Proust Procuste : les fins disjointes d’À la recherche du temps perdu

—Nathalie Mauriac Dyer,

Table des matières


« Toute la pratique de Proust consiste donc à avoir toujours fini, clos son livre, sans l'avoir achevé », écrivait Jean-Yves Tadié en 19861. Remarque que les faits ont radicalisée un an plus tard. À la recherche du temps perdu fini : Marcel Proust a apposé le mot « Fin » à la dernière page d’un cahier manuscrit qu’il a lui-même intitulé « cahier XX et dernier » – événement bien connu, mais dont la chronologie est sujette à discussion, et sur lequel on reviendra plus loin. À la recherche du temps perdu inachevé, mais de manière inouïe : cette fin, à sa mort le 18 novembre 1922, se retrouve détachée, séparée, isolée du « corpus » manuscrit qu’elle avait pour fonction de clôturer. Cela puisque, on le sait depuis 1987 seulement, Proust a, sur la dactylographie du chapitre auquel il travaillait, Albertine disparue, supprimé (sans avoir eu le temps de les récrire ou de les reprendre) l’équivalent d’une quarantaine de feuillets au cœur du cahier de mise « au net » XV2, dans cette seconde moitié d’À la recherche du temps perdu qu'il avait intitulée Sodome et Gomorrhe-Le Temps retrouvé.

À partir de ce défaut de substance médiane, d’« entre-deux » comme aurait dit Proust, comment satisfaire au critère fondamental de l’esthétique occidentale classique : l’organicité ? La « fin » du roman est irratrapable, île à la dérive, en mal de continent textuel. La rupture, la discontinuité ne sont pas ici figures de style, mais des plus concrètes. Elles ne relèvent pas d’un traitement rhétorique, elles appellent une réponse matérielle. Celle des premiers éditeurs posthumes, le docteur Robert Proust frère de Marcel, secondé par la Nouvelle Revue Française, fut une riposte : remettre « en place » les pages biffées – à l’insu général, et faire disparaître, longuement, le manuscrit gênant.3

À la recherche du temps perdu n’a jamais existé en tant qu’œuvre achevée, œuvre complète, œuvre bouclée préalablement à la restauration éditoriale dont elle a fait l'objet de manière posthume. Restauration qui s'est toujours avancée masquée, à laquelle le temps a conféré, par une lente cristallisation, une très forte solidité dans la représentation collective, et qui jouit aujourd'hui de toute la patine de l’authenticité. Sans elle, À la recherche du temps perdu ne serait peut-être pas devenu le monument que l’on sait – célébré par exemple dans ce nouveau recueil des mythologies françaises que sont les Lieux de mémoire, rassemblés aux éditions Gallimard justement4. Tout monument est source de rituels – exégétiques dans le cas du monument littéraire. La résurgence d’Albertine disparue les a perturbés : on ne s’étonnera guère dès lors que, en deça même de toute problématique interprétative, le simple événement de la découverte de la dactylographie n'y soit pas mentionné.

Ce n’est pas mon propos de détailler ici la réception tumultueuse de ce manuscrit, mais quelques indications seront utiles. L’attention des critiques s’est focalisée non sur les quarante et quelque pages biffées au cœur du cahier XV – celles effectivement responsables, on l’a vu, du « faillage » de la continuité narrative – mais sur la suppression, en amont du cahier XV, d’une grande partie des cahiers XII et XIV et de l’intégralité du cahier XIII5. Il s’agit certainement là d’une coupure quantitativement considérable : elle a pourtant été formellement intégrée par l’écrivain au travail de composition (le devenir de son contenu romanesque étant une autre histoire), et effacée, absorbée, “entre” les chapitres premier et deuxième d’Albertine disparue. Mais le fait est qu’elle fascine l’attention critique, ce qui illustre un type bien particulier de rapport au texte proustien. La résurgence de la dactylographie originale a constitué, semble-t-il, un événement traumatique, une sorte d’attentat à ce qui est conçu comme une entité physique et vivante – organisme et corps. Qu’on en juge par ces formules : « dactylographie tronquée », « version amputée », « mise en pièces », « longue partie excisée », « version sauvagement raccourcie »6. Le geste d’écriture est comparé à un acte violent, agressif, mutilant, opéré sur un corps vivant7. Evocation aux échos quasi-dionysiaques, où se profile la figure d’un texte-Orphée poursuivi par un Proust-ménades. Mythe encore, lorsqu’un critique évoque un Proust-Procuste8, assimilant ainsi son travail sur le texte à l'infliction d'une torture9. Dans le contexte d’une telle représentation de la relation auteur/texte, on ne s’étonnera pas de trouver, sous la plume des mêmes critiques, la suggestion d’une certaine « folie » de Proust à la fin de sa vie. Folie dionysiaque euphémisée sous la forme moderne de la maladie : il sera question d’un « créateur déjà à demi inconscient », de la « précipitation » de Proust, de l’« insuffisance » et de l’« incohérence » de ses corrections.10 Nostalgie du modèle apollinien, idéalisé, d’une création maîtrisée ? Le Proust d’octobre et novembre 1922 semble rejoindre, dans un secret imaginaire critique, la grande figure romantique de l’artiste auquel a échappé le contrôle de sa création, et dont les gestes destructeurs précèdent de peu la mort par suicide. On songe au délirant Frenhofer du Chef d’œuvre inconnu de Balzac, au pathétique Claude Lantier de L’Œuvre de Zola. Le créateur a perdu le sens de la mesure ; il ne sait plus voir, il ne sait plus s’arrêter et finit par détruire, par excès, par hybris, la perfection précédente de sa toile. Proust, créateur génial mais à l’esprit obscurci par la maladie, les excès et les drogues, et qui, à la veille de sa mort, a « détruit » Albertine disparue et par là même À la recherche du temps perdu : tel est le nouveau topos qui semble se mettre en place, depuis 1987, chez une partie de la critique.

