Pour les Juifs, le Mot est la seule patrie.

—Sylvie Courtine-Denamy,

Le « survivant ».

Dans un essai dédié à Élie Wiesel, Georges Steiner écrit : « Je suis un survivant », pour corriger tout aussitôt : « pas vraiment »1. Pour comprendre cette phrase, il nous faut dans un premier temps évoquer quelques données biographiques. Né en France en 1929, d’une mère d’origine viennoise et d’un père originaire d’un petit village tchèque près de Lidice, dont tous les habitants furent massacrés par les nazis en juin 1942, G. Steiner bénéficia d’une éducation bourgeoise et humaniste dans une famille très cultivée, son père lui lisant Homère et lui enseignant les classiques avant même qu’il n’entre à l’école. Ses parents qui s’étaient connus à Vienne, pressentant ce qui se profilait, quittèrent en 1924 cette ville dont Lueger était devenu maire dès 1897 –et G. Steiner rappelle que c’est la ville de Linz qui inventa le mot judenrein, « nettoyage ethnique », en excluant les Juifs du club de bicyclette dès 1906. Trilingue de naissance (anglais, allemand français)–« Ma mère commençait une phrase dans une langue, la finissait dans une autre, sans s’en apercevoir… »2–, G. Steiner fréquente tout d’abord l’école américaine de Paris, puis Janson de Sailly en français. En 1934, suite au scandale financier dont était responsable un Juif d’origine russe, Alexandre Stavisky, éclatent des émeutes antisémites, l’Action française et les Croix de Feu menant la danse au cri de «Mort aux Juifs ! ». G. Steiner a cinq ans et son père, lui commente les événements de la fenêtre : « Tu ne dois jamais avoir peur : ce que tu vois, cela s’appelle l’histoire »3. Dès lors il fut entendu que le « catéchisme » de G. Steiner serait l’Histoire elle-même4.

C’est à la faveur d’une mission de son père, que le président du conseil français, Paul Reynaud avait envoyé à New York pour y négocier l’achat d’avions de chasse Grumman, que G. Steiner doit d’être « un survivant ».En effet, New York étant neutre en 1940, son père y rencontra une ancienne relation d’affaires, l’un des patrons de Siemens, avec lequel il n’avait plus de contact depuis l’arrivée au pouvoir de Hitler. C’est la « drôle de guerre », les massacres en Pologne ont commencé, et cet homme qui arborait les insignes nazis, révélant à son père que les Allemands étaient sur le point d’envahir la France, lui conseilla de faire sortir sa famille à tout prix. Paul Reynaud ayant accepté que sa famille rejoigne le chef de famille aux États-Unis, G. Steiner fut « sauvé », quand bien même n’était-il plus en Europe « quand on commença l’appel »5 : c’est en ce sens qu’il faut comprendre l’affirmation « je suis un survivant […] pas vraiment ». Il poursuivit sa scolarité à l’Horace Mann School, puis au lycée français. Sur le plan religieux, le père de G. Steiner étant athée, les Solennités, Kippour notamment, n’étaient observées qu’à titre de rappel d’une identité, d’une « appartenance à un temps millénaire »6 . De même ne lisait-il l’Ancien Testament à son fils qu’à titre de « document poétique, historique », mais c’est afin que son fils pût répondre à la question « Qui es-tu ? » qu’il lui fit faire sa Bar Mitsva, soulignant même : « Tu appartiens à un club dont on ne démissionne pas. Au contraire, on l’annonce »7.

L’Europe cosmopolite ou la « bénédiction de Babel ».

Tout père juif espère que son fils devienne rabbi, etG. Steinerdevint effectivement rabbi, certes pas au sens religieux, mais ausens propre du mot : un « maître », puisqu’il se définit comme « un maître de lecture ».Il souhaitait devenir « un mandarin français », mais son père lui enjoignit d’étudier dans les universités anglophones au motif que l’anglais était la langue de l’avenir : il fréquenta donc successivement les universités de Yale, Chicago, Harvard, Oxford. Pourtant, lorsque G. Steiner ayant à choisir entre deux propositions de chaires aux États-Unis, demanda conseil à ce père, celui-ci répliqua : « Quelle tristesse que Hitler ait gagné »8, et une fois de plus G. Steiner souscrivit : comme pour démentir les prophéties d’Hitler concernant une Europe judenrein, et nonobstant la dette contractée envers les États-Unis, il opta pour le retour en Europe, intégrant dans les années 1950 l’équipe éditoriale du magazine heddomadaire The Economist à Londres, avant d’y entamer une brillante carrière universitaire.

