Le 16 janvier 2010 (10h-13h)

« Le diable n’est peut-être pas autre chose »

— Pierre-Marc de Biasi
Sartre ne s’est pas trompé en misant tout sur l’idée que la question de l’idiotie serait rivée à l’entreprise flaubertienne d’une manière radicale, même s’il faut bien admettre qu’il se fourvoie sur les causes et les effets de cette singularité, en parlant de nihilisme. On sait que la bêtise, chez Flaubert, renvoie à une ambivalence : parfois bonne, comme signe de notre animalité, elle désignerait notre fragilité, notre dépendance à la planète, cet être-là au monde qui nous rend solidaire du vivant, en nous forçant à ne pas nous prendre indûment pour des anges. Mais il existe aussi l’autre face – obscure et cruelle - de la Bêtise : celle qui exerce sa nuisance active dans la vie privée ou publique, celle qui fait des victimes, qui humilie et diffame, qui ridiculise l’intelligence, qui vexe l’honneur ou qui traîne la grâce dans la boue, celle qui discrimine et rabaisse la supériorité. Que veut dire Flaubert quand il donne à la bêtise la stature quasiment métaphysique d’un désastre comme le Déluge (« Je suis effrayé par la bêtise universelle ! (…) Les gens d’esprit devraient construire quelque chose d’analogue à l’Arche ») ou d’une calamité comparable à la Bête de l’Apocalypse ? En quoi la bêtise pourrait-elle finir par se confondre avec la figure même Mal : « Le Diable n’est peut-être pas autre chose » ?

Lieu : ENS, 45 rue d'Ulm, 75005. Salle Cavaillès.


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