Le mythe ne s'embarrasse guère de ce qui contrarie sa logique ou son désir. Qu’on en juge par un nouvel exemple d’omission. L’image d’Epinal du testament littéraire de Proust, c’est celle de la fameuse dictée à Céleste d’un fragment sur la dernière maladie de Bergotte, en une quasi parfaite réflexivité de la vie dans l’œuvre romanesque, l’écrivain mourant se mirant dans son double littéraire. Mais voilà : il existe une tradition parallèle des ultima verba littéraires, inaugurée par un article nécrologique de François Mauriac, celle d’une « enveloppe souillée de tisane » retrouvée près du lit du mort11. Enveloppe qui apparut en 1962 sur l’écran du Portrait-souvenir consacré à Proust par Roger Stéphane – en contrepoint, par une coïncidence qui ne saurait être tout à fait fortuite, du récit par Céleste Albaret des derniers moments de Proust. Enveloppe dans laquelle seraient venues trouver place les fameuses notes sur Bergotte, mais enveloppe annotée elle-même par un Proust épuisé à l’écriture recroquevillée et tremblante : « Au dos de cette enveloppe qui contient tant de papiers de travail, faire attention que le dos de l’enveloppe elle-même est un papier de travail »(je souligne).Le déchiffrement et la transcription de ces notes au « dos » ont révélé qu’il y avait esquissé le remontage des fameuses pages d'Albertine disparue biffées à la fin du cahier XV avec la substance de l’intrigue, elle aussi disparue, du cahier XIII. Ce ne fut certes pas suffisant pour combler la faille narrative. Mais c’est bien l’indice, pathétique, d’un créateur qui prévoit et pressent où va son roman, à défaut d’avoir eu le temps d’y parvenir, et consacre ses dernières forces au souci de recomposition narrative. D’éminents proustiens, qui connaissaient ce document ou même sa transcription, ont pourtant « oublié » de le mentionner dans leurs éditions critiques de la Recherche.12 Or l’« enveloppe souillée de tisane » oblige à repenser, dans son dynamisme vivant, la révision entreprise par Proust sur la deuxième partie de Sodome et Gomorrhe III. Elle fait éclater l’hypothèse, (intenable pour qui veut bien se donner la peine du parcours génétique) d’une destination marginale, en revue, d’Albertine disparue.Elle dément l’hypothèse de la folie. Elle infirme celle de l’incohérence psychique13. Bref, « l'enveloppe souillée de tisane » valide la démarche d’écriture qui l’a précédée.

S’en tenir à l’hypothèse de la folie, et/ou à celle de la maladie, c’est, on l’aura compris, révoquer en doute l’autorité de l’auteur lui-même… avec un peu de la même tranquille assurance que Descartes, lorsqu’au début des Méditations métaphysiques il écarte d’un revers de main l’espace de la déraison : « Mais quoi ? ce sont des fous »14. On imagine sans trop de difficulté le docteur Robert Proust découvrant les corrections de son frère sur Albertine disparue, et n’y voyant que les symptômes d'un délire de malade à l’extrémité. N’était-ce pas alors son droit, qui sait, son devoir, que d’y porter remède ? Aujourd’hui, nous dit Jean-Yves Tadié, le même « esprit doit prévaloir sur la lettre »15 des révisions de Proust. Ce type d’analyse éditoriale, où des critères externes (esthétiques, formalistes) prennent le pas sur les leçons des manuscrits, n’est pas le nôtre, on l’aura compris.

Il semble donc que le fantasme critique essentiel qui sous-tend une telle attitude et ne s’exprime qu’indirectement, par une combinaison diverse d’omissions et de métaphores, soit celui de l’organicité du texte. Moins fantasme peut-être qu'héritage d'une longue tradition esthétique, de toute notre tradition occidentale à vrai dire, depuis la définition fondatrice du Phèdre platonicien : « Tout discours (logos) doit être constitué à la façon d’un être animé : avoir un corps qui soit le sien, de façon à n’être ni sans tête ni sans pieds, mais à avoir un milieu en même temps que deux bouts »16. Par la faute d’Albertine disparue, le texte de la Recherche serait troué, privé de ce « milieu » organique, et ramené à la forme effarante des membra disjecta. Ainsi avions-nous commencé, renversons maintenant la perspective : ce prétendu corps parfait de la Recherche aujourd’hui pleuré par certains, a-t-il vraiment existé avant ce jour d’octobre ou de novembre 1922 où l’écrivain interrompit le flux du récit au cœur du cahier XV ? Y a-t-il eu un « accident » à l’automne 1922 qui a brisé, détruit, l’organicité essentielle du Livre, ramené l'Un au corps morcelé ?