Par la grâce de sa naissance, sa mère était une viennoise polyglotte au français exquis, car c’est « en parlant français qu’on devenait cosmopolite »9 à cette époque, son père témoignant quant à lui jusqu’au bout d’un grand appétit pour les langues vivantes, le jeune Steiner fut donc polyglotte de naissance : « Les langues volaient à travers la maison. L’anglais, le français, l’allemand […], le hongrois à la cuisine »10. À ces trois langues, « maternelles à égalité» –il n’a en effet aucun souvenir d’« une première langue ou d’une langue souche »11– , G. Steiner a ajouté, par affinité, l’italien. Sa vie à Genève –carrefour linguistique s’il en est, et où il enseigna la littérature comparée de 1974 à 1994– ou en France, lui offre donc la possibilité d’exercer son multilinguisme. Comme tout humaniste, il maîtrise également le grec et le latin, mais il lui manque l’hébreu. « Par paresse d’esprit, Accidia », G. Steiner n’a en effet pas poursuivi l’étude de l’hébreu– « qui seul permet un accès direct à la Bible et au cœur de l’identité juive » –et il le regrette amèrement, se demandant s’il est maintenant trop tard12 ? Cela ne l’a d’ailleurs pas empêché de donner une Préface à la Bible hébraïque dans la version de King James (1611)13. L’Europe pour Steiner, l’auteur d’Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction14, c’est donc avant tout, non pas la malédiction, mais au contraire la bénédiction de la tourde Nemrod, le plaisir jubilatoire de pouvoir passer d’une langue à l’autre, qui sont autant de fenêtres ouvertes sur des paysages différents, sur d’autres valeurs : « les langues nous donnent des jambes. Nous pouvons être les invités des autres hommes, comprendre ce qu’ils nous disent et leur répondre à notre tour »15, écrit-il. Une centaine de langues mourant chaque année dans le monde, comme nous le rappelle G. Steiner, ce sont autant de perspectives uniques sur le monde, d’Anschauungen, qui nous échappent irrémédiablement.

Polyglotte de naissance– une situation que l’on retrouve, ainsi qu’il le rappelle, en Scandinavie, dans les vallées italiennes du Frioul ou encore en Malaisie– G. Steiner a su faire de cette chance l’axe même de son travail : « Ce qui m’intéresse le plus, peut-être, c’est la question de notre relation au langage, de nos liens intérieurs avec les langues que nous parlons, et la condition de polyglotte »16. Et le travail de traduction en fait bien évidemment partie. Mobilisant quatre langues vivantes, G. Steiner ne se traduit pourtant pas lui-même d’une langue dans l’autre, reconnaissant l’existence de degrés d’« aisance naturelle (at-homeness), d’intériorité (inwardness) qui [lui] resteront à jamais inacessibles »17. Il fait donc appel à des traducteurs, avec lesquels il collabore manifestement étroitement et harmonieusement: « Y a-t-il pour un auteur, pour un “penseur ” […] meilleure heure que celle partagée avec ses traducteurs à moduler, à puiser dans la langue dans laquelle a été composé un essai ou un livre à une autre, qui est aussi la sienne ? » Steiner redouterait-il de subir le sort de Hölderlin, lequel, à en croire Walter Benjamin, après avoir traduit Sophocle et Pindare, se retrouva « sans foyer […] les portes de sa propre langue s’étant refermées derrière lui »18 ? C’est en tout cas avec « arrogance » qu’il espère que son œuvre princeps, Après Babel. Une poétique de la traduction, alertant contre le danger de la disparition des langues, « soit une infime note de bas de page à l’essai de Benjamin, “La tâche du traducteur” »19.

