Dictionnaire de critique génétique

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Préfiguration de l’ouvrage préparé par l’ITEM sous la direction de Pierre-Marc de Biasi et Anne Herschberg Pierrot, à paraître aux éditions du CNRS.
Attention, ceci est une version très partielle. Elle sera périodiquement mise à jour, améliorée et complétée au fur et à mesure de l’achèvement des définitions.

Pour citer ces définitions, utiliser la forme suivante :
Article « XXX » préfiguration en ligne du Dictionnaire de critique génétique de l’ITEM, version du 21 décembre 2010.
Bibliographie des ouvrages cités dans les définitions (télécharger le document (.doc))

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POÉSIE

All.Dichtung ; Angl.Poetry ; Ar ? ; Chin. ? ; Esp. Poesía ; Ital. Poesia ; Jap. ? ; Port. Poesia ; Rus. ?
La poésie n’est pas un genre, mais plutôt un mode de discours, dont la fonction et les formes varient selon les aires culturelles, les époques et les courants littéraires.
Hist.La poésie a toujours été accompagnée par un discours sur sa genèse, parfois intégré au corps même du poème, comme l’invocation à la Muse, ou développé dans des « arts poétiques ». Ce discours réfère la naissance de la parole poétique tantôt à une cause extérieure, divine ou humaine, tantôt à la maîtrise d’une technique. Alors que le mythe ou le motif de l’inspiration a longtemps prévalu, la modernité tend à mettre l’accent sur le faireinscrit dans l’étymologie du mot poésie, qui vient du grec poiein. La poétique devient ainsi une poïétique, qui peut s’appuyer sur le témoignage des poètes eux-mêmes, comme celui d’E. Poe dans sa Genèse d’un poèmeou celui de Ponge dans La Fabrique du pré. La critique génétique doit confronter ce témoignage aux traces écrites du travail poétique. Or, longtemps régi par les lois de la versification régulière, celui-ci revêt aujourd’hui des formes très diverses : vers libre, poème en prose, poésie visuelle ou sonore… Par-delà cette diversité, se dégagent pourtant quelques constantes : l’importance accordée à la mise en forme de l’énoncé par un travail sur le rythme et les sonorités, qui fait la part belle aux parallélismes et aux répétitions, et qui vise à établir une relation nécessaire entre les signifiants et une signification rendue ambiguë, plurielle, indéterminée, notamment par le jeu des figures d’analogie.
Théor. De ces caractéristiques récurrentes résultent quelques-unes des tendances distinctives de la genèse poétique, qui se dégagent de l’étude des manuscrits, sans pour autant constituer des lois générales (Collot 1992). L’expériencequi préside à la naissance du poème relève du témoignage des poètes plus que de la critique génétique, car elle ne laisse pas toujours de trace dans les manuscrits. Y apparaît en revanche souvent le rôle générateur de la forme. C’est particulièrement net dans le cadre de la versification régulière, dont les contraintes commandent le choix et la disposition des mots. Le premier état manuscrit d’un sonnet peut se présenter comme une sorte de cadre vide où sont seulement notées les fins de vers. M. Hontebeyrie (2006) a montré « le rôle génétique des rimes dans les brouillons de La Jeune Parque ». Cette contrainte formelle n’aboutit pas à une pure expérimentation ; elle informe et transforme l’expérience elle-même : Valéry a pu dire que son poème était « une autobiographie dans la forme ». L’initiative laissée aux signifiants n’implique pas l’absence d’un mode de production spécifique du sens. Loin de commander la genèse du poème, il se construit au fur et à mesure de son élaboration : « Levé avant son sens, un mot nous éveille », écrit Char. La signification poétique n’est pas une donnée antérieure à sa formulation ; c’est un horizon de sens, qui comporte une part d’indétermination, et qui se déplace, ouvert aux suggestions de l’écriture. Les palettes que Saint-John Perse déploie dans ses manuscrits proposent le choix entre de multiples formulations souvent très différentes les unes des autres. Les variantes manifestent même parfois l’hésitation du poète entre des termes antonymes. Ces variantes apparemment contradictoires n’expriment pas une indifférence au sens, mais une signification ambiguë ou ambivalente, qui échappe aux clivages logiques habituels. La structure du poème repose sur des équivalences (phoniques, rythmiques voire métriques, sémantiques), qui substituent à la progression linéaire de l’argumentation ou du récit un fonctionnement analogique et un mouvement circulaire. C’est ce qui explique la fréquence des permutations qui affectent la place d’un vers ou d’une strophe sans remettre en cause l’économie globale du poème. Cette logique non linéaire est encouragée par l’importance que revêt la disposition spatiale, aussi bien dans la versification traditionnelle que dans les recherches, qui, depuis le Coup de dés mallarméen, explorent l’espace de la page ou du livre. Jusqu’à la phase ultime de correction des épreuves, une solution de mise en page, le choix d’un caractère, la répartition des blancs peuvent donner au poème un rythme visuel, et donc un sens, différents : « quand le mot prend sa place dans la page, c’est qu’il tient dans la bouche », aimait à dire A. du Bouchet. Le livre de poésie est en général un recueil ; son ordonnance n’a rien à voir avec celle d’un roman ou d’un essai : elle se construit rarement à partir d’un plan ou d’un scénario préalables, mais le plus souvent a posteriori, comme un espace où les poèmes entrent à distance en résonance au lieu de s’inscrire dans une continuité logique ou chronologique.
(Michel Collot)

→ ART POÉTIQUE, DICTIONNAIRE DE RIMES, FORME FIXE, GENRE, IMPROMPTU, POÈME EN PROSE, PROSODIE, RÉCITATIF, REJET, RIME, RYTHME, STROPHE, VERS


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