Le problème de la clôture, tout d’abord. C'est en 1919, année de son retour sur la scène littéraire, que Proust insiste auprès de divers correspondants – hommes de lettres, critiques, journalistes – sur la solidité structurelle de son ouvrage et sa complétude. À Paul Souday : « Cet ouvrage (...) est si méticuleusement "composé" (…) que le dernier chapitre du dernier volume a été écrit tout de suite après le premier chapitre du premier volume. Tout l’"entre-deux" a été écrit ensuite, mais il y a longtemps »17. À Rosny Aîné : « ... tous les volumes sont écrits (le dernier chapitre du dernier volume, non paru, a été écrit tout de suite après le premier chapitre du premier volume) »18. En novembre 1920, Proust l'assène encore à Henri de Régnier, dans une lettre moins connue : son œuvre est « … une œuvre construite où le mot fin a été inscrit au terme du dernier volume (non paru encore) avant que fussent écrits ceux qu’on vient de publier »19, soit les Jeunes filles et le Côté de Guermantes I.

Il faut de toute évidence attribuer à la stratégie littéraire la part de l'exagération. Proust cherche à affirmer une méthode de rédaction, à confirmer contre les critiques une forte volonté de composition. Exagère-t-il aussi lorsque, quelques mois plus tôt, en mai 1919, il écrit à Gallimard pour le charger, s’il meurt, de prendre « tous ses cahiers numérotés » et d’en faire la « publication complète » ? Les « cahiers numérotés » ne peuvent être que les vingt cahiers manuscrits de Sodome et Gomorrhe-Le Temps retrouvé, dits aujourd’hui « aunet ». Il aurait alors achevé l’état de la « Matinée chez la princesse de Guermantes » (soit du Temps retrouvé proprement dit) que nous connaissons aujourd’hui comme ultime20.

Le fameux mot « fin » aurait donc été apposé à la dernière page du cahier XX avant la fin de 1920. On ne s'étonnera pas que je préfère me fier ici à Marcel plutôt qu’à Céleste, qui dans ses souvenirs place l’événement beaucoup plus tard, au « printemps 1922 »21. Date sans assise, mais plus opportune pour la N.R.F. et les éditions Gallimard22, qui ont tout avantage à ce que coïncident la courbe de la vie de Proust et celle de l’écriture de la Recherche, à l’appui de la version de son achèvement in extremis, version lancée dès janvier 1923 dans le numéro d’« Hommage » de La N.R.F., notamment par Robert Proust qui y évoquait « ce labeur épuisant (... qu'il n'a) terminé que pour mourir ».23 Hier comme aujourd'hui, dans le numéro spécial d’« Hommage » comme dans la nouvelle édition de la Pléiade et la collection Folio24, c’est une même image qui est reproduite, celle de la dernière page du dernier cahier, celle où figure le mot « fin ». Photographie apotropaïque de quelle peur ? Elle vient moins attester l’achèvement de l’œuvre, que faire symptôme du désir de cet achèvement.

« Dérisoire achèvement du mot fin », écrivait pourtant, avec lucidité, Jean-Yves Tadié en 1986.25 Pour être rédigée en continuité jusqu'à la « fin », la version du manuscrit « au net » conférait-elle à la Recherche le caractère d'œuvre complète ? Evidemment non; et cela sans même considérer l'ensemble bien connu des traces d'inachèvement sur ce manuscrit, et le fait que Proust continua à y travailler jusqu'au bout. Car en 1919-1920, si les « cahiers numérotés » sont publiables, le Côté de Guermantes I et le Côté de Guermantes II sont alors à l’état mobile, instable, des épreuves, avant qu’il en soit de même pour les différentes sections de Sodome et Gomorrhe : l’œuvre a beau être « finie », soit clôturée du côté d’un Temps retrouvé, elle comporte à tout moment un espace de déséquilibre intense, espace effervescent du chapitre en cours de révision/publication, à l’état de dactylographie, ou de dactylographie corrigée, ou d’épreuves, ou d’épreuves corrigées. Cet espace effervescent se déplace, mais il existe à tout moment du processus de publication. Il n’y a donc pas eu de moment où l’œuvre a existé telle qu’en soi-même, dans la perfection d’une existence où se mirer : cette œuvre clôturée est toujours habitée d’un foyer, creusée par sa propre réécriture. Ce qui s’est passé avec Albertine disparue, c’est simplement l’interruption du processus à un moment de particulièrement forte incandescence de ce foyer.