On notera qu’exception faite d’Après Babel, on trouve peu d’occurrences dans l’œuvre de Steiner des autres langues que celle dans laquelle il a présentement choisi de s’exprimer. On notera également qu’il n’écrit que dans deux de ses langues maternelles, l’anglais et le français, mais pas l’allemand, et on peut s’interroger. S’agit-il d’un rejet de cette langue dont G. Steiner constatait qu’elle avait été mise à mort dès lors que s’était constitué un État allemand unifié, seule la tradition journalistique juive en exil et Nietzsche, qui vivait à l’étranger, échappant à l’en croire à la « prussianisation » de la langue et de la littérature allemandes ? « L’Université, les milieux officiels, l’armée et la cour conspirèrent à introduire dans la langue allemande des habitudes non moins dangereuses que celles dont elles imposaient le moule au peuple allemand : une terrible faiblesse devant les slogans et les clichés pompeux (espace vital, péril jaune, vertus nordiques) ; un respect automatique pour les grands mots et la voixforte, un goût fatal pour le pathos sucré (Gemütlichkeit) »20. Quant au mythe du « poignard dans le dos » (Dolstchoss Legende) au début de la République de Weimar, il ne fut quant à lui que le prélude à la distorsion et à l’infection de la langue allemande par les nazis déjà notées par Victor Klemperer dans LTI. La langue du Troisième Reich21 : « un langage qui permet décrire le Horst Wessel Lied est prêt à donner tout entière à l’enfer la langue maternelle […] (Comment le mot Spritzen pourrait-il garder le même sens après avoir signifié pour des millions d’hommes la “ giclée” du sang juif sous la pointe des couteaux ?) »22. Pourtant, l’allemand n’est pas pour G. Steiner la langue des bourreauxmais« la langue de maman et papa », et s’il a bien partagé un temps la position de Theodor W. Adorno, la poésie de Paul Celan –le plus grand poète depuis Hölderlin à ses yeux– lui apparaît néanmoins comme le meilleur démenti à l’idée selon laquelle la langue allemande serait à tout jamais perdue.

On le voit, « la territorialité de tout [s]on être » est européenne, mais l’Europe dont G. Steiner a la nostalgie n’est-elle pas une « Europe perdue », comme en témoigne son livre récent Une certaine idée de l’Europe ?23 Cette haute culture n’a en effet pas empêché la barbarie, et d’un livre à l’autre G. Steiner s’affronte à cette question: « Quels rapports existent, encore à peu près inconnus, entre les attitudes mentales, les habitudes psychologiques de la haute culture et les tentations d’une barbarie inhumaine ? »24 Souligner le lien entre « la haute philosophie et le despotisme » –Platon se rendant à trois reprises chez le tyran Denys de Syracuse– n’est pas, comme le sait bien Steiner, expliquer cette « affinité élective »25. Et s’il risque l’hyptohèse du savant enfermé dans sa tour d’ivoire, obsédé par son objet d’étude, déshumanisé au point de perdre perdre pied avec la réalité –« Qu’est-ce que ce cri dans la rue en comparaison du cri de Lear contre Cordelia… ? »26– c’est aussitôt pour la récuser comme erronée. Resterait, plus plausible, l’idée, qui était dès 1933 celle d’Eric Voegelin dans Race et État27d’une revanche de Hitler jaloux et parodiant la notion de « peuple élu » : « Au motif théologique d’un peuple choisi sur le mont Sinaï répondent les prétentions de la race supérieure à une domination millénaire »28. Il n’y a pas de place pour deux peuples élus, soulignait elle aussi Simone Weil, H. Arendt s’insurgeant quant à elle contre le chauvinisme de la doctrine du « sel de la terre ». Et, tout récemment, Philippe Burin a repris cette hypothèse dans son livre Ressentiment et Apocalypse29.

