Pour la bibliothèque de Marcel Proust

—Pyra Wise,

Table des matières


Un projet de l’équipe Proust est de constituer un catalogue de la bibliothèque de Marcel Proust, à partir des références et allusions recensées dans la correspondance1. Cependant, certains ouvrages ne sont probablement jamais cités par Proust et de nombreuses lettres ne nous sont toujours pas parvenues. Une autre source d’information est à puiser dans les catalogues de ventes ou de libraires2. Les trois ouvrages suivants ne figurent ni dans la Recherche, ni dans la Correspondance ni dans l’Index Général de la Correspondance.

1) Louis-Mathieu Langlès, Recherches sur la découverte de l’essence de rose, Paris, Imprimerie impériale, An XIII (1804), pet. In-12. Ce livre porte la signature de Marcel Proust au crayon et la date de 1899. Proust l’a ensuite offert à son ami le Prince Antoine Bibesco dont la signature, au crayon aussi, se trouve sur la garde in-fine3.

Langlès (1763-1824) était orientaliste, membre de l’Institut, titulaire de la chaire de persan à l’École des Langues Orientales, et professeur au Collège de France où Champollion suivait ses cours4. De 1797 à 1816 il dirigea le Journal des Savans puis travailla à la Revue encyclopédique. Il créa en 1821 la Société de Géographie, abritée par la Bibliothèque royale. Il tenait aussi un salon littéraire et scientifique5. Il traduisait de l’allemand, de l’anglais, du russe, de l’hindou et de l’arabe en français. Il publia de nombreux ouvrages, dont : Extraits de l’Odeur des fleurs dans les merveilles de l’univers (Cosmographie), de Mohhammed ben-Ahhmed ben-Ayâs (Paris, Imprimerie impériale, 1807) et des contes des Milles et Une nuits, en particulier: Les Voyages de Sindbâd le Marin et La ruse des femmes (1814). Dans une lettre à Lucien Daudet6 Proust demande conseil à propos des différentes traductions de ce conte par Mardrus et Galland, mais ne mentionne pas celle de Langlès.

Il est surprenant de trouver ce livre relativement ancien dans la collection de Proust, l’anti-bibliophile convaincu ! C’est un ouvrage pour spécialistes où il est beaucoup question d’étymologie arabe, persane et hébraïque. Langlès prévient le lecteur :

D’après le titre seul de cette notice, on pourrait me reprocher de me livrer à des recherches frivoles, si celles-ci n’avaient pour but de détruire une erreur qui m’a paru assez accréditée parmi les Orientalistes, et de leur prouver que la découverte du délicieux parfum dont il s’agit n’est pas, à beaucoup près, aussi ancien qu’ils paraissent l’imaginer. Le ton pesant qui doit naturellement régner dans ses Recherches, pourra contraster avec l’objet vers lequel nous le dirigeons ; et nous avons tout lieu de douter que leur succès, en Europe ou même en Orient, égale celui de l’essence de rose […]

2) Henri Bergson, Durée et simultanéité. À propos de la théorie d’Einstein, Paris, Bibliothèque de philosophie contemporaine, Librairie Félix Alcan, 1922. Envoi de l’auteur : « à Marcel Proust/ Témoignage d’admirative sympathie/ H. Bergson »7. Bergson savait-il que Proust avait été comparé à Einstein par Paul Souday8 et Camille Vettard9 ? Proust, flatté par ce rapprochement, avouait pourtant au duc de Guiche ne pas connaître les théories de ce savant10.

3) Beethoven, Fidelio, partition imprimée, traduction française rythmée, Braun Schweig éditeur11. Cet ouvrage contient une note manuscrite et signée de Jacques Guérin : « Exemplaire de Jeanne Weill mère de Marcel Proust… ». Selon la notice du catalogue de vente, ce livre faisait partie de la bibliothèque de Marcel Proust et fut offert par Mme Robert Proust à Jacques Guérin en 1935.

Notes

1  Voir l’article de Julie Lambilliotte : « La bibliothèque de Marcel Proust. De la lecture à l’écriture », Bulletin d’informations proustiennes, n°30, 1999, p. 81-89.

2  Je remercie Caroline Szylowicz, du Kolb-Proust Archive, à l’Université d’Illinois (Urbana) ainsi que l’équipe Proust de l’ITEM, d’avoir mis à ma disposition leur collection de catalogues de ventes et de libraires.

3  Catalogue de la Librairie Édouard Loewy, Beaux Livres, n°136, printemps 1957, lot n°284.

4  Lettre de Champollion du 26 décembre 1807.

5  Nicole Simon, « Cuba dans la bibliothèque et les publications de la Société de Géographie de Paris », 60th IFLA General Conference - Conference Proceedings, August 21-27, 1994. Article en ligne : http://www.ifla.org/IV/ifla60/60-simn.htm

6  Corr., XV, p. 150 (lettre de [mai ou juin 1916]).

7  Catalogue de la Librairie Jean-Claude Vrain, 1998, lot n°121.

8  Le Temps, jeudi 12 mai 1921, p. 2. Les idées et le langage de Proust en font « un Bergson ou un Einstein de la psychologie romanesque ». Voir Corr., XX, p. 260.

9  « Proust et Einstein », NRF, n°107, 1er août 1922, p. 246-252. Voir Corr., t. XXI, p. 396.

10  Corr., XX, 577-579, lettre au duc de Guiche, du [9 au 10 décembre 1921].

11  Bulletin d’autographes à prix marqués, 1140e Année, n°804, février 1993, Maison J. Etienne et Noël Charavay, lot n°43650.

Pour citer cette page

Pyra Wise, «Pour la bibliothèque de Marcel Proust», Item [En ligne],
Mis en ligne le: 26 mai 2008
Disponible sur: http://www.item.ens.fr/index.php?id=304596.

Notice bibliographique

Bulletin d’informations proustiennes, n° 33, 2003 (p. 144-146)

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