C'est par une erreur de perspective que nous verrions dans le geste, ou plutôt la série de gestes, de Proust à l'automne 1922 un attentat au Livre, une tentative de déconstruction ou de destruction d'une totalité organique préalable. Si attentat ou atteinte il y a, c'est à l'unité d'un livre-objet, le tome publié chez Gallimard depuis 1925 sous les titres Albertine disparue ou La Fugitive . Effet dramatique et spectaculaire peut-être, mais effet posthume sur une création posthume, et effet où Proust n'est pour rien. Le caractère fantasmatique de l’atteinte au « corps parfait » du texte se vérifie d'ailleurs d’un autre côté : ironiquement, là – l’épisode d’Albertine – où certains voient aujourd’hui un organe mutilé, d’autres voyaient hier, à cause du mouvement d’écriture inverse (le développement de l’épisode à partir de 1913-1914) une « énorme excroissance » maladive, une « tumeur monstrueuse » sur le corps jusque là « harmonieux » du roman26.

Parler d’effervescence et d’incandescence n’était pas employer des mots trop forts. Le travail de révision pour publication, à partir de Sodome et Gomorrhe tout au moins, entraîne des ébranlements qui sont allés s’approfondissant – ou s’aggravant, si l’on préfère. En mars 1921, Proust qui vient de se mettre à réviser Sodome et Gomorrhe II transmet de nouveau à Gallimard ses directives. Tout en reprenant pour l’essentiel l’orientation fondamentale de 1919 – tout publier des cahiers numérotés en cas de disparition – la lettre révèle un léger infléchissement, et comme l’ombre d’un premier doute : les cahiers, je souligne, « pourraient paraître tels quels, ou quasi. (...) à la rigueur, après avoir donné à vous ou à Jacques q(uel)q(ues) explications, mes cahiers pourraient paraître tels quels »27. Moins d’un an plus tard, en février 1922, Proust semble avoir une conscience très nette de la déstabilisation croissante de son manuscrit « au net ». Il écrit à Gallimard : « j’ai tant de livres à vous offrir qui si je meurs avant ne paraîtront jamais… » Et il ajoute (entre parenthèses !) : « À la recherche du temps perdu commence à peine »28.

Ce qui commence en tout cas alors, c’est la mise au point de la dactylographie de Sodome et Gomorrhe III, dont Proust dira quelques mois plus tard qu’il y « ajoute partout et change tout »29. À la semi-euphorie du début de l’année répond à la même époque un découragement, avoué – ou joué ? – à l’intention de Jacques Rivière, qui répond en ces termes à une confidence de l’écrivain : « Pourquoi désespérez-vous d’achever votre œuvre30 ? »

Proust avait donc une conscience nette de l’inachevable. Une œuvre finie, clôturée, n’est pas une œuvre achevée, et l’écart allait se creusant entre l’état manuscrit et l’état revu, en cours de publication, de ses « cahiers numérotés ». Et ce qu’il nous a légué, c’est bien cela, une œuvre à la fois finie et inachevée, mais dont l’inachèvement n’est pas d’une stylistique de détail, comme on l’a cru et on s’en est longtemps assez facilement accommodé, mais structurel. C’est Sodome et Gomorrhe, destiné à constituer un véritable cycle en plusieurs volumes avant Le Temps retrouvé, qui reste béant au cœur du troisième, alors qu’il devait en compter cinq ou six.31 Or le dernier état authentique de ce cycle inachevé est aujourd'hui accessible aux lecteurs et aux critiques. De Sodome et Gomorrhe I-II à Sodome et Gomorrhe III (La Prisonnière/Albertine disparue)32,on peut retracer, pour l'épisode d'Albertine, les voies d'une cohérence narrative qui se distingue nettement de la logique antérieure des cahiers33. Il est tentant de reprendre ici la métaphore organiciste, et d'avancer que la dactylographie retrouvée, bien loin d'« amputer » le texte de la Recherche, a permis au contraire de lui restituer avec un membre textuel perdu ses tracés d'innervation sémantique : la clé des préparations, des « pierres d'attente » soigneusement disposées dans La Prisonnière, et leur résolution34. Ainsi, la version véritablement « amputée » n'a-t-elle jamais été la version retrouvée, mais bien le couple que formaient (forment) dans les éditions de Robert Proust La Prisonnière et Albertine disparue35et dans celles de la Pléiade La Prisonnière et Albertine disparue/La Fugitive36. Y sont en effet juxtaposés, en une sorte de manteau d'arlequin génétique et sans mise en garde aucune des éditeurs37, un ensemble de dactylographies corrigées en 1922 et le texte de cahiers manuscrits non revus depuis la Guerre. Il ne saurait y avoir continuité. Il ne saurait non plus, pour les mêmes raisons, y avoir de continuité entre la fin de la dactylographie d'Albertine disparue et la « suite » des cahiers « au net », du cahier XV au cahier XX, – et cela, même si Proust n'avait pas « coupé les ponts » au sein de son manuscrit, comme nous le rappelions en commençant. Que lire, dès lors, après Albertine disparue ?