Cette Europe dont la diversité des langues et des cultures fait toute la richesse, G. Steiner redoute aujourd’hui qu’elle ne sombre, victime non seulement de l’adhésion aux valeurs consuméristes anglo-saxonnes, mais victime également de la monotonie de cet esperanto anglo-américain qui affecte toute la surface du globe. Si en 1967 G. Steiner n’avait pas encore perdu tout espoir d’un ressaisissement : «…ce ne saurait être une condition éternelle ; cela peut à nouveau passer »30, dans un entretien récent en revanche il confie son pessimisme quant au retour du français comme lingua franca, la langue susceptible de concurrencer l’anglo-américain, lui paraissant plutôt l’espagnol31. L’Europe pour Steiner c’est donc l’Europe d’hier, celle des cafés, un « paysage à échelle humaine », ainsi qu’un lieu historique et de mémoire, le lieu de la culture humaniste et de l’esprit. Une culture à laquelle les Juifs ont puissamment contribué tant sur le plan intellectuel qu’artistique depuis leur sortie du ghetto et jusqu’à l’arrivée d’Hitler, soit de 1830 à 1930, période qui, selon Steiner, « surpasse même l’ère resplendissante de la coexistence au sein de l’Espagne islamisée »32. Les caractéristiques du Juif européen ayant élaboré cet humanisme d’Europe centrale sont à ses yeux d’une part « leur parenté marquée de goût et de jugement », d’autre part leur « don des langues »33, faculté d’adaptation par excellence, laquelle s’explique en partie par les pérégrinations auxquelles ils furent contraints quand bien même souhaitaient-ils s’enraciner. Revendiquant le nom glorieux de « cosmopolite » dont Hitler et Staline ont fait un « sarcasme meurtrier »34, c’est de toute évidence à la filiation du peuple nomade d’Abraham que G. Steiner souhaite se rattacher lorsqu’il se définit comme un Luftmensch, un homme qui peut aller librement, « comme le vent », et auquel la recrudescence des atavismes de haine tribale, linguistique, religieuse, le fondamentalisme, semblent donner raison. Le judaïsme jette l’ancre dans le temps et non dans l’espace, et comme il le dit si bien « les vieilles poupées du grenier ne sont pas à nous et le fantôme a l’air en location »35. C’est pourquoi pour se sentir chez lui dans le monde, G. Steiner assure n’avoir besoin que d’une table et d’une machine à écrire, de quoi travailler : « En fait, je n’ai jamais vraiment fait confiance aux demeures. […] Pour celui qui demain devra fuir au-delà de ses propres frontières, dont la tombe sera, qui sait, profanée et semée d’ordures, la nation-État n’est qu’un refuge bien fragile »36. Et c’est précisément au nom de sa haine du nationalisme que ce « survivant » a fait le choix de demeurer en diaspora au lieu d’émigrer en Israël.

L’inquiétude du Luftmensch

La culture européenne s’est façonnée autour d’une double composante : Athènes et Jérusalem, la référence grecque, et la référence hébraïque. Or, l’être-juif de G. Steiner est pétri d’inquiétude face à l’éventualité d’une recrudescence du désir d’exterminer les Juifs : «Quand je vois mes enfants dans cette pièce, ou que j’imagine les entendre respirer dans le calme de la maison, la peur m’envahit parce que je les ai chargés du fardeau de haine immémoriale […] Être né juif en Europe au cours de la première moitié du XXème siècle revenait à condamner ses propres enfants »37. Ainsi s’explique le conseil qu’il leur a donné : Avoir toujours ses bagages prêts. Pourtant, face à cette inquiétude, l’État d’Israël ne constitue-t-il pas désormais un refuge ? Si G. Steiner reconnaît bien qu’Israël est un « miracle indispensable », que les Juifs ont conquis une dignité nouvelle en démontrant qu’ils étaient capables de « se servir d’armes modernes, de faire voler des avions à réaction et de transformer le désert en vergers »38, il repousse toutefois la possibilité d’y vivre. Le rêve sioniste utopique d’égalité et de coexistence pacifique– le père de G. Steiner a fait partie du premier cercle de Theodor Herzl–, a sacrifié au « venin de notre temps », à ce nationalisme arborant passeports, drapeaux et étalant son patriotisme, qu’il abhorre. Israël aspire en outre aujourd’hui à la normalité, c’est-à-dire « à son lot de criminalité, de corruption, de médiocrité politique et de vulgarité quotidiennes qui sont partout la marque des nations et des sociétés »39. Encerclé de toutes parts par des ennemis haineux, Israël pour survivre « doit torturer un autre être humain comme le fait la police secrète israélienne ». Mais cette survie même constitue-t-elle une justification, se demande G. Steiner? Et il répond avec sagesse : « Ce que je sais aujourd’hui, c’est que seuls ceux qui sont disposés à vivre en Israël, exposés aux dangers immédiats, dans des lieux de haine, ont vraiment le droit de poser cette question »40. Ainsi G. Steiner reconnaît-il qu’à ce « sanctuaire du nationalisme » qui appartient enfin aux Juifs, il préfère, en dépit de tout sens pratique, séjourner parmi ces Juifs de la diaspora « dans la grande ombre du monde européen, qui au moins se souviennent de la civilisation qui y fut jadis »41.

