Dictionnaire de critique génétique

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Préfiguration de l’ouvrage préparé par l’ITEM sous la direction de Pierre-Marc de Biasi et Anne Herschberg Pierrot, à paraître aux éditions du CNRS.
Attention, ceci est une version très partielle. Elle sera périodiquement mise à jour, améliorée et complétée au fur et à mesure de l’achèvement des définitions.

Pour citer ces définitions, utiliser la forme suivante :
Article « XXX » préfiguration en ligne du Dictionnaire de critique génétique de l’ITEM, version du 21 décembre 2010.
Bibliographie des ouvrages cités dans les définitions (télécharger le document (.doc))

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STYLE

All. Stil ; Angl. Style ; Ar. ? ; Esp. ? ; Ital. ; Jap. ? ; Port. ; Ru. ?.
• Processus de mise en forme singulière d’un texte ou d’une œuvre, qui commence dès les premières traces écrites, et peut aboutir à un état publié ou laissé inachevé.
Hist. Mise en crise dans les années 1970 par le développement des sciences humaines et des sciences du langage, de la sémiologie et de la poétique, la notion de style a trouvé un renouveau d’intérêt vingt ans plus tard dans la pensée esthétique inspirée de la phénoménologie (Jenny 1993, 1997 ; Combe 1991) ou de la philosophie analytique (Genette 1991, à la suite des travaux de Goodman), et dans l’analyse textuelle (Adam 1997). La génétique textuelle a permis d’ouvrir l’étude du style à l’analyse de la production écrite, et de considérer le style de façon dynamique, non plus comme une constante stable, mais comme un ensemble de processus en mouvement, transformant l’écriture d’un texte ou d’une œuvre (Herschberg Pierrot 2005). L’horizon théorique est bien celui de la production du texte des années 1970, aussi bien celle de R. Barthes (2002 [1971]) que de M. Riffaterre (1979) qui proposaient, chacun de manière différente, une « stylistique transformationnelle », fondée sur la transformation des modèles intertextuels (®intertextualité). La distinction historique entre « écriture à processus »/« écriture à programme » (Hay 1986-1987), toutefois reformulée et nuancée (de Biasi 2000 : 33) (®écriture), constitue aussi une base pour la notion de style de genèse.
Théor.Le style se distingue de l’elocutio de la rhétorique. Il n’est pas l’ornement d’un sujet préétabli. Il participe dès les premières notes ou les premiers scénarios à la mise en forme singulière de l’œuvre, qui touche indissociablement la forme et le sens, la texture et la structure. La stylistique génétique a pour objet moins les variantes du dernier manuscrit que les transformations textuelles, qui peuvent être considérables. Elle se distingue ainsi de l’étude sélective, ponctuelle, et normative du style des manuscrits d’écrivains que pratiquait A. Albalat (1991 [1903]) au début du xxs. Elle porte sur un ensemble de documents de genèse, selon plusieurs orientations.
Une approche transformationnelle étudie le développement du style à travers les différents états de la genèse. L’étude de style peut alors porter sur le devenir de figures, sur la constitution d’une phrase, d’un incipit ou d’un explicit, d’une suite de vers, sur la genèse de la ponctuation et du rythme, mais aussi plus largement sur les transformations systématiques d’un épisode, d’une scène, d’une description, sur la genèse de l’énonciation, par exemple la formation du discours indirect libre. Une telle étude est certes dirigée vers la constitution du dernier état (qui n’est pas forcément « meilleur »), mais elle n’est pas linéaire : elle prend en compte les bouleversements de la genèse, les bifurcations et disparitions possibles, et s’intéresse à la dimension processuelle de l’écriture, aux formes du passage et de la transition, fréquentes dans la genèse où le style est en métamorphose. La stylistique transformationnelle concerne aussi les formes de l’inachèvement, au sens de ce qui n’a pas abouti ou de ce qui n’est pas encore terminé, les formes du suspens, ou du virtuel, la coexistence d’alternatives non résolues.
Une autre approche, complémentaire, porte sur les styles de la genèse dans ce qu’ils ont de spécifique, selon les étapes de l’écriture relatives à chaque genèse, comme le style des notes de lecture, ou le style du scénarique. Elle prend en compte particulièrement le choix des supports (cahier, ou feuille) et leur interaction avec le style de l’œuvre, le style graphique des pages, l’utilisation des marges et des blancs, les spécificités de l’énonciation écrite. L’hétérogénéité et la multiplicité simultanée caractérisent souvent les styles de la genèse, qui se composent de notations de temporalité différente sur la page, d’un espace graphique pluriel, et d’une énonciation polyphonique, souvent métadiscursive, comprenant des indications de régie.
À partir des styles de la genèse, et des pratiques d’écriture, on peut construire un style de genèse, qui serait comme un profil spécifique et une rythmique de la genèse des œuvres ou de l’œuvre d’un écrivain. La comparaison des manières d’écrire permet de poser à neuf la question de la signature stylistique, sans détacher toutefois le style de genèse du mouvement singulier et de l’historicité des œuvres.
Quest. La confrontation des genèses du style en littérature et en art ouvre vers l’esthétique. Mais il convient aussi de développer l’étude des réécritures des discours non littéraires (linguistiques, philosophiques, juridiques, historiques…).
(Anne Herschberg Pierrot)

→ BLANC, CAHIER, CLICHÉ, DISCOURS RAPPORTÉ, EBAUCHE, ECRITURE, ELLIPSE, ELOCUTIO, ENONCIATION ÉCRITE, ESPACE GRAPHIQUE, FEUILLE, INTERTEXTUALITÉ, MARGE, MÉTAPHORE, MÉTONYMIE, OEUVRE, PAGE, PHRASE, PONCTUATION, RYTHME, STÉRÉOTYPE, STYLISTIQUE, TEXTE, THÉORIE DU TEXTE


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