Repartons de la constatation originelle, tout empirique, de cette lacune laissée par Proust au sein du cahier XV, et qui divise la Recherche en deux tronçons bien plus « irréconciliables » que les côtés de Combray. Le premier, de Swann à la fin de Sodome et Gomorrhe III, soit d’Albertine disparue, correspond à la partie publiée et/ou révisée par Proust. Une lecture suivie, cohérente, est donc possible de cet ensemble déjà édité. Le deuxième tronçon s’étend de la fin du cahier XV à celle du cahier XX. Celui-là est bien pourvu d’une fin, la dernière page du cahier XX – mais manque de début proprement dit, commençant in medias res. Deux fins, mais un seul début : le bon sens dicte de retrouver le début correspondant à cette deuxième fin, c’est-à-dire de remonter jusqu’au cahier I, et de lire dans sa continuité (souvent problématique) le texte intégral de ces vingt cahiers38.

On obtient ainsi le principe d'une « édition » bipartite, segmentée, d’À la recherche du temps perdu , allant pour un pan de Du côté de chez Swann à Sodome et Gomorrhe III , pour l'autre du cahier I au cahier XX du manuscrit « au net », intitulés d'après Proust lui-même Sodome et Gomorrhe – Le Temps retrouvé. Edition à la physionomie profondément renouvelée, et probablement déroutante : elle déjouerait, on l'a bien compris, la circularité que Proust avait pourtant voulue, et voulu très tôt inscrire pour elle. Au contact d'une œuvre au profil cassé, soudain irrégulier, le discours critique serait-il déplacé, renouvelé ? Ou faudrait-il craindre des réticences, notamment à la perspective d'une double lecture, fût-elle comparée, de deux versions d'un même segment narratif, celui allant de Sodome I à Sodome III , et ducahier I au cahier XV ? Une telle arrivée provocante, au grand jour, de la genèse, ferait-elle le désespoir de certains critiques, pour lesquels c’est « la beauté du corps, dans son architecture, conquise après un effort infini d’élaboration, et non pas son anatomie, avec ses horribles destructions, qui dev[r]ait pour les chercheurs être un objet de méditation39 ? »

Et pourtant : l’inachèvement structurel de la Recherche doit être visible dans la structure disloquée de son édition future. Il n'est plus aujourd'hui, en toute lucidité, de réédition érudite possible du roman proustien en dehors de la problématique textuelle de crise ouverte par Albertine disparue, plus d'édition possible qui ferme les yeux sur la réalité de la fabrique – sauf à perpétuer une mythologie. Or c'est bien dans la perspective mythologique de l'« œuvre complète » que se sont inscrites les premières rééditions postérieures à la publication de la dactylographie retrouvée en 1987 : la nouvelle Pléiade, qui sauvegarde le profil éditorial traditionnel au prix de contorsions philologiques (1989, révisée en1994)40 ; l'édition de Jean Milly, édition moins « intégrale » qu’intégrée ou réintégrée41 dans le moule canonique, au prix ici encore de quelques « coups de pouce » à la réalité du dossier génétique42 ; l'édition du Livre de Poche enfin, qui en dépit de l'innovation représentée par le volume de Sodome et Gomorhe III (La Prisonnière/Albertine disparue)43, revient ensuite à la vulgate avec une Fugitive et un Temps retrouvé.44.

Il est certes difficile d'accepter la dislocation ou le morcellement d'un monument littéraire. Mais si le format canonique des éditions Gallimard a sans doute un bel avenir devant lui, peut-on dorénavant demander que soit reconnue, assumée, sa nature « restaurée », comme la « mutilation » narrative qu'il impose à l'épisode d'Albertine et au cycle de Sodome et Gomorrhe ? Car deux Recherche déjà coexistent : l'une expurgée des traces trop douloureuses du geste créateur, comme la photographie retouchée d'un être aimé, l'autre plus fidèle au cours brisé d'une genèse et à la « recherche de la vérité ».

Notes

1  « Proust et l'inachèvement », Le manuscrit inachevé, collectif, éditions du CNRS, 1986, p. 83.

2  Ffos 17 à 60 (p. 936-980 de la dactylographie).

3   On sait toutefois que la N.R.F. était prête dès 1931 à envisager la publication du « texte critique d'Albertine disparue », et que c'est le docteur Proust qui s'y est opposé. Voir Albertine disparue, Grasset, 1987, p. 218 et « Une lettre de Gaston Gallimard à Robert Proust », Bulletin Marcel Proust, 1991, no 41, pp. 24-27.

4  Les lieux de mémoire, sous la direction de Pierre Nora, Gallimard, 1993 : III Les France, 2. Traditions, « La Recherche du temps perdu de Marcel Proust », par Antoine Compagnon, pp. 927-967.