Si pour le Juif le Mot est la seule patrie, le peuple juif a la chance de disposer d’un livre au fondement de son existence, car il est aussi le peuple du Livre. L’emportant partout avec lui au cours de ses pérégrinations millénaires, le commentant, l’annotant, obéissant ainsi au premier commandement de la Halakah : « tu étudieras la Torah », il lui doit sa survie et la préservation de son identité parmi les Gentils. Dans un monde sécularisé, Kafka, Malamud, Philip Roth, Saul Bellow, Agnon, Isaac Bashevis Singer pour ne citer qu’eux, ont su se substituer au monopole du texte rituel et juridique du judaïsme. Toutefois, la culture écrite étant apparue tardivement dans l’histoire de l’humanité, il se pourrait bien qu’à l’instar de tout ce qui est fait de main d’homme, elle aussi soit susceptible de disparaître. C’est à la préserver que s’emploie de toutes ses forces ce Luftmensch qui peut s’enorgueillir d’être simultanément : « membre de l’Académie allemande de littérature, fellow de la Royal Society of Literature in England et de l’American Academy of Arts and Sciences ; [d’ouvrir] le festival de Salzburg, en allemand bien entendu, [s]on public [le tenant] pour un des siens », d’avoir prononcé en octobre 1995 un discours pour le 200ème anniversaire de l’École normale de Paris, et, précise-t-il, « il ne leur serait pas venu à l’idée que je n’étais pas français », enfin, d’avoir eu le privilège d’enseigner en italien à Sienne42. G. Steiner est en outre membre fondateur du Churchill College à Cambridge, occupant après T.S. Eliot la chaire de poétique à Harvard, et il a été récemment élu sur la chaire Weidenfeld de littérature comparée à Oxford : autant de distinctions qui attestent sa capacité à « habiter » l’autre et sa culture. G. Steiner a effectivement souscrit pour lui-même au troisième impératif inculqué à ses enfants : «laisser  l’hôtel un peu plus propre ou plus intéressant que vous ne l'avez trouvé ».

Notes

1  G. Steiner: Langage et Silence, Paris, 10/18, 1967 (tr. L. Lotringer, G. Durand L. et D. Roche, J.P.Faye, J. Franchette), p. 153.

2  G. Steiner, A. Spire, Barbarie de l’ignorance. Juste l’ombre d’un certain ennui, Paris, Le Bord de l’eau, 1998, p. 11.

3  Id., Les logocrates, Paris, L’Herne, 2003, tr. P.-E. Dauzat, p. 134.

4  Id., Barbarie de l’ignorance, op. cit., p. 25.

5  Id., ibid., p. 153.

6  Id., Errata. Récit d’une pensée, Paris, Gallimard, 1998, tr. P.-E. Dauzat, p. 22.

7  Id., Barbarie de l’ignorance, op. cit., p. 25.

8  Id., Les Logocrates, op. cit., p. 145.

9  Id., Barbarie de l’ignorance, op. cit., p. 13.

10  Id., Errata, op. cit. , p. 112.

11  Id., ibid., p. 112.

12  Id., ibid., p. 213. Voir également Barbarie de l’ignorance, op. cit., p. 25.

13  Id., Préface à la Bible hébraïque, Paris, Albin Michel, 2001, tr. P.E. Dauzat.

14  Id., Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction, Paris, Albin Michel, 1978, tr. L. Lotringer.

15  Id., Barbarie de l’ignorance, op. cit., p. 15.

16  Id., Les Logocrates, op. cit., p. 143.

17  Ibid., p. 177.

18  Id., Errata, op. cit., p. 140.

19  Id., Les Logocrates, op. cit., p. 181.

20  Id., Langage et Silence, op. cit., p. 110.

21  Victor Klemperer, LTI. Lingua Tertii Imperii: Notizbuch eines Philologen, Stuttgart, Reclam, 2007 [tr. Fr. LTI, la langue du Troisième Reich. Carnets d’un philologue, Paris, Albin Michel, 1996. Traduit et annoté par Élisabeth Guilloturnal).

