirmation de ces idéalités qui restent irréductibles aux conditions matérielles de leur émergence.

Outre le fait que cette problématique permet de dévoiler un pan ignoré de la pensée de Sartre, elle se situe au carrefour des travaux menés par l’ITEM et par le CIEPFC. Une partie des textes de Sartre sur l’idéologie restant à l’état de manuscrit, le séminaire sera l’occasion d’établir ces textes, de les porter pour la première fois à la connaissance du public, de fixer leur statut dans la genèse de l’œuvre et de réfléchir à la spécificité du traitement qu’il convient de réserver à des écrits non publiés par leur auteur. Cette approche génétique, axée sur les manuscrits, se doublera d’une seconde approche qui situera Sartre dans l’évolution de la pensée française contemporaine, sa réflexion sur les idéologies étant inséparable d’un dialogue constant avec des auteurs français marquants, d’Alain à Lévi-Strauss, et avec des courants de pensée dont l’audience a été déterminante en France au xxe siècle, parmi lesquels la sociologie et le marxisme.

III. Organisation des travaux

L’organisation des travaux suivra une ligne à la fois textuelle et chronologique, en sept séances dont une journée d’étude. Elle est commandée par les tensions internes aux textes de Sartre, qui oscillent entre un matérialisme de plus en plus strict et la préservation, jamais reniée et parfois radicalisée, de la liberté au cœur de l’aliénation.


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