5  Cahier XII, f° 95 à cahier XV, f° 78.

6  Dans l'ordre : Pierre-Edmond Robert, « L'édition des posthumes de À la recherche du temps perdu », Bulletin Marcel Proust, 1988, n°38, pp. 97, 100 et la note 1 ; Jean-Yves Tadié, Marcel Proust, Gallimard, 1996, p. 60 note 1 et p. 905 ; Jean Milly, « À propos d'Albertine disparue », in : Marcel Proust. Ecrire sans fin, CNRS Editions, 1996, p. 73 ; Eugène Nicole, introduction au Temps retrouvé, Le Livre de Poche « classique », 1993, p. 44 ; Michel Contat, « Marcel Proust, la vie à l'œuvre », Le Monde, 5 juillet 1996.

7  Sur les formes éditoriales de la réduction comme « amputation » et « excision », voir Gérard Genette, Palimpsestes, Seuil, 1982, p. 323 sq, avec notamment la description par Claudel en 1944 de son abrègement du Soulier de Satin : « dépeçage », « coupures impitoyables », lui-même est à la fois « opérateur et victime », la version scénique, « ce qui reste de la pièce », « viscère unique et pantelant », « unique fragment » (pp. 326-327).

8  Voir Luzius Keller, « Approche d'Albertine », in : Marcel Proust. Ecrire sans fin, p. 46.

9  On se souvient que, selon le mythe antique, le brigand Procuste attachait ses victimes sur des lits, et leur sciait les jambes si elles lui paraissaient trop longues. Sur le travail de création comme torture, voir Didier Anzieu, Le Corps de l'œuvre, Gallimard, 1981, p. 44 et son entretien avec Daniel Ferrer, Genesis, no 8, 1995, p. 129.

10  Voir Jean-Yves Tadié, Marcel Proust, Gallimard, 1996, p. 904 et Jean Milly, Albertine disparue, édition intégrale, Champion-Slatkine, 1992, pp. 55, 56.

11  Voir Nathalie Mauriac Dyer, « "Sur une enveloppe souillée de tisane", un plan pour la suite d'Albertine disparue », Bulletin Marcel Proust, 1992, n°42, pp. 19-28.

12  On en cherchera en vain mention dans les éditions de la Pléiade (dirigée par Jean-Yves Tadié), et l'édition italienne annotée par Alberto Beretta Anguissola (Mondadori, 1993 pour le volume 4). Notons que la Pléiade cite les notes sur Bergotte, qui sont actuellement reliées sous le même maroquin que l'enveloppe (voir III, 691 var. a, p. 705 note 1, p. 1667 note 4).

13  Proust y est encore capable d’un humour cinglant dans sa réécriture de l’épisode de l’article du Figaro. Voir N.M.D., article cité supra, p. 26 et la note 39.

14  Méditation première.

15  Proust, p. 905.

16  264e.

17  17 décembre 1919 (Corr., t. XVIII, p. 536).

18  23 décembre 1919 (ibid., p. 546).

19  Bulletin Marcel Proust, 1991, n°41, p. 21.

20  C’est aussi l’achèvement des 18 cahiers de Sodome et Gomorrhe – plutôt, d’un premier état suivi de Sodome et Gomorrhe.

21  Monsieur Proust, 1973, pp. 401-402 : « N'ayant pas tenu de journal, à mon grand regret je ne peux pas fournir la date exacte. J'ai du moins le souvenir précis que le fait se situe au début du printemps de 1922, car ce fut inoubliable » ; p. 403 : « C'est une grande nouvelle. Cette nuit, j'ai mis le mot "fin" ».

22  Aussi est-elle reprise dans les nouvelles éditions Pléiade et Folio du Temps retrouvé (pp. 1171 et III respectivement), ainsi que dans le Marcel Proust (1996) de Jean-Yves Tadié (p. 892), qui tous citent Céleste Albaret.

23  C'est la conclusion de sa contribution, « Marcel Proust intime ». Il faut que la prégnance de l’image d’une coïncidence entre le temps de l’écriture et le temps de la vie soit bien grand pour qu’une critique aussi avertie que Julia Kristeva elle-même s’y laisse prendre ; voir Le Temps sensible, Gallimard, 1994, p. 356, l'analyse de la dernière phrase du dernier cahier : « ... Proust reste magistralement présent à son style jusqu'au seuil de la mort » ; « (l'élaboration de cette phrase) paraît d'une lucide clarté que le mourant, par un geste d'une maîtrise inouïe, a pressée dans un cristal définitif ».

24  Voir respectivement pp. 1319 et 362.

25  « Proust et l'inachèvement », article cité, p. 84.

26  Albert Feuillerat, Comment Marcel Proust a composé son roman, New Haven, 1934, p. 256 ; Robert Vigneron, « Désintégration de Marcel Proust », communication du 11 mai 1948 à l'Université de Chicago, reprise dans Etudes sur Stendhal et Proust, Nizet, 1978, p. 529 ; cité par Christine Cano, « Pathogenèse d'Albertine : relecture de Feuillerat et de Vigneron », Bulletin Marcel Proust, 1996, n° 46, pp. 50-51.