22  Ibid., p. 113-114.

23  G. Steiner, Une certaine idée de l’Europe, Paris, Actes Sud, 2005.

24  Id., Langage et Silence, op. cit., p. 12. Voir également Barbarie de l’ignorance, p. 40.

25  Id., Barbarie de l’ignorance, p. 56.

26  Id., Les Logocrates, p. 108.

27  E. Voegelin, Race et État, Paris, Vrin, 2007, tr. De l’allemand par S. Courtine-Denamy, Préface de P.A. Taguieff.

28  G. Steiner, Langage et Silence, op. cit., p. 173. Voir également Barbarie de l’ignorance, p. 34.

29  P. Burin, Ressentiment et Apocalypse. Essai sur l’antisémitisme nazi, Paris, Seuil, 2007.

30  G. Steiner, Les Logocrates, p. 177.

31  G. Steiner, “Entretien avec Paul de Sinety et Alexis Tadié”, in Penser l’Europe, Diversité et Culture, 2007, p. 84.

32  Id., Langage et Silence, p. 161.

33  Ibid, p. 163: “Heine est le premier, sinon le seul grand poète, qu’il soit difficile d’enfermer dans le cadre d’une seule langue”.

34  G. Steiner, Errata, p. 83.

35  Id., Langage et Silence, p. 170.

36  Ibid., p. 169 et 171.

37  Ibid., p. 154.

38  Ibid., p. 58.

39  G. Steiner, Errata, p. 72.

40  Ibid., p. 213.

41  G. Steiner, Les Logocrates, p. 146.

42  Ibid., p. 177.

Résumé

Résumé : Né à Paris en 1929 de parents autrichiens qui émigrèrent à New York avant l’invasion allemande, George Steiner se situe au Carrefour des langues et en mobilise quatre: le français, l’anglais, l’allemand, l’italien. Simultanément romancier, critique littéraire, philosophe du langage et de la culture, il est un pur produit de la vieille Europe dont il apprécie la diversité et l’histoire, quand bien même sa culture n’a-t-elle pas évité la barbarie nazie. L’Angleterre où il a résidé pendant quarante ans n’est pas pour autant sa “patrie”. Il se sent toujours en exil, comme un hôte sur cette terre: « connaître autant de langues que possible, être toujours prêt à fuir, et laisser l’hôtel un peu plus propre qu’on l’a trouvé », tels sont les trios impératifs qu’il lègue à ses enfants.

Abstract

Abstract : Born in Paris in 1929 from Austrian parents who fled to New York before the German invasion, George Steiner is situated at the crossroads of languages – he uses four : French, English, German, Italian. In terms of discipline, he is a novelist, a literary critic, a philosopher of language – and of cultures. He is a pure product of the old Europe whose diversity and history he appreciates although its culture didn’t avoid Nazi barbarism. Although he has been living in England for forty years, he does not feel he is “one of them”, but still in exile, like a guest on earth : « to know as many languages as possible, to be always ready to get away, and to leave the hotel somehow cleaner than you found it », these are the three imperatives he taught his children.

Pour citer cette page

Sylvie Courtine-Denamy, «Pour les Juifs, le Mot est la seule patrie.», Item [En ligne],
Mis en ligne le: 04 juin 2012
Disponible sur: http://www.item.ens.fr/index.php?id=578241.

Notice bibliographique

Conférence publiée dans Études Germaniques 63 : Habiter ou ignorer l’autre. Les écrivains de l’exil, Études réunies par Daniel Azuelos, Paris, Didier Érudition, (2008), 4, pp. 889-897. (p. )

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