27  Lettre du 22 ou 23 mars 1921, Corr, t. XX, p. 147. Or c’est bien avec Sodome et Gomorrhe II qu'ont commencé les révisions les plus importantes ; c’est là que s’affirme une volonté de départ d’avec le texte des cahiers. On en a un signe immédiatement repérable : la fameuse suppression centrale à Albertine disparue occupe, dans la nouvelle Pléiade, la valeur de 135 pages, la longue variante du début de Sodome et Gomorrhe II, 60, mais dans un corps typographique nettement plus réduit. L’ordre de grandeur est donc comparable.

28  Lettre du 3 février 1922. Je suis le texte de l'édition de Pascal Fouché, Marcel Proust-Gaston Gallimard, Correspondance, Gallimard, 1989, p. 472, plutôt que celui de Corr., t. XXI, p. 56.

29  Lettre du 25 juin 1922, Corr., t. XXI, p. 310.

30  Lettre du 8 juin 1922, Corr., t. XXI, p. 250.

31  Voir Corr., t. XXI, p. 39, la lettre du 18 janvier 1922.

32  Le Livre de poche « classique », 1993 ; éditions procurées par Françoise Leriche et Nathalie Mauriac Dyer.

33  Voir Nathalie Mauriac Dyer, Introduction, Sodome et Gomorrhe III, Le Livre de poche « classique », 1993, p. 25 sq.

34  Table des additions de 1922 aux dactylographies de La Prisonnière dans leurs rapports avec les modifications contemporaines à la dactylographie d'Albertine disparue (= A. d) :
N. a. fr. 16742, fo 12 (« Ce n'est pas certes, je le savais [...] c'était guéri ») ; Sodome et Gomorrhe III (= SG III) p. 81 : éloignement du soupçon lié à Montjouvain, comme au début d'A. d (dact. or., p. 551 ; SG III, p. 493).
N. a. fr. 16742, fo 17 et 16745 fo 28 (« Je ne songeais pas [...] de surveiller pour moi ») ; SG III, pp. 84-85 : préparation du rôle symétrique de Saint-Loup et de l'enquête absurde chez la pâtissière dans A. d (dact. or., pp. 556 et 589 ; SG III, pp. 496-497 et 516).
N. a. fr. 16744, fo 35 (« Une fois que je demandais [...] pour un englische ») ; SG III, pp. 96-97 : transfert d'un passage du cahier XIV (ffos 23-24), soit des pages « ôtées » d'A. d.
N. a. fr. 16745, f° 53 (« Du marquis du Lau [...] il ne se gênait pas ») ; SG III, p. 97 : transfert d'un passage du cahier XIV (f° 28), soit des pages « ôtées » d'A. d.
N. a. fr. 16742, f° 37 et 16745, ffos 56-57 (« Ce qui est extraordinaire [...] à parler robes ») ; SG III, pp. 98-103 : transfert et développement d'un passage du cahier XIV (ffos 28-30), soit des pages « ôtées » d'A. d. Première et courte péroraison de Norpois, annonciatrice de son portrait dans le chapitre deuxième d'A. d., et empruntée aux mêmes pages du cahier 59.
N. a. fr. 16745, f° 94 (« Elle avait failli [...] si c'était vrai ») ; SG III, p. 116 : anticipation à l'issue de l'épisode des seringas des intimités sexuelles d'Albertine et d'Andrée, un des passages « ôtés » de la dact. or. d'A. d. (cahier XIV, f° 46).
N. a. fr. 16742, f° 94 (« Au reste à quoi bon m'attacher [...] quitté par elles ») ; SG III, pp. 151-154 : introduction du motif de l'« être de fuite », repris dans A. d. (dact. or., p. 556 ; SG III, p. 497).
N. a. fr. 16744, ffos 101-102 et N. a. fr. 16745, ffos 215-219 (« Ce bruit du rideau de fer [...] vlà l'plaisir »)  ; SG III, pp. 176-180 : introduction et premier développement du motif des « Cris de Paris », rappelé à la fin du chapitre premier d'A. d. (dact. or., p. 648 ; SG III, p. 549).
N. a. fr. 16746, f° 3 (« Je ne lui souhaitais [...] savoir où ») ; SG III, p. 181 : illustration voilée de la méconnaissance de soi du héros, lisible seulement à la lumière de la mort d'Albertine dans A. d. (dact. or., p. 633 ; SG III, p. 541).
N. a. fr. 16746, f° 9 (« Mais tenez même sans glaces [...] je l'interrompais ») ; SG III, pp. 191-192 : allusion explicite d'Albertine à des séjours à Montjouvain, confirmée par sa mort dans A. d. (dact. or., p. 633 ; SG III, p. 541).
N. a. fr. 16746, f° 12 (« J'étais en tout cas bien content [...] une compagne, Andrée ») ; SG III, pp. 192-197 : nouvelle préparation indirecte du rôle de Saint-Loup dans A. d., par la révélation anticipée de la malhonnêteté du chauffeur chargé de surveiller Albertine (dact. or., p. 556 ; SG III, pp. 496-497).
N. a. fr. 16746, ffos 95-101 (« J'appris, ai-je dit [...] dans notre amour-propre ») ; SG III, pp. 250-254 : complément à la mort de Bergotte qui ménage un « blanc » dans l'emploi du temps d'Albertine, la veille de la « répétition d'études » chez les Verdurin, où elle et Mlle Vinteuil et son amie renoncent à se rendre au dernier moment : viendra nourrir l'interprétation rétrospective à partir de la mort d'Albertine dans A. d. (dact. or., pp. 632-633 ; SG III, pp. 540-541).
N. a. fr. 16747, ffos 96-107 et 108-111 (« Du reste, lui dis-je [...] allé chez la Patronne », « Mais pendant qu'elle me parlait [...] à cacher complètement ») ; SG III, pp. 398-403, 404-405 : « pierre d'attente » principale au dénouement d'A. d., confirmation des goûts gomorrhéens d'Albertine et rappel du chapitre IV de Sodome et Gomorrhe II (dact. or., pp. 556, 632-633 ; SG III, pp. 496, 540-541).
N. a. fr. 16747, f° 224 (« J'avais envie de goûter [...] en plusieurs fois ») ; SG III, pp. 472-474 : préparation de l'enquête chez la pâtissière dans A. d. (dact. or., p. 589 ; SG III, p. 516).
N. a. fr. 16747, f° 238 : (« Et alors [...] tout à l'heure ») ; SG III, p. 480 : préparation du dénouement d'A. d. par un nouveau rappel du chapitre IV de Sodome et Gomorrhe II, et, secondairement, préparation du moment de la délégation à Saint-Loup dans A. d. (dact. or., pp. 632-633, 556 ; SG III, pp. 540-541, 496-497).

35  Editions de la N.R.F., 1923 et 1925.

36  Bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, 1954. On sait que les éditeurs, ne trouvant sur aucun manuscrit trace du titre de l'édition originale, préférèrent revenir à celui de La Fugitive, lequel fut remplacé par Albertine disparue dans les éditions de poche correspondantes (Le Livre de Poche, 1967 et collection « Folio », 1972). La nouvelle Pléiade revint également à Albertine disparue (1989).

37  Editions de 1923, 1925 et 1954.

38  Une édition de ces cahiers devrait préserver leur spécificité ; ils ne devraient plus être présentés comme des Textes au sens plein et majuscule, toilettés pour la circonstance, mais livrés avec leurs ratures, leurs répétitions, leurs difficultés voire leurs incohérences.

39  Giovanni Macchia, L'Ange de la nuit, Gallimard, 1993, p. 257.

40  Voir Nathalie Mauriac Dyer, « Les mirages du double », Bulletin Marcel Proust, 1990, n° 40, pp. 117-153.

41  Puisqu’il faut se reporter à l’annotation pour découvrir la teneur de certaines des révisions de Proust sur la dactylographie d’Albertine disparue. Voir les notes 2, 3, 4, 5, passim.

42  Il est inexact que « toutes les pages » (je souligne) du cahier XV données à la suite de l'épisode vénitien (« édition intégrale », Champion-Slatkine, 1992, p. 71 et pp. 320-359) soient présentes, même barrées, dans la dactylographie retrouvée. Certes, ce sont elles qui autorisent un passage en douceur, sans hiatus, vers le début, traditionnel depuis l'édition N.R.F., du Temps retrouvé. Mais Proust les a retirés de la dactylographie, coupant « d'avance », si l'on veut, tous les ponts. Pour sauvegarder la physionomie éditoriale traditionnelle, Jean Milly procure donc des folios absents de la dactylographie retrouvée (f° 60 à f° 75, soit les pp. 346, à partir de : « Et d'ailleurs pour Balbec... » à 359). La fin réelle de la dactylographie n’est signalée par aucun signe ou note dans le texte.

43  D'ailleurs offusquée par la mise en scène paratextuelle de l'éditeur commercial : le titre Sodome et Gomorrhe III n'apparaît pas sur la couverture.

44  1993 ; j'ai moi-même participé à cette édition, dont le principe est d'emblée apparu comme une impasse, mais qui a permis utilement (et surtout rapidement) de distinguer le texte de la dactylographie originale de celui des cahiers manuscrits, amalgamés à partir de l'édition de Robert Proust (voir La Fugitive, Le Livre de poche « classique », Introduction, et p. XXIII sq). Elle a également permis de frayer la voie à une édition plus fidèle des cahiers XII à XV.

Pour citer cette page

Nathalie Mauriac Dyer, «Proust Procuste : les fins disjointes d’À la recherche du temps perdu», Item [En ligne],
Mis en ligne le: 26 mai 2008
Disponible sur: http://www.item.ens.fr/index.php?id=324353.

Notice bibliographique

Marcel Proust 3, Nouvelles directions de la recherche proustienne (2), textes réunis et présentés par B. Brun, Lettres modernes-Minard, 2001 (p. 129-144)

AccueilContactL'ItemRSSPodcast — Site propulsé par Lodel